Le repas est un acte important ; moment où il se passe plein de choses. Des amitiés pleines de promesse s’y établissent. + Repas christique

Publié le par Michel Durand

Homélie de ce dimanche à Lyon, église Saint-Polycape

Si vous souhaitez entendre le son de cette homélie, c'est tout simple. Se rendre sur le site de la paroisse Saint-Polycape des pentes de la croix-rousse. En plus vous aurez les références des textes. 

 

Dans la ligne de cette évangile, nous pouvons penser au jeudi soir, au repas que Jésus a désiré vivre avec ses apôtres à la veille de sa passion et de sa condamnation à mort. Nous connaissons sa résurrection. Effectivement, la liturgie de ce jour ne fait que reprendre les évènements essentiels de la semaine sainte et du temps pascal, comme je le disais dimanche dernier. En fait, il faut remonter dans l’existence du Christ presque au début de sa vie publique pour situer le cadre de ce discours à la foule. Jésus vient de nourrir une grande foule en donnant plus que le nécessaire.

« Alors Jésus prit les pains, il rendit grâce et les distribua aux convives. Il fit de même avec les poissons ; il leur en donna autant qu’ils en désiraient. Lorsqu’ils furent repus » Jésus demande que l’on ramasse les restes pour que rien ne soit perdu. Jean 6,11.

Mardi dernier, les membres de l’Équipe d’animation pastorale ont tenu leur réunion au cours d’un repas. C’était un moment de fête, comme il y en a souvent en fin d’année, époque de bilans. Jeudi, la rencontre des parents se préparant au baptême de leur enfant, fut agrémenté de fruits de saisons, de gâteau fait maison et de boisson. Tout à l’heure, à l’issue de cette eucharistie, l’apéritif dominical ordinaire se prolongera par un déjeuner tiré du sac. Nous y sommes tous invités. On dit que c’est pour marquer un départ, un retirement de ma présence curiale en l’Église Saint-Polycarpe. Bref, cela peut paraître étrange de mélanger ainsi repas et acte religieux. Pourtant, n’est-ce pas ce que le Christ a fait ? N’est-ce pas ce que nous faisons spontanément dans le cadre de la vie en famille ? De fait, le rite de la table bien mise, avec des bougies allumée, le rite de la fête gratuite a une grande dimension religieuse car elle relie les personnes entre elles en leur signifiant qu’il y a, transcendant tout le monde, un amour à vivre immensément chargé de respect, dignité, tendresse et miséricorde. Que de fois le Christ a pris ses repas avec des gens rencontrés par hasard ! Que de fois il a accepté l’invitation de personnes que l’on disait excommuniées parce qu’exerçant un métier interdit par le judaïsme, sa religion d’origine.

Le repas est un acte important, un moment où il peut se passer plein de choses. Des amitiés s’établissent pendant le repas. Des promesses se font au moment des repas, surtout les repas de fête où l’on prend le temps de se rencontrer. C’est ainsi que beaucoup se sont mariés. Les repas créent entre les hommes des liens d’amitié, de respect, d’écoute... Ce que nous appelons aujourd’hui la convivialité. Nous le savons, nous le constatons sans cesse, le quartier dans lequel nous vivons sur les Pentes de la Croix rousse est familier de ces temps conviviaux. Ici même, nous pouvons dire : « c’est chaque dimanche la fête des voisins ». Ceci dit, je sais que de nombreux disciples du Christ demandent : « Mais pourquoi tellement insister sur l’amitié, sur la dimension humaine, horizontale, du repas ? Pourquoi faire d’un apéro sur un trottoir, un geste rituel, liturgique ? Dieu ne veut-t-il pas que l’on pense surtout à lui ? ». Et, quand Il va aux frontières des hommes pour les rejoindre dans leurs errances, n’est-ce pas avec la croix au poing qu’il s’exprime publiquement ? Un dieu qui part en croisade !

Non, Dieu veut que nous réussissions notre vie d’homme et de femme. Dieu veut que nous soyons des femmes et des hommes parfaits en leur humanité. Dieu veut que nous réalisions le plus beau de la vie humaine : Aimer son voisin comme lui, Dieu-Père, nous aime. Ainsi tout ce que nous pouvons vivre allant dans le sens de cette amitié est souhaité par Dieu :

« Dieu aime tellement le monde qu’il envoie son fils unique pour le bonheur du monde. »

Oui, il y a un réel bonheur à prendre un repas dans la bonne humeur. Que l’on se sente proche, ou loin de l’Église, sachons qu’un pas est fait vers Dieu quand nous mettons ainsi en pratique notre vocation à devenir des hommes et des femmes fraternels, conviviaux, quand nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour que vive la juste solidarité. C’est plus que vouloir manger jusqu’à plus faim. Jésus prend alors la parole pour expliquer comment obtenir davantage de bonheur, plus de perfection, plus d’entente fraternelle, plus d’amour.

« Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour. »

A la suite de ce discours, des quantités de gens ont cessé de suivre Jésus : ce qu’il disait était inacceptable ; alors Jésus s’est retourné vers les Douze et il leur a demandé :

« Et vous, ne voulez-vous pas partir ? »

C’est là que Pierre a répondu :

« Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as des paroles de vie éternelle ».

Voilà le paradoxe de la foi : ces paroles sont humainement incompréhensibles et pourtant elles nous font vivre. Il nous faut suivre le chemin de Pierre : vivre de ces paroles, les laisser nous nourrir et nous pénétrer, sans prétendre les expliquer. Il y a là déjà une grande leçon : ce n’est pas dans les livres qu’il faut chercher l’explication de l’Eucharistie ; mieux vaut y participer, laisser le Christ nous entraîner dans son mystère de vie. (cf Marie-Noëlle Thabut)

Accepter le mystère, c’est ce que ne purent faire les foules qui ne voient en Jésus qu’un homme qui doit être roi d’Israël contre le pouvoir romain. (Jn 6,15).

Jésus sera contraint de leur dire :

« Ce n’est pas parce que vous avez vu des signes que vous me cherchez, mais parce que vous avez mangé des pains à satiété. » (Jn 6,26).

Mettons-nous du côté des apôtres et, avec foi, regardons Jésus Christ vivant au milieu des hommes, mangeant avec eux, se donnant à manger pour un amour sans cesse plus fort.

« Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle. » « Celui qui mange ce pain vivra éternellement. »

Nous ne comprenons pas. Ne cherchons pas à comprendre. Dans la suite des apôtres, croyons qu’en recevant le corps du Christ, nous pouvons prendre tous les risques. Le chrétien a l’audace des risques à prendre, car, alors que nous marchons avec la force de Jésus en nous, nous pouvons avancer dans le monde en n’ayant peur de rien.

Je nous souhaite de réaliser (même sans comprendre) la puissance de la force du Christ eucharistique en nous.

 

Publié dans Eglise, évangile

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