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  • : Michel Durand
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  • : 31/01/1942
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  • : musique voyages lecture art nature
  • : Je suis prêtre de l'Eglise catholique. Après avoir été serveur de restaurant et en paroisse, je fus nommé en aumônerie étudiante. Je me suis alors intéressé à l'art contemporain et à l'iconographie chrétienne. Ce fut l'occasion, avec Conf

Communautés

Vendredi 19 juin 2009

« L'Eglise a le devoir de dénoncer les erreurs fondamentales que révèle aujourd'hui l'écroulement des grandes banques américaines. La cupidité humaine est une idolâtrie qui va contre le vrai Dieu et contrefait l'image de Dieu à travers un autre dieu, Mammon. Nous devons les dénoncer avec courage mais aussi avec pragmatisme, parce que les grands appels à la morale sont inutiles s'ils ne s'appuient pas sur la connaissance de la réalité, qui aide aussi à comprendre ce que l'on peut faire concrètement. L'Eglise dénonce depuis toujours ce qui est mal mais elle montre aussi les chemins qui mènent à la justice, à la charité, à la conversion des cœurs. Même en économie la justice ne se construit que s'il y a des justes. Et ils se forment par la conversion des cœurs ».

Ce n'est pas Jacques Ellul qui a écrit cela dans les années 70, mais le théologien Ratzinger, répondant à un prêtre de Rome, le 26 février 2009. Ratzinger dont on ne connaît qu'une seule conférence sur l'économie prononcée en 1985 sous l'intitulé : « Market economy and ethics ».

Je tiens cette information du journaliste italien Sandro Magister, l'observateur aguerri du Vatican qui depuis très longtemps décrypte chaque semaine l'actualité de l'Eglise et des papes sur son site "Chiesa", traduit en quatre langues. Ce vaticaniste écrit pour l'hebdomadaire italien de centre gauche l'Espresso. Selon Céline Hoyeau de La Croix (15/04/09), il a l'art de mettre en perspective les textes et les décisions du pape à l'aide de documents plus anciens ou d'événements souvent méconnus.

L'événement qui m'intéresse ici est un article publié par « Il Regno » dans le N° 10 de 2009 où son auteur, Ernst-Wolfgang Böckenförde, un intellectuel allemand, demande à la doctrine sociale de l'Eglise de se réveiller de son "sommeil de Belle au Bois Dormant" et de se consacrer à une "contestation radicale" du capitalisme que rend indispensable l'actuel "effondrement évident" de celui-ci.

Ernst-Wolfgang Böckenförde est un catholique, philosophe, éminent spécialiste de la politique que Ratzinger a toujours lu avec intérêt et estime. En 1967, dans un essai qui avait marqué les esprits, il avait présenté ce que l'on a appelé depuis "le paradoxe de Böckenförde", selon lequel "l'Etat libéral sécularisé vit de présupposés qu'il ne peut pas garantir".

Cet auteur demande donc de renverser le capitalisme depuis ses bases car Marx a vu juste.

 

RENVERSER LE CAPITALISME DEPUIS SES BASES

 

De quoi souffre donc le capitalisme? Pas seulement de ses excès et de l'avidité et de l'égoïsme des hommes qui y opèrent. Il souffre de son point de départ, de son principe fonctionnel et de la force qui crée le système. Il est donc impossible de guérir cette maladie par des remèdes marginaux; on ne peut la guérir qu'en changeant le point de départ.

 

« L'organisation de la nature voulue par Dieu, les biens terrestres sont prévus pour la satisfaction des besoins de tous les hommes ». Reprenant l'orientation théologique de St Thomas, il rappelle que « la propriété privée des individus n'existe que dans le cadre de cette destination universelle et lui est subordonnée. ». Ainsi, en cas d'extrême nécessité ; le vol n'et pas un péché.

Solidarité :

« On voit apparaître ici un modèle contraire au capitalisme. Un modèle qui part d'autres principes fondamentaux et démasque ainsi le caractère inhumain du capitalisme. La solidarité n'apparaît plus comme une réparation, pour bloquer et compenser les conséquences nuisibles d'un individualisme débridé en matière de propriété, mais comme un principe structurant de la coexistence humaine y compris dans le domaine économique. »

 

Désormais, Marx n'étant plus, c'est l'heure de l'Eglise.

« Longtemps cette doctrine sociale de l'Eglise a eu une attitude plutôt défensive vis-à-vis du capitalisme dont les indiscutables succès l'impressionnaient. Elle l'a critiqué sur des points spécifiques au lieu de le mettre en discussion en tant que tel. Actuellement l'évident effondrement du capitalisme, dû à son expansion illimitée et presque déréglée, peut et doit permettre à la doctrine sociale de l'Eglise de le contester de manière radicale.

 

 

Mais plutôt que de vous donner à lire ces quelques citations je devrais vous inviter à lire l'intégralité de l'article.

C'est ici : Chiesa.  Il y a de nombreux liens qui conduisent très loin dans la réflexion.

 



Par Michel Durand - Publié dans : Politique - Communauté : Christianisme
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Jeudi 18 juin 2009

Groupe Lamennais, Paris, le 30 mai 2009

Nous en avons déjà parlé. Voir ici, au 28 mai de ce blogue.

Louis me communique d'autres informations que je vous partage.


Chers amis,

 

Vous êtes de celles et de ceux, 213 à ce jour, qui avez manifesté votre accord avec l'appel que nous avons lancé en janvier dernier. Réunis le 29 avril, nous avons constaté que ce texte recueille un large écho. Il est diffusé par voie électronique et de la main à la main, il fait l'objet de discussions et de réflexions multiples. Son audience nous paraît d'abord tenir au fait que ce texte ne craint pas de parler de la pauvreté généralisée et grandissante non seulement comme une conséquence du système en place mais comme une des principales causes du marasme actuel. Elle s'explique aussi par le refus du silence que l'on veut imposer aux victimes, refus qui équivaut à une invitation à prendre la parole.

Pour ces deux raisons, nous nous sommes placés sous le patronage de Félicité de Lamennais dont nous joignons une notice biographique à cette circulaire. Notre groupe de réflexion, formé de personnalités chrétiennes et de membres de la rédaction de la revue la Pensée, se réunit depuis plusieurs années. Nos échanges portent sur la situation sociale, économique et politique. Les prémisses, l'apparition puis le développement de la crise et ses lourdes conséquences ont été de plus en plus au centre de nos préoccupations qui nous ont conduits à rédiger le texte que vous avez signé.

Comme vous l'avez constaté, il ne s'agit pas d'une pétition mais d'un appel à la prise de conscience et à la mobilisation populaire. Nous vous invitons à élargir  son audience durant les mois d'été, à nous faire connaître non seulement les signatures mais aussi les effets divers de la diffusion de cet appel, ainsi que vos propositions pour améliorer celle-ci. À la rentrée, nous pourrons envisager d'autres développements.

En vous remerciant de votre appui et de vos messages, nous vous assurons de nos sentiments amicaux.


Pour le groupe Lamennais :

Georges Arnold, 65 avenue Gabriel Péri, 93400 Saint-Ouen

01 40 12 39 93

georges.arnold@wanadoo.fr

 


Jean George, 48 rue Caulaincourt 75018 Paris

01 42 54 52 11  

georgejnj@wanadoo.fr



Félicité de Lamennais (1782-1854)

 

Félicité de Lamennais, né en 1782 à Saint-Malo et ordonné prêtre en 1816, a d'abord été ultraroyaliste mais sa liberté d'esprit et son attention aux pauvres le font évoluer vers des conceptions démocratiques. Engagé dans les batailles politiques de son temps il se révèle un ardent polémiste. Dans la presse royaliste, il supplie prêtres et évêques de revenir à un christianisme plus authentique, plus charitable, plus pauvre et plus libre. Il invite les catholiques à séparer leur cause de celle de la monarchie et à se joindre au mouvement qui, vers les années 1830, entraîne les peuples à la conquête de leur liberté.

Avec Henri Lacordaire, un ancien avocat devenu prêtre, et Charles Forbes, comte de Montalembert, il fonde le journal L'Avenir dont le premier numéro paraît le 15 octobre 1830 avec la devise « Dieu et liberté ». Tout en prônant l'autorité du pape, les trois  amis entendent sceller l'alliance du catholicisme et de la démocratie. Ils demandent le suffrage universel, la liberté de la presse, la liberté d'association, la séparation de l'Église et de l'État. Ils ont contre eux la grande majorité de la hiérarchie catholique. Les évêques défendent aux prêtres la lecture du journal dont le style fortement romantique effraie les croyants timides. Avec 3000 abonnés seulement, attaqué de toutes parts parce qu'il prend la défense des humbles, L'Avenir doit suspendre sa publication. Le dernier numéro paraît le15 novembre 1831.

Ses trois principaux rédacteurs font appel au jugement du pape Grégoire XVI qui, loin de les soutenir, condamne en août 1832, par l'encyclique Mirari vos, la liberté de conscience « cette opinion absurde et erronée ou plutôt cette folie », la liberté de la presse, « la pire de toutes, qu'on ne pourra jamais assez exécrer et maudire », ainsi que la séparation de l'Église et de l'État. Tandis que Lacordaire et Montalembert se soumettent, tout en gardant leur amitié pour Lamennais, celui-ci maintient sa position qu'il accentue avec Paroles d'un croyant, ouvrage condamné en 1834 par une nouvelle encyclique. Lamennais quitte alors l'Église mais reste profondément chrétien. Devenu un ardent démocrate, il se rapproche des socialistes. Deux thèmes dominent son œuvre : la liberté d'une conscience droite qui doit refuser l'obéissance  à une puissance tyrannique et la loi d'amour faite de charité, d'ouverture à autrui, de compréhension mutuelle, bannissant toute intransigeance, tout dogmatisme.

Après la révolution de février 1848, Lamennais fonde un nouveau journal Le Peuple constituant. Le 23 avril 1848 il est élu représentant du peuple par le département de la Seine et siège à l'extrême gauche. L'insurrection ouvrière de juin, la terrible répression le plongent dans la douleur mais il se range sans hésitation du côté des vaincus, contrairement à nombre d'autres républicains. La bourgeoisie victorieuse soumet les journaux à un cautionnement préalable. Le Peuple constituant est de ceux qui ne peuvent pas payer. Son dernier numéro paraît le11 juillet . Dans son dernier article Lamennais lance l'apostrophe fameuse : « Il faut aujourd'hui de l'or, beaucoup d'or, pour jouir du droit de parler ; nous ne sommes pas assez riches. Silence aux pauvres ! »

Lamennais se retire de la vie politique. Il meurt à Paris le 27 février 1854. Dans un  écrit daté du 16, il avait demandé que son corps soit conduit « directement au cimetière » du Père Lachaise et soit enterré « au milieu des pauvres et comme le sont les pauvres ». En dépit des persécutions et du discrédit dont il a été l'objet de la part des puissants, sa haute figure a profondément marqué son temps. Victor Hugo, George Sand, Michelet, entre autres, ont témoigné de ce qu'ils lui devaient. Ses idées courageuses ont nourri divers courants de pensée à travers lesquels des croyants et des incroyants ont agi et continuent à agir en faveur de la libération humaine.


Par Michel Durand - Publié dans : Politique
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Mercredi 17 juin 2009

Hier, mardi 16 juin, à 21 h 30, on vient d'apprendre qu'Alae Eddin a été arrêté.

Au dernier cercle de silence, sur le tract, nous avons parlé de ce jeune homme.

« Moins d'une heure après 21 h 30, écrit Catherine, nous étions 17  à l'hôtel de police 4O rue Marius Berliet, Lyon 8ème. Un officier de police a fini par venir aux nouvelles et nous confirmer qu'Alae Eddine était bien en garde à vue.

Après un coup de téléphone de la maire du 1er, la commissaire de police joint le procureur qui décide du maintien d'Alae Eddine et de son transfert à la PAF ce matin, mercredi 17 juin.

Alae Eddin a été arrêté pour contrôle alors qu'il était assis sur un muret à Mermoz avec son cousin. ! ! ! !

Alae Eddin est un jeune majeur scolarisé auquel la préfecture a refusé de donner des papiers quand il a eu 18 ans. Arrêté, Alae Eddine a été en rétention en 2007. Suite à la mobilisation de son lycée, il a terminé son année scolaire. Après l'obtention d'un BEP de plâtrier plaquiste en 2008, il souhaitait poursuivre un apprentissage, mais la préfecture a de nouveau refusé la régularisation. Arrestation, rétention et libération, Alae Eddine a repris une formation de maçonnerie, il a maintenant un contrat d'apprentissage. Il ne lui manque que les papiers pour être un jeune homme ordinaire de notre société ».

Alae Eddine a été parrainé à la mairie du 1er le 30 mai 2009.


Merci à tous de téléphoner courtoisement à la PAF ce matin pour demander la libération d'Alae Eddine Al Jaadi. tel  04 72 84 96 10  ou 04 72 84 96 12. Vous serez très gentiment informé, je peux en témoigner.


Je profite de cette page pour vous signaler le site YACALFER

Ce blog, écrit l'auteur, « montre des Vidéos engagées que j'ai réalisées au travers de différentes interventions associatives ou jurassiennes. Toutes ont un point commun : la défense des droits des citoyens et de leurs conditions de vie. L'humanisme et la solidarité sont les maîtres mots de ce blog ».

Il y a un chapitre concernant les sans-papiers. La solidarité n'est pas un délit.


Par Michel Durand - Publié dans : Politique - Communauté : Christianisme
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Mardi 16 juin 2009
Robert Beauvery
Lyon, le 1er Mai 2009




Aux Communautés qui s'associent à mon séjour hebdomadaire, tous les vendredis,
Au Centre anticancéreux de Léon Bérard, à Lyon.

Chers tous,

En tout premier lieu, je tiens à vous remercier pour la part aux expressions multiples que vous prenez à ma thérapie. A la demande de plusieurs d'entre vous, je vous écris quelques premières expériences, vécues dans ce Centre.

1. DANS LE CHAMP DU PERE: Cf. Mt. 13,27 et 38.

Il m'a été donné de faire le lien entre le Centre spécialisé et le champ du Père comme s'il en occupait une parcelle où, par le fait même de ma maladie, j'étais envoyé, sans mission canonique précise.

Parcelle originale marquée par l'humanité du personnel depuis les Hôtesses d'accueil dont plusieurs sont atteintes d'handicaps, jusqu'aux grands spécialistes de renom, en passant par les infirmières, les aides soignantes, les techniciens de surface...

Parcelle originale marquée par la place dévolue aux patients : ils sont sollicités pour participer activement à une thérapie chimique personnalisée ; à être des sujets debout qui ont leur mot à dire dans le choix des protocoles...

Parcelle marquée par la solidarité qui s'établit, relativement facilement entre les patients acteurs, du même groupe hebdomadaire de la fameuse chimio ; ainsi, le vendredi, nous sommes autour de 100, aucun enfant, quelques jeunes, des adultes hommes et femmes et des séniors, suivis par 5 médecins qui donnent à chacun le temps convenable d'un entretien - bilan et prospectif.

2. UN MALADE PARMI LES MALADES ...

Il m'a été donné de consentir à entrer dans le rang ; en communauté de malades et de thérapies : en situation privilégiée pour une halte salutaire dans le cours de la vie de chacun.

Je suis frappé par la rapidité avec laquelle les gens laissent la lecture, les revues pour s'intégrer à un groupe de voisins qui se parlent ; par la qualité des échanges dont la profondeur atteint assez souvent les vraies questions de l'existence humaine.

Quand ils découvrent, par eux-mêmes, que je suis prêtre et leur frère, les confidences libératrices se présentent, soit de la part des co-patients, soit des soignants, soit même des chauffeurs de taxi habilités pour véhiculer des malades ; ainsi je suis mis au courant, par les intéressés eux-mêmes, que l'un, jeune papa : « sait langer son bébé », que l'autre, fatigué par la journée passée au volant de son taxi, éclate nerveusement quand il rentre le soir à la maison, auprès de sa femme : «ça ne dure pas et je lui demande vite pardon par un bisou ». La réconciliation conjugale peut devenir sacramentelle !

PREMIERES CONCLUSIONS

Ayant choisi un protocole lent, progressif, je n'ai jusqu'ici subi aucun des effets pénibles de la chimio ; ainsi je me rends aux séances hebdomadaires non seulement dans la sérénité mais dans la joie d'y retrouver ceux qui d'une certaine manière sont devenus les miens.

La grande question qui demeure est celle de ma conversion personnelle plus exigeante encore depuis que je suis solidaire de cette parcelle du champ du Père, le Centre anti-cancéreux Léon Bérard . Que le Seigneur nous bénisse tous.



Aux Amis et Communautés qui s'associent à mon séjour hebdomadaire, le vendredi,

Chers tous,

Merci ! pour tous les signes que vous m'avez exprimés, par lettre ou par téléphone, de votre présence fraternelle à la nouvelle étape de ma vie. À leur manière, ces signes sont aussi une thérapie de l'ordre du cœur et de l'esprit. Merci ! Comme vous m'y avez invité, j'essaie de vous transcrire quelques-unes de mes expériences, vécues ces dernières semaines, sachant très bien que l'écriture si exacte qu'elle se veut est très loin d'exprimer toute la richesse de la réalité.

 

1. Le climat d'humanité du Centre Léon Bérard

Il a été mis à l'épreuve, le jeudi 7 mai. Durant cette journée, en effet, de 8 h. du matin à 20 h., le Centre devait accueillir non seulement les patients habituels du jeudi, mais encore, ceux du vendredi qui ne pouvaient être reçus le lendemain 8 mai jour férié ! je pense ... Épreuve à laquelle le personnel fut préparé, par les responsables, par deux séances pédagogiques, pour sauvegarder l'humanité des soins dispensés en cette journée surchargée. Deux faits m'ont particulièrement marqué et nourrissent mon admiration.

Le premier concerne une doctoresse, à la spécialité reconnue, qui après avoir examiné longuement un patient âgé, assis sur sa chaise roulante, le raccompagne elle-même, en poussant le véhicule jusqu'au service où les soins doivent continuer ... En jour ordinaire, ce travail est accompli par un personnel ad hoc ... aujourd'hui, journée lourde il est accompli par une «patronne» pour ne pas surcharger les autres et rester dans un climat d'humanité, je pense... Le second concerne une infirmière. Il est plus de 17 h 30. Elle me libère des appareils nécessaires à la chimio ; elle me fait le pansement habituel. Nous échangeons sur le poids de la journée exceptionnelle - qu'elle doit continuer jusqu'à 20 h. et elle m'avoue sa fatigue - nous nous séparons et je lui annonce que je manquais de téléphone pour avertir mon taxi. «monsieur j y vais ... » mais?.. Elle revient au bout de deux minutes : « il vous attend dans 10 minutes, à l'accueil n)2 » Le merci vocal n'est rien par rapport aux deux sourires que nous échangeons, en toute humanité ! ...

 

2. Le climat de solidarité

La maladie offre au patient de mieux pénétrer les richesses de la sagesse, de la tolérance, de la bienveillance. Ce n'est qu'une offre que le patient peut ou non accepter, au terme d'une décision personnelle? Ceux qui l'acceptent - et selon ce que je constate au Centre, ils sont nombreux, parviennent à être, non seulement libérés du racisme, de la xénophobie; mais encore à accepter les différenciations sociales, sans les nier. Deux faits m'ont particulièrement marqué... Le premier concerne un « gaulois ». H. est assis juste à côté d'un « maghrébin» plus âgé. Le fils de ce dernier arrive pour être présent à son père - comme cela se fait souvent ! - Le « gaulois» se lève, cède sa place avec quelques paroles de sympathie, afin que le fils soit assis tout prêt de son Père ... et le « gaulois» tout simplement trouve sa place un peu plus loin .... La seconde concerne un « fils » à ma première impression. Un adulte au maximum 40 ans. Son « père », le patient, quelque 20 ans de plus. Je ne suis pas leur conversation, je n'entre en dialogue avec «le fils» que lorsque «le père» entre dans le cabinet de son médecin. J'apprends très vite que celui que j'avais pris pour son« père» c'est son « patron », à la tête d'une petite entreprise artisanale et que lui-même est un de ses ouvriers... H se met à me raconter une merveilleuse histoire de son patron et de l'entreprise. En octobre dernier un cancer osseux facial affecte le patron. H choisit de se soigner, mais de continuer de travailler avec ses ouvriers : en 8 mois la thérapie, aux nouvelles ressources, il a triomphé du mal, avec sa participation active, laborieuse et la collaboration de ses ouvriers... Qu'aujourd'hui c'était la dernière visite qui confirmait la guérison.

Ce que j'avais interprété comme un dialogue chaleureux entre un «fils» et un «père» était une reconnaissance mutuelle entre un ouvrier et son patron.

 

Conclusions provisoires :

Jusqu'ici je ne sentais aucun des effets pénibles de la chimio ... à la différence de plusieurs de mes copatients ; cependant, je connais un affaiblissement général somatique, psychique, intellectuel, spirituel qui handicape la vie quotidienne ; rends plus vulnérable aux diverses allergies et agressions externes ; et, enfin, rapproche réellement de ceux que la chimio épuise. Une des grandes questions qui demeure est celles de la conversion du regard afin d'apercevoir la parcelle de vérité qui peut occuper le cœur d'une femme aux six hommes en attente du 7 è, cf.Jn 4,18 . La grandeur de la générosité de la veuve qui-ne-donne-rien cf. Mc.12,43 ; la foi authentique d'une païenne, cf. Mt.15,2S.

Aidez-moi! Que le Seigneur nous bénisse tous.



Par Michel Durand - Publié dans : Témoignage - Communauté : Christianisme
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Lundi 15 juin 2009
Dans de nombreux lieux de réflexion, depuis plusieurs années, je me suis aperçu combien il serait important que croyant et non-croyant s'entendent sur le fondamental des valeurs. Tous veulent atteindre les « valeurs » ; mais, où sont-elles ? Quelles sont-elles ?
Le dialogue et l'action avec des personnes de convictions diverses demandent que l'on arrive à s'entendre sur de l' « Universel ». De par ma culture, ma formation et mes convictions évangéliques, je parle spontanément de « Loi naturelle ». De suite, certains vont afficher leur horreur d'avoir à se soumettre à des lois transcendantes qui s'imposent à l'individu en méprisant la liberté fondamentale. Le langage métaphysique n'a pas bonne presse. Et pourtant, dans les « cercles de silence », dans la défense des « sans papiers », dans les milieux écologistes n'est-il pas questions de droits fondamentaux qui s'imposent à la conscience subjective. Droit de l'homme, droit de la terre, nécessité de poser des limites à ses désirs de liberté, de croissance ... N'est-ce pas au nom d'une Sagesse qui transcende nos envies ?

Viens de sortir un ouvrage qui me semble bien utile pour tous ceux et toutes celles qui veulent militer aujourd'hui en côtoyant diverses sensibilités pour plus d'efficacité politique, plus de justice. Comme ce livre s'adresse principalement aux chrétiens, c'est à eux de le lire et de le commenter en premier afin d'ouvrir toutes les portes possibles.

A lire donc :  A la recherche d'une éthique universelle, nou
veau regard sur la loi naturelle, Commission théologique internationale, le Cerf, mai 2009.

J'encourage principalement ceux et celles qui travaillent avec « chrétiens et pic de pétrole » à lire ces pages car les offrent de bons éclairages fondamentaux sur les raisons d'accepter des limites dans nos existences.

Page 20 :

[7] Depuis plusieurs décennies, la question des fondements éthiques du droit et de la politique a été comme mise entre parenthèses dans certains secteurs de la culture contemporaine. Sous le prétexte que toute prétention à une vérité objective et universelle serait source d'intolérance et de violence et que seul le relativisme pourrait sauvegarder le pluralisme des valeurs et la démocratie, on fait l'apologie du positivisme juridique qui refuse de se référer à un critère objectif, ontologique, de ce qui est juste. Dans cette perspective, le dernier horizon du droit et de la norme morale est la loi en vigueur, qui est censée être juste par définition puisqu'elle est l'expression de la volonté du législateur. Mais c'est ouvrir la voie à l'arbitraire du pouvoir, à la dictature de la majorité arithmétique et à la manipulation idéologique, au détriment du bien commun. «Dans l'éthique et la philosophie actuelle du Droit, les postulats du positivisme juridique sont largement présents. La conséquence en est que la législation ne devient souvent qu'un compromis entre divers intérêts ; on tente de transformer en droits des intérêts ou des désirs privés qui s'opposent aux devoirs découlant de la responsabilité sociale 1.» Mais le positivisme juridique est notoirement insuffisant, car le législateur ne peut agir légitimement qu'à l'intérieur de certaines limites qui découlent de la dignité de la personne humaine et au service du développement de ce qui est authentiquement humain. Or, le législateur ne peut abandonner la détermination de ce qui est humain à des critères extrinsèques et superficiels, comme il le ferait, par exemple, s'il légitimait de soi tout ce qui est réalisable dans le domaine des biotechniques. Bref, il doit agir d'une manière éthiquement responsable. La politique ne peut s'abstraire de l'éthique, ni les lois civiles et l'ordre juridique d'une loi morale supérieure.
 [8] Dans ce contexte où la référence à des valeurs objectives absolues reconnues universellement est devenue problématique, certains, désireux de donner tout de même une base rationnelle aux décisions éthiques communes, prônent une « éthique de la discussion » dans la ligne d'une compréhension « dialogique » de la morale. L'éthique de la discussion consiste à n'utiliser au cours d'un débat éthique que les normes auxquelles tous les participants concernés, renonçant aux comportements « stratégiques » pour imposer leurs vues, peuvent donner leur assentiment. Ainsi peut-on déterminer si une règle de conduite et d'action ou un comportement sont moraux parce que, en mettant entre parenthèses les conditionnements culturels et historiques, le principe de discussion offre une garantie d'universalité et de rationalité. L'éthique de la discussion s'intéresse surtout à la méthode par laquelle, grâce au débat, les principes et les normes éthiques peuvent être mis à l'épreuve et devenir obligatoires pour tous les participants. Elle est essentiellement un procédé pour tester la valeur des normes proposées et ne peut produire de nouveaux contenus substantiels. L'éthique de la discussion est donc une éthique purement formelle qui ne concerne pas les orientations morales de fond. Elle court aussi le risque de se limiter à une recherche du compromis. Certes, le dialogue et le débat sont toujours nécessaires pour obtenir un accord réalisable sur l'application concrète des normes morales dans une situation donnée, mais ils ne sauraient reléguer à la marge la conscience morale. Un vrai débat ne remplace pas les convictions morales personnelles, mais il les suppose et les enrichit.

1. BENOÎT XVI, Discours du 12 février 2007 au Congrès international sur la loi morale naturelle organisé par l' Université Pontificale du Latran, AAS 99 (2007), p. 244.


Voici la présentation de ce livre par Isabelle de Gaulmyn dans La Croix, 11/06/09.

Rome propose un nouveau regard sur la loi naturelle

Renouvelant l'approche de cette notion fondamentale de la morale catholique, la Commission théologique internationale publie une contribution à la formation d'une éthique universelle

Voilà sans aucun doute l'un des enjeux du pontificat de Benoît XVI : renouveler la présentation de la loi naturelle, fondement de l'enseignement moral de l'Église catholique. Il s'agit de répondre au défi d'une société qui hésite aujourd'hui à affirmer l'existence de valeurs universelles pour l'homme, indépendantes du consensus, de la mode ou du temps.

Face à ce qu'il nomme le relativisme - terme par lequel il dénonce la remise en cause de principes imprescriptibles aux yeux de l'Église (sexualité différenciée, dignité de toute vie de la conception à la mort naturelle, égale dignité de tout homme et femme...) -, le pape appelle à une réflexion plus approfondie par les catholiques de la loi naturelle.

L'objectif : contribuer à la formation d'une éthique universelle. Benoît XVI a donc chargé la Commission théologique internationale (CTI) de s'atteler à ce travail. C'est chose faite : sous le titre À la recherche d'une éthique universelle, la Commission vient de publier la synthèse de cinq années de réflexion sur le sujet (1).

Pas révolutionnaire, mais de nouvelles perspectives
Le document pourra décevoir ceux qui espéraient une prise en compte, par le Magistère romain, des réflexions des cinquante dernières années en matière théologique (christologie) ou philosophique (phénoménologie). Le cadre reste en effet classique : celui de la loi naturelle fixée par saint Thomas d'Aquin au Moyen Âge (2). D'ailleurs, les seules citations utilisées sont de saint Thomas ou de saint Augustin.

Le texte présuppose cette assurance très thomiste d'une raison de l'homme, capable de voir la vérité en lui (la loi naturelle). Une certitude en la raison humaine que bien des philosophes modernes remettent en cause, avec notamment les théories de la « pensée faible ». Mais on ne demande guère à un texte magistériel, écrit collectivement pour aboutir à un consensus, d'être une œuvre théologique révolutionnaire !

En revanche, ce document présente de nouvelles perspectives par rapport à la vision classique de la loi naturelle, qui devraient aider les chrétiens à proposer un discours moral face aux enjeux éthiques contemporains.

Ainsi, la CTI a le mérite de prendre en compte le nouveau contexte de la mondialisation qui, de fait, redonne de l'actualité à la recherche de valeurs universelles. Surtout, elle propose une vision très ouverte de la loi naturelle. Dans une première partie, le document commence par observer ce qui, dans les autres traditions religieuses, peut s'apparenter au concept chrétien de loi naturelle. Une manière de dire que le christianisme n'a pas l'exclusivité de cette vérité sur l'homme, dont on peut trouver des éléments dans les traditions hindoue, bouddhiste, les religions africaines, l'islam...

Pas une norme fixée une fois pour toutes
Ensuite, la Commission retrace l'histoire de la loi naturelle, pour dire que ses applications n'ont pas toujours été les mêmes selon les périodes. On a même pu se tromper, reconnaît le document : « La théologie chrétienne, au nom de la loi naturelle, a justifié trop facilement des positions anthropologiques qui, par la suite, sont apparues conditionnées par le contexte historique et culturel. »

L'Église doit conjuguer deux impératifs : d'une part, affirmer qu'il y a, de tout temps et toute époque, des grandes valeurs quant à l'orientation fondamentale de l'homme ; et en même temps, reconnaître que l'homme est inscrit dans une histoire et que les principes seconds découlant de ces valeurs peuvent, eux, évoluer.

Le document de la CTI s'oppose donc à une conception figée, qui ferait de « la loi naturelle un ensemble déjà constitué de règles qui s'imposent a priori au sujet moral ». La loi naturelle n'est pas une norme fixée une fois pour toutes, de manière extérieure à l'individu : ce serait alors « une forme d'hétéronomie insupportable à la dignité de la personne humaine libre ». D'ailleurs, la Commission se garde bien de parler de « normes ». Et elle choisit, pour la définir, de présenter cette loi naturelle de manière dynamique, pour laisser toute sa place à la liberté humaine et à la conscience, « source d'inspiration objective pour la démarche de chacun, éminemment personnelle, de prise de décision ». Une « source » qui fait notre commune humanité.

Des prémisses pour une recherche commune
La Commission théologique internationale insiste sur la nécessité de donner à la loi naturelle un fondement métaphysique : pour les chrétiens, la théologie de la création permet d'affirmer que tout être humain, parce que créé par Dieu, a la potentialité de trouver en lui les lois de son humanisation. Le texte utilise d'ailleurs l'expression d'« ordre de la création », par laquelle certains théologiens protestants parlent de la loi naturelle. Et il en tire des perspectives nouvelles sur la notion d'« écologie humaine ».

Ce document est-il à même de servir de plate-forme commune aux chrétiens et non-chrétiens pour rechercher ensemble « le message éthique contenu dans l'être », selon l'expression utilisée par Benoît XVI ? En tout cas, il en pose les prémisses. Car le récent discours du président des États-Unis au monde musulman l'a encore montré : dans un monde particulièrement complexe et imbriqué, chacun est aujourd'hui en quête de cette « règle d'or » qui fait l'universel.

Isabelle DE GAULMYN, à Rome

(1) À la recherche d'une éthique universelle. Nouveau regard sur la loi naturelle, de la Commission théologique internationale. Avec une préface de Mgr Roland Minnerath et un guide de lecture du P. Serge-Thomas Bonino. Éd. du Cerf, coll. « Documents des Églises », 192 p., 14 €.

(2) Voir l'article « La loi naturelle selon Benoît XVI », par Geneviève Médevielle, dans la revue Études (mars 2009).


Par Michel Durand - Publié dans : chrétiens et pic de pétrole - Communauté : Christianisme
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