Dans l’église, l’autel au milieu des fidèles est devenu le centre de ralliement, ou de rayonnement de notre Eglise

Publié le par Michel Durand

Discours pour Michel, 22 juin 2014

Une paroissienne polycarpienne s’adressant aux personnes présentes à l’espace Rozier en disant :
- Je vous demande de vous tourner vers le lieu de la parole.
Seuls les habitués peuvent saisir l’humour en sa pointe… (NDLR)
Dans l’église, l’autel au milieu des fidèles est devenu le centre de ralliement, ou de rayonnement de notre Eglise

Cher Michel,

C’est à moi qu’a été dévolu le difficile exercice de faire un discours de remerciements et d’éloges et d’adieu. Mais comme à Saint-Polycarpe tout est plus ou moins collectif, j’ai reçu de la part du comité de veille et d’organisation de la journée plusieurs instructions sur ce discours.

« 1) Le but est de dire combien nous aimons Michel et qu’il a été un formidable pasteur »

- Il est vrai que grâce à Michel, et à ses douze années près de nous dans le quartier, nous avons fait communauté et pas été de simples consommateurs de messe.

« 2) Ne t’attarde pas sur ses défauts, mais raconte plutôt comment que tous ceux qui le trouvaient austère au départ ont fini par être radicalement convertis»

- Je n’ai pas eu de plus de détails, ni sur ce côté austère, ni sur ses méthodes d’embrigadement, mais à tout hasard, serait-ce parce que Michel est capable de partager son appartement pendant des années et de donner un exemple de vie cohérente qu’il finit par nous interpeler et par nous convertir…

Mais à vrai dire ces deux premières instructions  a contrarié mon élan, qui était, au lieu de m’attarder sur l’attachement que nous avons pour Michel et la tristesse de devoir le quitter après douze années à notre service, de profiter pour faire le point sur tout ce que nous avons dû supporté toutes ces années :

-  nous avons supporté de nous prénommer Christine, Sylvie, Clarance et autres avant que tu ne nous fixes plus définitivement.

-  Avec Confluences, les Biennales d’art sacré, les artistes de la Biennale à accueillir chez nous, couple semi-ukrainien qui avait fait pendant trois jours des confitures dans mon appartement

- le Christ dans le formol et autres joyeusetés au-delà du Beau et du laid, comme la Sainte-Croix des canettes, qui a fait dire à un parisien qu’il fallait descendre à Lyon pour « voir ça ».

-  les projections PowerPoint qui pouvait se bloquer sur une image de Microsoft sous fond bleu pendant que tu continuais tranquillement ton sermon, dos à l’écran, ou les longues et silencieuses prières technologiques d’avant sermon, le moment fatidique où il fallait que tu branches ton enregistreur.

- les après-midi de musique Metal où nous t’avions suivie sur la piste de danse sous le regard semi-amusé de Suzanne Marcoux.

- ta figure de Victor Hugo croisé Moustaki bronzé et doré après un mois de vacances, où tu nous dis que tu vas dans le désert et tu reviens avec la tête de celui qui rentre du ski tandis que nous sommes sous la pollution hivernale.

- les aventures illégales dans l’église taggée du Bon-Pasteur, ce qui a permit d’y poser un clavecin au milieu des bris de verre jusqu’ ce que la Mairie centrale bloque encore l’accès…

- les messes dans les chapelles humides, l’été, où le moindre chrétien de passage se trouvait poussé à dire qui il est et d’où il vient pendant que nous cherchions désespéremment sur le clavier pianola la bonne note pour commencer les chants, et les psaumes puisque tu n’as jamais renoncé à vouloir nous faire psalmodier.

- les conférences sur Léo Ferré, la décroissance, la méthode Vittoz, l’architecture contemporaine ; il y a même une époque où Christiane faisait un ciné-club, bref tout ce qu’il fallait faire pour s’ouvrir, ne pas s’enfermer entre nous…

- Les ruptures  épistémologiques étranges de tes homélies, qui te font citer Saint-Augustin, le Père Chevrier, un ouvrage universitaire ou un article dans La Croix ou Le Progrès avant de revenir sur un commentaire de ton blog, sur l’http duquel tu finis parfois tes envolées spirituelles en disant simplement que nous pouvions les commenter.

Mais ce serait oublier…

Les cercles de silence, les sans-papiers, tout ce qui fait que tu nous interpelles et que tu ne nous laisses pas tranquille.

Car si « faire communauté » est devenue une évidente fraternité, une évidence pour les fidèles réguliers ou occasionnels de Saint-Polycarpe, tu nous as rappellé sans cesse qu’il est de notre devoir de s’ouvrir sur le quartier, sur autrui notamment quand tu nous rappelles qu’à l’apéro nous devons aller parler aux autres et non rester dans notre entre-soi.

 

Une partie des convives au repas du 22 juin 2014, Espace Abbé Rozier, premier curé à St-Polycarpe

Une partie des convives au repas du 22 juin 2014, Espace Abbé Rozier, premier curé à St-Polycarpe

À ce stade suivait une troisième instruction, plus obscure :

« 3) N’oublie pas dire que les géographies ont changé, mais que les gestes sont plus forts. »

Les géographies ont changé, dans un quartier tout de pierre et de béton, comment le voir ? À quoi juge-t-on du mouvement spirituel et fraternel ? Est-ce que mes camarades voulaient parler de la grande migration de l’Évangile de l’ambon du bas à la chaire ou ambon du haut ?

Ou bien la migration dominicale de 12h10, celle qui va de la grande nef au parvis pour la sainte cérémonie de l’apéritif, qui a été établi vers 2006 et qui, toute honte bue, est sponsorisé par les verres en plastiques d’une célèbre boisson anisée ?

Mais c’est oublier qu’il y a dix années à peine, quand tu es arrivé, le parvis était gris et bétonné, et le local Toi d’écoute inexistant. Bref, qu’il y a bien eu des pierres qui ont bougé.

Et les gestes ?

Les gestes que nous n’oublierons pas et auxquels nous sommes attachés, comme évidemment communier sous les deux espèces, ce qui peut a été vu par un Parisien de passage comme "faire un canard" avec l’hostie, et qui fait partie de la culture Saint-Po, comme l’autel au milieu des fidèles, et qui est devenu le centre de ralliement, ou de rayonnement de notre église et de ton empreinte.

Geste, mais aussi silences, mais aussi libertés de dire une prière universelle, ou de faire des baptêmes en immersion totale.

Michel, tu t’es toujours plaint d’être marginalisé dans l’église jusqu’à ce que nous apprenions que tu avais un ami cardinal, mais oui, l’évêque africain qui a pris l’apéritif avec nous il y a quelques semaines à peine !

« Enfin, tu te débrouilles, mais ne sois pas trop longue, car à Saint-Po on aime surtout manger  »

Publié dans Eglise, Témoignage

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Commenter cet article

Muller 02/07/2014 22:58

C'est bien vu, c'est Michel

Michel Durand 03/07/2014 09:22

Oui et merci au rédacteur(ou rédactrice) de ce "discours".