Pour Liberté et Politique, les thèses des écologistes sont une « impasse, même si à l’occasion ce peut être très joli, une impasse fleurie

Publié le par Michel Durand

Très rapidement (je manque de temps ce jour, mais je tiens à transmettre la teneure de ce débat), je vous dis mon bonheur de voir le débat ouvert dans l’Eglise, non par de prétendus soixante huitards que l’on n’écoute pas car leur temps est fini, mais par des nouveaux nés en matière de contestation du capitalisme libéral libertaire.

Voilà le contenu du courriel du 20 juin 2014 signé : Les Anarchristes lesanarchristes@gmail.com

Pour Liberté et Politique, les thèses des écologistes sont une « impasse, même si à l’occasion ce peut être très joli, une impasse fleurie

Mais avant de le lire, il importe de jeter un œil sur la littérature de la bonne droite catholique libérale sinon libertaire. Courant ayant assez souvent l’oreille des évêques (pas tous ! Comment Mgr Léonard a-t-il pu accepter de rédiger la préface ?).

Invitation personnelle à se rendre le mercredi 18 juin à Paris, Espace Bernanos,

Thème : Ecologie : impasse ou espérance ?


Madame, Monsieur,
Chers amis,


Liberté politique et le collectif France Audace vous invitent le 18 juin prochain à une grande soirée-débat sur le thème : "L’ÉCOLOGIE : IMPASSE OU ESPERANCE ? "

Face à la technique sans âme, et au marché sans loi, la véritable écologie offre l'espérance d'un monde à la mesure de l'homme, fondé sur le partage et le don, fruits de nos limites. Mais l'écologie n'est-elle pas aussi à la source de toutes les confusions, d'un syncrétisme où le meilleur côtoie le pire, où l'homme est sacrifié sur l'autel de la nature, où la politique s'égare dans la fascination des fausses convergences et de la démesure idéologique ? Revenir au réel, c'est bien l'enjeu du défi écologique.

Nous avons invité, pour cette soirée exceptionnelle, deux personnalités qui viennent de publier deux essais percutants sur cette question :

  • STANISLAS DE LARMINAT, agronome, qui mène depuis plusieurs années une recherche approfondie sur l’écologie : L’écologie chrétienne n’est pas ce que vous croyez (préface de Mgr André-Joseph Léonard, Salvator, mai 2014).
     
  • GAULTIER BES DE BERC, professeur agrégé de lettres modernes, normalien, bien connu de tous puisqu'il est l'un des fondateurs des Veilleurs : Nos limites - Pour une écologie intégrale(avec Axel Rokvam et Marianne Durano, Centurion, juin 2014).
     


Cette conférence aura lieu à l'Espace Georges-Bernanos le mercredi 18 juin à 19 heures.

Nous serions très heureux que vous puissiez participer à cette grande manifestation.



Très amicalement,
 François Billot de Lochner, 
président.


Petit compte-rendu « d’ambiance » de la soirée-débat entre Stanislas de Larminat et Gauthier Bès de Berc, sur le thème de l’écologie, organisée par « Liberté politique » à la paroisse Saint-Louis d’Antin. Rédigé par plusieurs des participants, ce n’est pas exhaustif.

Bon exposé de Gauthier Bès. Parlé des écologistes radicaux s’opposant à la PMA-GPA dans la continuité et la logique de leurs luttes environnementales, s’étonnant de ne pas en entendre parler dans le livre de Stanislas de Larminat, réduisant l’écologie aux hurluberlus sectateurs de Gaïa. Parlé d’Ellul, de « Pièces et main d’œuvre », de la logique des veilleurs, qui ont fait le chemin inverse des écolos radicaux non-chrétiens, arrivant nécessairement à la dénonciation de la technoscience et du productivisme, à partir d’un combat éthique sociétal. A exprimé à plusieurs reprises ne pas comprendre les obsessions de SL relatives à « une super-élite verte, imposant subrepticement et sournoisement ses vues à l’ensemble de la planète », voyant par contre les effets délétères bien réels et non-fantasmés de ce qu’impose l’élite planétaire financiarisée, dont font partie ceux qui contrôlent tout le paysage médiatique (cf. les actionnaires des trois grands quotidiens français, Bergé & C° et leurs amis).


François Billot de Lochner (modérateur de la soirée) a ensuite campé le décor et introduit Stanislas de Larminat en qualifiant une partie des thèses exprimées par Gauthier Bès d’ « impasse, même si à l’occasion ce peut être très joli, une impasse fleurie...Mais ce soir l’espérance se trouve plutôt à ma gauche (côté Larminat :-), c’est bizarre d’habitude ce serait plutôt à droite, mais bon… ». Le modérateur ajoutera encore espérer que les thématiques évoquées par Gauthier n’occasionneront pas des lendemains qui chantent finissant sur l’échafaud…


Après une introduction liminaire de Stanislas de Larminat évoquant « ses combats communs avec les veilleurs, au coude-à-coude face aux CRS », exposé sans surprise (a parlé bien plus longtemps que Gauthier) sur les guignols adorateurs de Gaïa, et les risques de contagion par le « syncrétisme » au sein de l’Eglise, « comme il y a 50 ans avec les infiltrations marxistes », leur « malthusianisme et antinatalisme » : « vous voyez, c’est comme avec un plan de chasse, il faut tirer autant de mâles et de femelles, sauf qu’ici c’est d’humains qu’il s’agit, mais moi j’ai confiance dans le fait que la terre peut nourrir encore bien plus d’humains ». Digression à partir du credo (« je crois en Dieu le Père, donc Gaïa, elle est de trop ». Bien vu, élémentaire mon cher Stan’…), avec quelques envolées plutôt intéressantes : « il est impossible à l’homme de détruire Dieu, donc il lui est radicalement impossible de détruire la terre, la Création, éventuellement l’abîmer un tout petit peu» (glissement dangereusement panthéiste…Stanislas serait il aussi « infiltré » par les sectateurs de Gaïa ? Là on est vraiment fichus :-), « la planète est faite pour l’homme, et pas l’inverse, nous ne devons pas nous préoccuper des conséquences de nos actes économiques », « il est impossible pour un chrétien d’imaginer un seul instant que l’homme est capable de provoquer l’apocalypse, c’est une thèse impie, seul Dieu a fixé le moment de l’Apocalypse, penser que nous sommes en mesure d’infliger l’Apocalypse à la planète, c’est penser que nous pouvons nous substituer à Dieu… » (sic), « le salut de la Création, c’est Pâques, point à la ligne, et en rien nos comportements ». Un couplet dézinguant l’origine anthropique du réchauffement climatique, il rejette les craintes quant à la réduction de la biodiversité et d’autres thèmes habituels de l’écologie environnementale.


Ce qui pose question c’est qu’il proclame urbi et orbi professer un point de vue authentiquement « catholique » sur ces questions, tout en rejetant ce que le Magistère peut dire sur ces thématiques « parce que le Concile nous a appris que le Magistère n’a pas à se prononcer sur les questions temporelles » (sic ! réitéré à plusieurs reprises). Autre ‘perle’ sur la DSE, répétée à deux reprises : « pour moi, la DSE c’est le compendium, et rien d’autre, point-barre, tout s’y trouve, comme ça je n’ai pas à me soucier d’analyser les déclarations de l’évêque x ou y » (resic ! :-). La deuxième fois, repris et contredit par François Billot de Lochner : « non, non, pour nous à Liberté Politique, la DSE c’est bien davantage que le compendium, ce sont des milliers de pages, dont des encycliques, des lettres pastorales, etc. etc. » (Stanislas tout penaud, « aurais-je dit une ânerie ? »... Pfiouu, on a eu chaud!...Espérons qu'il n'y avait aucun journaliste catho dans la salle... :-)

Après les exposés, un question-réponse bien ‘cadré’, François Billot de L. affichant un sourire Pepsodent: « je ne veux que des questions courtes, synthétiques et précises, pas d’exposé contradictoire, si cela arrive néanmoins, je serai féroce et très, très méchant … ». Questions le plus souvent adressées à Stanislas de Larminat, et généralement critiques. A plusieurs reprises, Gauthier Bès intervient pour recadrer les développements de Larminat.


Une question à Stanislas de Larminat sur « la déshumanisation de l’agriculture ». Réponse : « oui, on peut regretter le passé et les anciens paysages de nos campagnes, entretemps modifiés par l’agriculture mécanisée, j’ai moi-même encore déposé le joug d'une paire de bœufs à l’époque de ma grand-mère, ce sont de beaux souvenirs, mais aucun retour en arrière n’est possible, ne serait-ce que pour être en mesure de nourrir toute la population de la planète, nous avons besoin de cette agriculture moderne ». Une question de Dominique Lang sur le fait de savoir si SL a cherché à discuter ou dialoguer avec les nombreux catholiques pris nommément et vigoureusement à partie dans son ouvrage : « oui, j’ai cherché à les contacter, mais je n’ai jamais reçu de réponse… » Dominique Lang souriant de répondre : « et bien cher Monsieur, vous en avez un devant vous »…(blanc)


Une intervention pour relever les citations tronquées et erronées des Papes, dont celle de Jean-Paul II qui disait apparemment exactement l’inverse de ce que Stanislas de Larminat lui faisait dire. L’intervenant est interrompu et une partie du public d’âge mûr dans la salle commence à s’agacer quelque peu : « question suivante, question suivante ! ».


Après avoir relevé l’opposition de Larminat à la thèse sur l’origine anthropique du réchauffement, un intervenant évoque le fait qu’en 2009, Benoît XVI avait dépêché Mgr Migliore à la Conférence de Copenhague sur le réchauffement climatique, avec le mandat de plaider en faveur de « mesures contraignantes » vis-à-vis des Etats en vue de limiter le réchauffement climatique, il parle également du document de l’Académie pontificale des Sciences portant sur l’origine anthropique du réchauffement, document salué par le Saint-Père à travers son porte-parole Lombardi, etc.), et le fait que M. de Larminat prend en la matière et sur d’autres points également (OGM, biodiversité, etc.) l’exact contre-point des positions du Magistère  – et non des divergences portant sur des nuances -, tout en qualifiant ses positions à lui de « catholiques » (le modérateur essaie de l’interrompre, « venez-en à votre question svp »), «voilà la question : comment peut-on élaborer un discours revendiqué comme « catholique », tout en s’opposant de façon à peu près systématique au Magistère dès qu’on en vient à parler de questions concrètes ? »

 

Larminat botte en touche en expliquant qu’ « à l’occasion de Copenhague, Benoît XVI aurait exprimé qu’il est des pollutions des esprits encore plus préoccupantes que la pollution tout court » (il ne croit pas si bien dire… :-), réaction de l’intervenant : "le Saint-Père avait aussi demandé aux chrétiens de prier pour la réussite de la conférence"…Quant aux « mesures contraignantes » demandées par le Saint-Siège, pour Stanislas de Larminat, « elles portent sur les conséquences dramatiques pour les plus pauvres du réchauffement climatiques, en cas de catastrophes naturelles par exemple, et en aucun cas sur des causes éventuelles en amont » (étonnant…)

Il explique ensuite que le rapport de l’Académie pontificale des Sciences n’est pas valable, « primo, parce qu’il n’a pas respecté un protocole prévoyant qu’il doit en principe être approuvé par l’Assemblée générale, et secundo, il y avait parmi les scientifiques de ladite Académie qui ont rédigé ce rapport en question un nombre important de membres du GIEC… » (le Pape serait bien avisé de mieux choisir ses amis ou ses conseillers …:-) En conclusion, il ressert sa mantra sur le thème : « le Concile nous a appris que le clergé n’a pas à se prononcer sur les questions temporelles »…:-)


Dans un autre registre, quelques mots de M. de Larminat pour marquer son opposition vis-à-vis du commerce mondialisé.


On retiendra de cette soirée, des échanges vifs et variés mais non moins intéressants entre un Stanislas de Larminat souvent mal à l’aise, sur la défensive, et un Gauthier Bès faisant passer son message, et apportant la contradiction, paisiblement, posément, appuyé par un  public plutôt jeune. François Billot de Lochner également parfois un peu dépassé, quoique continuant envers et contre tout à faire contre mauvaise figure bon cœur.

 

Le débat continue sur : http://anarchrisme.blog.free.fr
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Les Anarchristes

Pour plus d’info : lire cette note venant de la même source :

Note sur le livre de Stanislas de Larminat, L'écologie chrétienne n'est pas ce que vous croyez, (Salvator, avril 2014)

NB : Nous avons reçu cette note de lecture collective d'un groupe de lecteurs et nous la publions telle quelle.

Soutenu surtout par la blogosphère de droite (Liberté politique) et d'ultra-droite (le Salon beige, membre du groupe commercial d'e-médias 4 Vérités), le livre de S. de Larminat est l'oeuvre d'un lobbyiste de l'agro-alimentaire. Il émane ainsi d'un milieu sociologique assez particulier, dont il exprime l'état d'esprit.

Ce livre se présente sous l'apparence d'une riposte à un soi-disant danger mortel : ''l'écologisme'', hérésie censée menacer le catholicisme dans son existence même.

Mais on découvre, à la lecture, que cette ''enquête'' ne repose sur aucun fait. Elle fabrique elle-même, à travers un fatras de digressions pseudo-érudites et d'arguments biscornus, l'objet (épouvantail) qu'elle veut dénoncer.

On découvre aussi qu'elle récuse toute idée de responsabilité de l'homme envers l'environnement, et toute mise en cause du modèle économique actuel. On devine que le vrai but de l'auteur est de dissuader le lecteur catholique de prêter attention aux avertissements du Magistère sur certains problèmes cruciaux.

Le livre jette également le soupçon – pour ne pas dire plus – sur un grand nombre de catholiques français, accusés du pire pour les besoins de la démonstration.

Associé à d'autres initiatives venant du même milieu, ce livre vise à catalyser, parmi les catholiques français, une fronde contre la pensée plénière de l'Eglise en matière économique et sociale.

 

1. Larminat fabrique un épouvantail puis le dénonce à grand bruit

Le livre est une longue charge contre un moulin à vent : « un certain écologisme chrétien » qui voudrait, d'après M. de Larminat, substituer à la foi chrétienne une religion du salut temporel comme autrefois « le communisme et le nazisme » (cette énormité figure page 41, avec une citation de L'Osservatore Romano de 1955 mettant en garde les Polonais contre les « soi-disant catholiques » communistes infiltrés dans l'Eglise... M. de Larminat en déduit, page 42, que les chrétiens écologistes sont eux aussi de soi-disant catholiques, infiltrés pour « vider le catholicisme de son contenu » comme autrefois les communistes en Pologne).

D'ailleurs, page 294, M. de Larminat accuse un document de la CEF (1) de connivence avec la « culture de mort », parce que ce document ne donne pas la parole à ceux qui nient la responsabilité du modèle économique dans le changement climatique...

Donc : « communisme, nazisme, culture de mort », écrit M. de Larminat pour créer l'épouvantail de « l'écologisme ». Ensuite il amasse, tout au long du livre, un monceau de mises en garde religieuses sorties de leur contexte pour faire croire qu'elles concernent l'écologie. Leur accumulation crée un sentiment de gravité et d'urgence. Par exemple, page 11, il fait croire qu'une certaine homélie du pape visait l'écologie alors qu'elle visait tout autre chose ! Procédé artificieux, qui juge son auteur.

Quant à l'épouvantail « écologisme », censé terrifier le lecteur catholique en vertu de l'équation écologie = antinatalité, M. de Larminat le fabrique en ignorant un fait essentiel : la revue L'Ecologiste et le mensuel La Décroissance (publications de référence de l'écologie radicale en France) défendent la natalité et la famille, et combattent – au nom de l'écologie – le gender, la GPA-PMA et même le ''mariage pour tous''.  La Décroissance a violemment pris à partie Yves Cochet (EELV) quand celui-ci a prôné une taxation  du troisième enfant ; les Verts et le Parti de gauche ont riposté en accusant La Décroissance d'« écologisme catho » et de proximité avec « des catholiques notoires » ! Ces derniers étant aussi ceux que M. de Larminat attaque dans son livre, voilà des choses bien gênantes pour lui, qui les ignorait et dont elles détruisent la thèse.

 

2.  Il  vise toute écologie et toute critique du modèle économique

Une fois érigé l'épouvantail de « l'écologisme » (« chrétien », qui plus est), M. de Larminat lui attribue tous les thèmes scientifiques et économiques de l'écologie environnementale légitime. Ainsi toute écologie, et toute critique du modèle économique, seront disqualifiées dans l'esprit du lecteur comme liées à un épouvantail intrinsèquement pervers : page 78, M. de Larminat attribue à « l'écologisme » toute idée d' « un autre modèle économique ». Tel est le but de la manoeuvre. N'oublions pas que M. de Larminat vient de l'industrie agro-alimentaire : pages 68 et 90, on le voit donc nier le danger des pesticides (comme les lobbyistes américains de l'industrie de la cigarette niaient le danger du tabac). Pages 179 à 192, à propos du changement climatique, il suit l'argumentaire négationniste échafaudé aux USA par les lobbyistes du pétrole (Koch Industries). Pages 192 à 198, il tente de discréditer (par un biais) le grave souci de la biodiversité. Pages 198 à 202, à propos de cet autre grave souci qu'est la question de l'eau, il cache les plans de mainmise des multinationales (p. ex. Nestlé) sur les ressources en eau potable, et il cherche à opposer le social et l'écologique (qui vont pourtant de pair).  Pages 303 à 306, il ratiocine en faveur des OGM, sans dire que les évêques de l'Inde ont demandé leur interdiction pour protéger les petits paysans...

 

3.  Il  fait aux catholiques un procès d'intention grave et injuste

Pour les besoins de sa pseudo-démonstration, il est obligé de diaboliser nommément ces « écologistes chrétiens » qui doivent (comme on l'a vu) jouer le rôle d'épouvantail.

C'est en cela que son livre suscite l'indignation. Aucun catholique n'a le droit d'écrire à propos de ses frères – et contrairement à la vérité – ce que M. de Larminat se permet d'écrire. Il ment en attribuant aux chrétiens écologistes un « système de pensée dont Dieu est souvent le grand absent » (page 16), et en les accusant de « croire que l'homme peut se sauver tout seul » (page 147), de « vider le catholicisme de son contenu » (page 42), d'« humaniser la nature » (page 55), de croire en une nature « autosuffisante » (page 103), ou de « voir dans le péché originel une révolte de l'homme contre la nature » (page 44 : et c'est un contresens total sur des textes).

Devant un auteur dont il cite un passage innocent, M. de Larminat insinue qu'il n'a peut-être pas exprimé « complètement » sa pensée (pages 47 et 52).

Face à des textes qu'il ne veut pas comprendre, il dénonce en eux une « dérive syncrétiste » (page 64) : ce qui lui permet de taxer d'hérésie la moindre analogie conceptuelle et de jeter le soupçon sur toute démarche de pensée. Ainsi page 85 : « il est urgent (?) de lancer un appel de mise en garde contre une certaine forme d'écologisme (?) qui joue du christianisme pour le transformer en un syncrétisme déformateur de la vérité évangélique... »

Ces accusations sont aberrantes quand on les compare avec ce que vivent et écrivent, en réalité, les chrétiens que M. de Larminat met ainsi au pilori sans les connaître.

Et l'on doit souligner une dissymétrie des attitudes. M. de Larminat joue les inquisiteurs en accusant sur le plan de la foi (gravement et injustement) des « écologistes chrétiens » qu'il désigne par leurs noms ; alors que ceux-ci, pour leur part, n'argumentent que sur les terrains scientifiques, écologiques et économiques, et ne se permettraient pas de mettre en doute le christianisme d'autrui.

 

4.  Il  participe à une ''fronde libérale'' contre le Magistère

Page 74, une phrase retient l'attention. Réaffirmant que le « syncrétisme » est en action chez les catholiques soucieux d'environnement, M. de Larminat écrit : « Ce syncrétisme, déjà rampant dans l'Eglise à propos du culte à saint François, a soudainement repris de la vigueur avec l'élection du pape François. » Outre la phobie intégriste envers l'esprit franciscain, cette phrase avoue ce qui est en train de se fomenter : l'ultradroite libérale française tente de pousser une partie du public catholique à se méfier du Magistère actuel.

On a vu plus haut que le livre n'hésite pas à accuser l'épiscopat français de pactiser avec la « culture de mort ». Page 79, gêné par les Assises chrétiennes de l'écologie organisée en 2011 par le diocèse de Saint-Etienne sous la présidence de Mgr Lebrun, M. de Larminat en est réduit à mettre en cause « la pensée dudit diocèse » : phrase faite pour instiller la méfiance.

Cette révolte sourde contre le magistère s'exprime de façon oblique, en tronquant des citations pour faire dire aux documents le contraire de ce qu'ils disent. Page 40, à l'aide de quatre lignes sorties de leur contexte, M. de Larminat transforme le message de Jean-Paul II du 1er janvier 1990 en une mise en garde contre l'écologie... alors que ce message est un plaidoyer flamboyant pour la responsabilité écologique ! Procédé d'une telle grossièreté qu'il suffirait à couler moralement le livre.

M. de Larminat ne s'en tient pas là. Ce grand chrétien, visiblement plus « pur » que les autres, règle ses comptes tous azimuts.

Page 80, il met au pilori : Jean Bastaire, Jean-Marie Pelt, Chrétiens en monde rural, les jésuites du Ceras, Diaconia 2013...

Page 169, il vitupère encore les jésuites, et les assomptionnistes, et Radio Vatican pour avoir osé  donner la parole à Dominique Bourg. Il vitupère aussi le groupe de travail environnemental de la CEF, pour avoir invité le même Dominique Bourg à l'assemblée des évêques à Lourdes en novembre 2010... 

Page 75, il s'en  prend à Falk van Gaver, responsable de l'Observatoire socio-politique du diocèse de Toulon...

Page 295, M. de Larminat diffame Arnaud du Crest et Loïc Laîné (co-auteurs du document Vivre autrement du diocèse de Nantes) : il dit n'être « pas sûr » qu'ils aient « reçu la caution » de leur diocèse ; comme il n'était « pas sûr » non plus que Mgr Lebrun ait été d'accord avec les Assises qu'il avait organisées lui-même dans sa propre ville... Etc.

Pages 291-292, avec une aigreur cauteleuse, M. de Larminat s'en prend au document de la CEF de 2012 Enjeux et défis écologiques pour l'avenir piloté par Mgr Stenger. Que lui reproche-t-il ? D'être l'oeuvre d'un groupe de travail où n'est pas représentée la « sensibilité » négationniste climatique. Tout en multipliant les courbettes et les pieux propos, M. de Larminat qualifie de « péremptoires » et « prétendument élaborées par des experts »  les assertions qu'il n'aime pas dans ce document ; il déclare que « le mouvement écologiste chrétien » (les organismes d'Eglise dans ce domaine)  est aux mains du « scientifiquement correct » (vocabulaire significatif) ; et il s'interroge : « les conférences épiscopales parviendront-elles à contenir un certain syncrétisme qui les menace de l'intérieur ? » On voit le raisonnement : puisque le document de la CEF ne nie pas le réchauffement climatique et le facteur anthropique, c'est que la CEF est en proie à la subversion. Et non seulement M. de Larminat se croit autorisé à dire qu'il y a péril en la demeure, mais il parle « des » conférences épiscopales  au pluriel : donc de l'Eglise entière, au niveau mondial !

On reconnaît là le tocsin qui sonne dans les milieux ultralibéraux depuis l'arrivée du pape François, et qui s'est traduit par des attaques très violentes, contre celui-ci, de la part de médias américains comme Forbes Magazine ou Fox News.

 

Conclusion

- On a du mal à croire que Mgr Léonard ait lu cet ouvrage avant de lui accorder une préface, même très courte. En effet, les thèses de M. de Larminat contredisent objectivement les prises de position socio-économiques de l'archevêque belge : ainsi sa très vigoureuse homélie de Noël 2011. (2)

- M. de Larminat est allergique à la parole économique et sociale de l'Eglise d'aujourd'hui. Son livre cherche à faire écran entre elle et le lecteur. Il s'inscrit ainsi dans une campagne menée sourdement, en France, depuis l'arrivée du pape François ; celui-ci s'est en effet attiré l'hostilité de milieux qui paraissent redouter le contenu de sa prochaine encyclique.

- M. de Larminat semble manquer de justice et d'objectivité : son attaque repose sur des imputations fausses, forgées pour les besoins de la cause, et exprimées en des termes consonnant avec les opinions d'un certain milieu. Son livre est spirituellement calomniateur : il attaque ad hominem des catholiques français (évêques, théologiens, laïcs engagés dans leurs diocèses), ainsi que plusieurs ordres religieux, dont il se permet de suspecter l'orthodoxie... alors que ses propres thèses déforment la pensée de l'Eglise ! L'historien des idées constate que cette manipulation réinvente la méthode de vieux réseaux qui avaient cherché à s'ériger en magistère parallèle, aux temps bien oubliés de la ''Cité catholique''. Ce phénomène ancien prend une dimension inédite aujourd'hui : grâce à l'internet et aux fièvres collectives de l'année 2013, cet esprit de clan croit désormais avoir les moyens de faire écran entre les évêques et une partie du public catholique. (3)

- L'ouvrage ressemble ainsi à un règlement de comptes, non seulement avec beaucoup de personnes (attaquées nommément en leur prêtant des idées qu'elles n'ont pas), mais avec l'institution.

- Pour ces raisons, il serait inopportun que des organismes catholiques, ou des paroisses, accueillent cet auteur dont les exposés constituent une désinformation. Mais il serait opportun d'organiser, dans les paroisses, des soirées d'étude non déformante des textes économiques et sociaux de l'Eglise.

__________

 

(1)  Enjeux et défis écologiques pour l'avenir, 2012.

(2)  Homélie de Noël 2011 de Mgr Léonard : « Pour ma part, je sympathise volontiers avec les "indignés" qui, en plusieurs endroits du monde, protestent contre les méfaits du néolibéralisme qui déferle actuellement sur la planète, engendrant chômage, exclusion, pauvreté matérielle et spirituelle, parce que l'économie de profit est idolâtrée au détriment des plus vulnérables. Sans oublier les crises financières causées par la recherche effrénée du rendement immédiat et dont la facture sera principalement payée par les plus faibles... << Comme le pape, j'estime que c'est le devoir de l'Etat de corriger les excès de l'économie de marché afin de garantir le bien commun en obligeant les plus fortunés à se montrer solidaires des plus démunis. C'est pourquoi aussi j'appelle de mes voeux une autorité politique mondiale qui, tout en respectant le principe de subsidiarité, garantirait progressivement une solidarité entre toutes les nations de la planète. »

Ces mêmes idées (mais exprimées par d'autres) sont obliquement taxées d'hérésie par M. de Larminat dans son livre, pour lequel il a obtenu une préface de... Mgr Léonard  – dans des conditions à éclaircir.

(3)  Le Salon beige ne se cache pas de prôner un magistère parallèle. Son chef de file se réclame ouvertement de Jean Ousset (fondateur vers 1950 du réseau La Cité catholique), dont il met en ligne les textes de stratégie. Ces textes datent des années 1960 : époque où la guerre d'Algérie créait un conflit entre la hiérarchie de l'Eglise et des catholiques de droite et d'ultradroite.

 

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Les Anarchristes

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