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  • Michel Durand
  • En manque d'Eglise
  • Homme
  • 31/01/1942
  • France Lyon
  • musique art voyages nature lecture
  • Je suis prêtre de l'Eglise catholique. Après avoir été serveur de restaurant et en paroisse, je fus nommé en aumônerie étudiante. Je me suis alors intéressé à l'art contemporain et à l'iconographie chrétienne. Ce fut l'occasion, avec Conf

Communautés

Lundi 9 août 2010 1 09 /08 /2010 20:18

khadraJ’ai lu avec beaucoup de plaisir et d’émotion « Ce que le jour doit à la nuit » de Yasmina Khadra. On y retrace l’histoire de l’Algérie du Nord région d’Oran, depuis les années 30. Les intrigues amoureuses de jeunes sortant de l’enfance puis de l’adolescence guident avec suspens le récit et  nous permettent de circuler au travers des diverses composantes de la Société. On y retrouve la pauvreté des douars algériens telle qu’Albert Camus les a décrits pour la Kabylie, les multiples milieux sociaux des Français et la société algérienne qui, dès 1945, pense à son indépendance. Une population bien mal menée qui ne cache pas sa joie de vivre jusqu’à aujourd’hui où la paix, la prospérité, la liberté de penser n’est pas encore totalement acquise.


 

 

Le livre de Yashmina Khadra m’offrit l’occasion de méditer sur le pardon. Quelles sont les conditions du pardon ? On ne pardonne bien qu’à celui qui reconnaît ses fautes, ses torts.

Un Algérien de l’Est, que j’ai rencontré il y a quelques années dans sa ville natale, m’expliqua qu’il ne lui était pas possible d’accepter la demande de réconciliation que lui imposait son gouvernement. « Des membres du GIA, me dit-il, sont venus dans mon quartier pour tuer des parents, des voisins. Ils ont été emprisonnés et sont maintenant relâchés. En plus de la liberté, malgré leurs crimes, on leur a donné une voiture et de l’argent. Avec cela, ils ont retapé leur maison ».

Je n’ai pu vérifier l’exactitude de ce récit. Sa réalité existe au moins dans la mémoire de celui qui m’a parlé. « Ces gens, nos voisins, qui nous ont fait un tord irréparable vivent maintenant mieux qu’avant et on nous demande d’oublier, de passer l’éponge ! C’est une injustice ! C’et comme si on acceptait qu’ils avaient eu raison de tuer les nôtres. Si on reconnaît qu’ils ne puissent pas être en prison toute leur vie, il faudrait quand même ne pas les favoriser ».

 

Je traduis cette indignation en affirmant de nouveau que le pardon n’est possible qu’envers ceux qui reconnaissent leur tort. Le pardon à  long terme est, certes, nécessaire ; mais pas à  n’importe quelle condition. L’histoire mouvementée d’Algérie a aujourd’hui encore besoin d’un pardon enraciné dans une profonde recherche de vérité.

 

Tout le roman de Yasmina Khadra invite à ce discernement ouvert au pardon, un pardon sans cesse difficile. Un pardon qui apporte la paix, celle qui permet de mourir l’esprit tranquille. Je résume la pensée de l’auteur dans la « lettre d’Émilie à Younes (Jonas).

 

Cher Younes,

Je t’ai attendu le lendemain de notre rencontre à Marseille. Au même endroit. Je t’ai attendu le jour après, et les jours qui ont suivis. Tu n’es pas revenu. Le mektoub comme on dit chez  nous. Un rien suffit à tout, à ce qui est bon et à ce qui ne l’est pas. Il faut savoir accepter. Avec le temps, on s’assagit. Je regrette tous les reproches que je t’ai faits. C’est peut-être pour ça que je n’ai pas osé ouvrir tes lettres. Il est des silences qu’il ne faut pas déranger. Pareils à l’eau dormante, ils apaisent notre âme.

Pardonne-moi comme je t’ai pardonné. De là où je suis maintenant, auprès de Simon (son époux) et de mes chers disparus, j’aurais une pensée pour toi ».

 

Le pardon authentique et réciproque est, universellement, la base de toutes relations sociales. Faire à autrui ce que l’on aimerait que l’on nous fasse.

Pardon qui peut s’exprimer à l’extrême dernier moment. Ainsi Jean-Christophe qui ne voulait plus rencontrer Younes :

- M’a-t-on pardonné ?.

- Et toi est-ce que tu m’as pardonné ?

- Tabqa ala Khir, Jonas. Va en paix.

Il me prend dans ses bras. Je sens son corps frémir dans mon étreinte. Notre accolade dure une éternité.


Par Michel Durand - Publié dans : Anthropologie - Communauté : Christianisme
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Dimanche 8 août 2010 7 08 /08 /2010 17:37

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Vite dur le site de Saint-Polycarpe des pentes de la croix rousse.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Michel Durand - Publié dans : Eglise - Communauté : Christianisme
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Samedi 7 août 2010 6 07 /08 /2010 20:58

Dangereux de par sa naissance

Reçu de Simone Fluhr, Cercle de Silence de Strasbourg. Les cercles de silence de Strasbourg se tiennent « afin de manifester notre refus d’une politique de criminalisation des personnes démunies de papiers ».

Elle m’écrit :

Bonjour,

Bien sûr que vous pouvez publier ce témoignage sur votre blog.

Personnellement, le cercle de silence est aussi l'occasion de témoigner chaque mois d'une situation qui s'est déroulée récemment dans notre cité afin que de plus en plus de citoyens prennent conscience des conséquences dramatiques de la politique menée envers les personnes démunies de papiers.

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La lettre qui suit est à lire avec le souvenir de ce que je publiais hier soir.


« Il y a un an, Anaït nous relatait en quelques phrases vingt ans d’errance, de vie traquée et de tragédies qui ont trouvé leur réédition chez nous où son fils lui a été arraché.

« A mon arrivée à Strasbourg, j’ai retrouvé mon fils aîné et mon mari dont j’avais été séparée depuis plus de deux ans. Mais à peine un mois après nos retrouvailles, mon mari et mon fils ont été arrêtés par la police et enfermés au centre de rétention de Geispolsheim. Mon fils a été renvoyé en Arménie le 29 juin et personne ne peut nous dire ce qu’il est devenu. Mon mari a été libéré et il vit désormais caché, de peur d’une nouvelle arrestation. Par ailleurs, je n’ai aucun signe de vie de nos deux autres enfants qui ont réussi à s’échapper d’un centre de déportation de Russie d’où on voulait également les expulser en Arménie.

Qu’avons-nous donc fait pour que notre vie bascule dans une spirale infernale qui creuse ses sillons d’horreur depuis maintenant 20 ans et qui ne veut toujours pas prendre fin ? Notre malheur tient en une phrase : nous étions une famille normale, unie et heureuse, jusqu’au jour où mon mari a été rendu coupable d’être né d’une mère azerbaïdjanaise.

Arrivée à Strasbourg, je croyais avoir atteint une civilisation qui marquerait enfin la fin de cette errance et d’une part de nos souffrances. Mais quand ils ont arrêté mon mari puis mon fils, je me suis trouvée transposée en Russie. Quand ils m’ont arraché mon fils à peine retrouvé en l’expulsant en Arménie, l’espoir dans un monde humain s’est définitivement éteint en moi. Depuis 20 ans, mon mari et moi avons tout supporté en pensant à nos enfants. Aujourd’hui, nous avons perdu leur trace, à tous les trois. Je vis chaque jour dans la crainte qu’on nous annonce que leur sang a ensanglanté notre terre d’origine ou cette grande terre hostile de la Russie. Mon mari ne veut plus vivre, il dit que tout est de sa faute. Moi, maintenant que mes enfants sont perdus, je ne trouve plus la force de le contredire. Tout cela est trop à porter pour des parents. Nous sommes une famille désintégrée. »

Un an plus tard, Anaït a des nouvelles de son fils qui a réussi à fuir à nouveau en Russie. Voilà ce qu’il écrit :

« Mes chers parents,

Pour moi, c’est comme si c’était hier le jour où on m’a arraché à vous, de façon forcée et si cruelle. Les policiers m’ont mis des menottes, comme si j’étais un criminel, en me mettant dans un avion à destination d’Arménie. Comprendront-ils, ceux qui ont pris cette décision, que par cet acte, ils ont livré une fois de plus un agneau aux loups ?

Je veux vous demander quelque chose que vous devez absolument faire : traduisez ma lettre et faites en sorte qu’elle soit lue par ceux qui sont responsables de mes souffrances afin qu’ils en aient des remords.

A mon arrivée en Arménie, j’ai été cueilli par les agents de la sécurité nationale. Pendant plus de deux mois, j’ai été emprisonné, battu chaque jour et on m’obligeait à me tenir debout durant des heures jusqu’à ce que je tombe dans l’inconscience.

Le crime dont ils m’ont rendu coupable est le sang de ma grand-mère azéri, Leïla, qui coule dans mes veines, comme si l’on pouvait choisir ses grands-mères. Mon deuxième crime est qu’en demandant l’asile à la France, j’ai porté atteinte à la réputation de l’Arménie. C’est seulement deux mois plus tard que j’ai été relâché à la condition que je taise les mauvais traitements subis et que je quitte l’Arménie dans les plus brefs délais.

C’est mon oncle qui a dû signer cet engagement et il m’a accueilli chez lui, le temps d’essayer d’organiser ma fuite d’Arménie. A peine deux jours plus tard, et malgré nos précautions, le voisinage a eu connaissance de ma présence. Ils sont arrivés, ils étaient tout un groupe, pour me battre cruellement, sous les yeux horrifiés de la femme et des enfants de mon oncle.

La raison est toujours la même : le sang des ennemis coule dans mes veines. Tu sais, maman, j’avais seulement 12 ans quand on a dû fuir notre maison mais parmi les agresseurs, j’ai reconnu tes anciens camarades d’école avec qui tu as étudié durant dix ans, j’ai aussi reconnu nos anciens voisins. On m’a transporté, inconscient, à l’hôpital où on a diagnostiqué une commotion cérébrale et quatre côtes fracturées.

Enfin, quelques jours plus tard, mon oncle a réussi à me faire fuir en Russie. Hélas, comme vous le savez, la Russie n’est pas non plus un lieu où des misérables comme nous peuvent avoir la vie sauve. Je vous embrasse fort.

Vartan, le 7 juin 2010

PS : N’oubliez pas de faire ce que je vous ai demandé »

Par Michel Durand - Publié dans : Politique - Communauté : Christianisme
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Vendredi 6 août 2010 5 06 /08 /2010 20:09

Le tout sécuritaire : des lois qui déshumanisent...

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Mireille Delmas-Marty

 

Elle  nous rappelle l'importance de l'enjeu de la notion de "dangerosité", dans la loi du 28 février 2008: loi relative à  la rétention de sûreté, inspirée par une loi allemande de 1933.

 

 

 

Je ne connais pas Mireille Delmas-Marty. Son livre  « Libertés et sûreté dans un monde dangereux », le Seuil février 2010, s’est trouvé sur mon bureau déposé par un ami.

Quand j’ai vu que cet ouvrage parlait de droit, Mireille Delmas-Marty est titulaire de la chaire « Études juridiques comparatives et internationales du droit » au Collège de France, je fus tenté de le négliger. Je n’ai, en effet, jamais abordé ce type d’étude, même face au droit canon que je n’ai lu que dans son strict nécessaire pour les études cléricales.

Enfin, pourquoi pas ces quelques petites 250 pages !

J’en suis très satisfait et vous invite à le lire. Cela donne à réfléchir, très concrètement sir la société en train de se construire. Tous les jours une info sur le gouvernement qui marginalise les personnes : français qui ne sont pas de souche, gens du voyage qui n’ont pas tous les droits, parents que l’on menace de prison à défaut d’éduquer leurs adolescents. Dans des rencontres avec RESF et les cercles de silence, j’ai entendu dire que les méthodes « UMP » ressemblaient à celles d’Hitler. Cela me paraissait trop fort ; la situation n’est plus la même. Pourtant, que dire sur le « retour de la double peine » ?

 

Voici quelques pages de cet auteur qui montrent bien l’importance du débat sur « État de droit » et « raison d’État ». Le droit comme défense de la personne ou comme promotion d’une idéologie…

DANGERS POUR LES ÉTATS ...

 Les illusions créées par les doctrines autoritaires peuvent conduire (deuxième constat) à la déraison d'État quand la nécessité est opposée au droit (« nécessité ne connaît pas de loi »). L’État qui prétend éradiquer toute insécurité, même potentielle, est pris dans une spirale de l'exception, de la suspicion et de l'oppression qui peut aller jusqu'à la disparition plus ou moins complète des libertés, légitimée par une politique de l'État total qui, telle que la résumait Mussolini (« tout dans l'État, rien contre l'État, rien en dehors de l'État »), est la négation du droit international.

Le glissement de l'État total vers la déraison a pu être observé en Europe à des degrés divers selon qu'il s'agissait de l'Italie, de l'Allemagne, de l'URSS... ou de la France de Vichy. Mais la déraison est encore observable dans certaines pratiques contemporaines, aux États-Unis comme en Europe. Même s'il ne s'agit pas de la promotion d'un nouvel État total, mais plutôt d'une sorte de dédoublement, ces États présentant un double visage, libéral ou autoritaire selon qu'il s'agit de la politique économique ou de la politique pénale. Dans un tel « État Janus », les promesses sécuritaires, confrontées aux excès des pratiques répressives et préventives qu'elles engendrent, finissent par devenir, comme dans un État total, sources de déraison.

D'où le troisième constat de l'apparition, encore incertaine, d'une politique qui n'est ni purement libérale ni purement autoritaire, car elle s'ajuste aux événements, mais ne renonce pas au respect des droits de l'homme : sans illusion ni désillusion, ce modèle se caractérise par la mise en place de dispositifs de résistance. De tels dispositifs tendent sinon vers la mise en œuvre directe du droit de résister à l'oppression - à peine suggéré par le préambule de la Déclaration universelle des droits de l'homme et ignoré des instruments qui ont suivi -, du moins vers la sauvegarde de la « permanente virtualité de résistance », qui serait « le droit de l'homme par excellence ».

Mais il ne s'agit pas seulement de virtualité. Car les processus de constitutionnalisation et d'internationalisation permettent désormais de confronter la raison d'État à une raison politico-juridique qui transcende l'État. L'expression « raisonner la raison d'État », devient ainsi la véritable clé de l'État de droit, car la résistance prend alors la forme d'un contrôle juridique de l'état de nécessité dans ses diverses manifestations. (141-142)

Prévention, précaution, générations futures

 … La cour européenne des droits de l’homme impose à la Roumanie la mise en place d’une prévention efficace des dommages à l’environnement et à la santé, au nom du principe de précaution ainsi incorporé au droit international des droits de l’homme.

Il s'agissait d'un accident écologique dû aux déversements de produits chargés en cyanure de sodium par une usine privée (pollution en Roumanie, en Serbie et en Hongrie subie par des requérants de nationalité roumaine). La Cour retient une conception très large de l'article 8 (droit au respect de la vie privée), permettant de condamner un État pour pollution, que celle-ci soit directement causée par l'État ou qu'elle résulte de l'absence d'une réglementation adéquate de l'activité du secteur privé» (§ 87).

La Cour évoque en effet les incertitudes scientifiques (§ 105-106) qui appellent à élargir la prévention de risques avérés à la précaution contre des risques seulement potentiels, mais dont les effets seraient graves ou irréversibles. Elle souligne (§ 122) « les conséquences passées, présentes et futures » d'un tel accident et affirme la nécessité de mesures de prévention pour la prise en charge des populations qui « seraient soumises à des événements comparables à l'avenir », ajoutant une référence à « la crainte due à la continuation de l'activité et la possible reconduction dans le futur du même accident ».

Cette projection dans le futur montre bien qu'elle entend le principe de précaution comme principe d'anticipation : il ne s'agit pas de bloquer la recherche scientifique, mais au contraire d'inciter les États à développer les recherches pour mieux protéger les populations présentes et à venir.

À condition de ne pas céder à l'illusion du risque zéro - dont la logique insensée conduit vers une responsabilité illimitée qui rendrait toute action humaine impossible -, le principe de précaution peut être également imposé aux personnes physiques et morales en cas de risque sanitaire, écologique, ou biotechnologique. Il entraîne alors une extension de la responsabilité civile dont le « fait générateur » se situe au futur ! .

Dans sa Généalogie de la morale, Nietzsche avait d'ailleurs, de façon prémonitoire, évoqué la nécessité d'anticiper : pour que l'homme puisse « répondre de lui-même en tant qu'avenir », écrivait-il, « ne doit-il pas avoir appris à séparer le nécessaire de l'accidentel, à penser le rapport causal, à voir le lointain comme s'il était présent et à l'anticiper, à établir avec certitude quel est le but et quel est le moyen convenable? ».

Quel est le moyen convenable? Il pourrait sembler logique que les réponses de sécurité - celles qui préservent l'homme « en tant qu'avenir » - varient en fonction de chaque type de danger, car le principe de précaution ne peut s'appliquer de la même façon aux dangers naturels ou nés de la surpuissance et à ceux qui tiennent à la violence interhumaine, donc au libre arbitre.

Mais cette logique est elle-même incertaine, car la confusion ne se limite pas aux repères espace / temps : elle affecte aussi ce que Nietzsche appelle « le rapport causal ». La surpuissance des moyens technologiques associée aux dangers naturels produit des effets (changement climatique) proches de ceux de la violence, à tel point que l'on commence à assimiler les réfugiés « climatiques» ou plus largement les « déplacés environnementaux » aux victimes de persécutions. Inversement, la violence associée à la surpuissance (le terrorisme global, dans ses formes nucléaires ou biochimiques) peut produire des effets illimités non seulement dans l’espace, mais aussi dans le temps, rendant inévitable le débat en droit international sur la  notion de légitime défense préventive.

En somme, si la confusion des repères dans l’espace et le temps explique sans doute les fluctuations entre souverainisme et universalisme, la confusion des causes et de la façon de les percevoir complique encore la recherche d’un futur ordre mondial.(191-194).

Par Michel Durand - Publié dans : Politique - Communauté : Christianisme
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Jeudi 5 août 2010 4 05 /08 /2010 13:34

Reçu de Jean-Marie Delcourt

 

Pourquoi vouloir faire du trekking en Éthiopie ou au Népal alors qu’il existe des circuits de GR (= Grandes Randonnées) dont les balises ne sont plus entretenues par manque de fréquentation ? Pourquoi aller chercher au loin ce qui est à notre porte ?


Un volcan se réveille et tous les avions avec leurs passagers et leurs marchandises sont cloués au sol. Il ne s'agit pas d'un conte pour enfants mais d'un cauchemar vécu par des milliers de personnes.

 

En fait, nous venons de vivre, par anticipation, la situation que l'humanité connaîtra quand il n'y aura plus de pétrole. Certes nous savons que les ressources fossiles ne sont pas inépuisables et qu'un jour nous devrons vivre sans elles, mais personne ne s'y prépare.

 

Dès lors, tirer les leçons de cet événement peut être une aubaine pour ceux qui veulent préparer l'avenir. Que peut bien nous apprendre, pour nous-mêmes et notre société technologique, cet épisode imprévu ?

 

Ce qui frappe, de prime abord, c'est la révélation de la fragilité de nos sociétés complexes : quelques grains de sable ou de poussière suffisent à tout désorganiser. Notre mécanique est bien rôdée mais dès qu'un élément fait défaut, voilà que tout s'arrête, du moins pour ceux qui utilisent l'avion, dans le but de commercer, voyager, passer des vacances ou assister à un colloque..

 

C'est " l'effet papillon", inventé, par le météorologue Edward Lorenz : "Le battement d'ailes d'un papillon au Brésil peut-il provoquer une tornade au Texas ? ". La crise financière nous avait déjà démontré que nous sommes tous sur le même bateau, la terre, nous sommes tous connectés pour notre bonheur comme pour notre malheur et qu'il est préférable de jouer "collectif"  qu'individuel. Par exemple, il serait bon d'aider la Grèce plutôt que de privilégier le " chacun pour soi".

 

Ensuite, cette dépendance vis-à-vis du transport aérien montre les limites de nos modes de vie d'enfants gâtés. Ce volcan en éruption, clouant au sol des milliers d'avion, nous force à réfléchir. Pourquoi vouloir faire du trekking en Éthiopie ou au Népal alors qu’il existe des circuits de GR (= Grandes Randonnées) dont les balises ne sont plus entretenues par manque de fréquentation ? Pourquoi aller chercher au loin ce qui est à notre porte ? Faut-il vraiment, pour notre bonheur, passer l'hiver dans les îles paradisiaques du Pacifique, ces îles que le réchauffement climatique risque de  faire disparaître ?

 

Certes, grâce à l'avion, nous pouvons consommer, toute l'année, des cerises du Chili, des pommes granny d'Afrique du Sud, de la viande d'Argentine, offrir des roses du Kenya. Mais est-ce bien raisonnable ?

 

Ne pourrait-on pas remplacer les colloques par un système de vidéo-conférence, tant pour des motifs économiques que pour le respect de l'environnement ? Et pour les mêmes raisons, se contenter des produits de saisons de nos potagers et de nos vergers, apprendre à faire des conserves et des confitures pour l'hiver ? Il est urgent de relocaliser l'économie.

 

 

Une autre leçon a trait à l'usage du temps, non plus la météo mais la durée temporelle de notre existence. Lenteur ou vitesse. Aujourd'hui, c'est la vitesse qui compte. On a supprimé l'espace et le temps. Les flux financiers  font le tour de la terre en moins d'une seconde. Les bénéfices sur les taux de change se jouent au millième de seconde. On est informé d'un cataclysme avant même ceux qui en sont les victimes ! Tout va plus vite, internet, les loisirs, la lecture. Il faut "faire" l'Espagne, la Grèce, il faut avaler des kilomètres sans rien voir, rien découvrir, rien retenir.

 

Que faisons-nous du temps qui nous est donné ? Il faudrait apprendre la paresse. Ou simplement prendre le temps de vivre. Savons-nous encore prendre du temps pour le passer avec un ami, une personne handicapée, notre conjoint, nos enfants ? Il faudrait réveiller "notre tortue intérieure".

 

 

Cet événement nous invite aussi à l'humilité et à la modestie. Nous croyons tout savoir de la nature, nous avons le sentiment de pouvoir la dominer,  pourtant les mythes grecs d'Icare et de Prométhée nous invitent à la prudence.

 

On veut travailler le dimanche et rouler en hiver comme en été. L'homme, souverain, se croit autorisé à tout braver même les tempêtes de neige, à ne pas respecter les zones inondables. On fait du ski hors pistes, on fait passer les cols aux camions qui se déplacent dans un mètre de neige, on construit sous le niveau de la mer, on bâtit des tours de plus en plus hautes, on densifie le réseau ferroviaire et routier…

 

Au lieu du principe de précaution, il serait plus utile de faire respecter les principes élémentaires de prévoyance ou de prudence : limiter la vitesse pour éviter les accidents et la pollution, construire selon les normes antisismiques, manger de la nourriture sans pesticides pour protéger sa santé, etc.

 

On n'impose pas sa loi à la nature sans, avant tout, la respecter. Nous pensons l'utiliser sans vergogne, alors qu'on devrait se mettre à son école. Dans l'utilisation du temps, elle nous montre l'exemple : se reposer en hiver pour renaître au printemps. On a cru bon de se déconnecter de la nature, ne plus suivre ses rythmes biologiques.

 

Pourtant comme dit l'Ecclésiaste : " Il y a un temps pour semer, et un temps pour récolter, un temps pour travailler et un temps pour se reposer…" Ce n'est pas par hasard que les fêtes liturgiques ont été fixées en relation avec les saisons et que la religion juive a inventé le repos sabbatique.

 

 

 

Jean-Marie Delcourt

 

Par Michel Durand - Publié dans : Anthropologie - Communauté : Christianisme
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