Il était l’homme occupé par les autres, ceux dont personne ne voulaient, les dirigés vers la prison, en manque de lien, en manque d’amour

Publié le par Michel Durand

Il était l’homme occupé par les autres, ceux dont personne ne voulaient, les dirigés vers la prison, en manque de lien, en manque d’amour

Ce n’est pas les leçons de catéchèse d’adultes qui donneront à entendre et voir Dieu dans son mystère trinitaire, mais la vie tout ordinaire des croyants en Christ ressuscité. Une théologie négative donne plus de vérité sur l’Amour divin qu’une tentative d’explication…

C’est vraiment ce que je pense et j’essaye de l’exprimer dans l’homélie de ce jour.

Comme je viens de relire, suite à une demande pour la revue du Prado : quelqu’un parmi nous, l’ouvrage d’Emile Granger, Ils m’appellent le vieux, je demeure tout imprégné de son témoignage. Comme baptisé, comme prêtre Emile a montré l’immense amour de Dieu pour tous. Il a vécu avec ses gars des situations pleines de désespérance. Il a toujours gardé confiance, espérant qu’un jour sera où l’on sortira de la déviance inhumaine. Je vous livre ce témoignage :

J’ai connu le Père Emile à 16 ans et demi, inopinément pour ne pas dire providentiellement. En fugue et sans domicile dans les rues de la cité stéphanoise, je cherchais un refuge.

De manière inattendue, j’ai frappé à la porte d’une paroisse, presque au hasard, et suis tombé sur le Père Emile Granger. C’était sur lui qu’il fallait tomber, le seul prêtre de la ville agréé par l’autorité judiciaire et la DASS  pour accueillir  des « jeunes délinquants ou en déshérence », chez lui, sous son toit.

Emile était un homme toujours occupé. Occupé par les autres, les « gars », ses « gars » dont personne ne voulaient, lesquels allaient et revenaient de prison, en manque de lien, en manque d’amour, en manque souvent de Père.

Emile était le père à tous, le refuge, le repère.

Celui, qui tout en parlant avec vérité, gardait intact son amour et sa considération.

Nous étions souvent réveillés par du chahut dans la rue, des bris de vitre dans la chambre d’Emile par des gars qui rentraient éméchés en poussant leurs cris de mal de vivre. Emile supportait les injures, les crises d’angoisse de ses « petits », et partait souvent rechercher ses gars au commissariat. En lire plus.

Voilà le finale de mon homélie pour un dimanche de la Trinité :

C’est la Nouvelle Alliance en Christ qui nous introduit à la vie trinitaire de Dieu. Plutôt que de rechercher une définition acceptable pour la raison, laissons-nous prendre par le silence de la méditation. Laissons le divin façonner notre cœur. Laissons Dieu agir dans le monde par notre médiation

 

Chagall, Trinité

Chagall, Trinité

Là où nous vivons, n‘oublions pas que nous sommes regardés. Qu’en nous voyant, on voit le Christ Jésus. Alors, grâce à nous, celui qui voit le Seigneur, le Fils unique et bien-aimé aura une idée du Père. Le Christ a manifesté la bonté, la tendresse et la miséricorde. Il a été le don parfait, l’amour par excellence. Que nous manifestions la bonté, la tendresse et la miséricorde. Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. Cet amour exprimé chez le Fils se retrouve chez le Père qui a donné son Fils aux êtres humains. Alors, soyons le reflet le plus parfait possible de cet amour, de cette bonté, de cette tendresse, de cette miséricorde.

Emile fut le miroir qui montre Dieu – Amour ; Dieu –Trinité. Tout lire ou entendre.

Publié dans Eglise, Témoignage

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