Quand un événement extraordinaire se présente, il faut être dans une disponibilité intérieure particulière pour en percevoir le sens

Publié le par Michel Durand

Bernadette Main, Biennale d’art sacré actuel Lyon, 2002

Bernadette Main, Biennale d’art sacré actuel Lyon, 2002

Homélie du 8 juin 2014, Pentecôte

 

  • L'enregtrement de l'homélie et les références bibliques sont sur le site de la paroisse Saint-Polycarpe des pentes de la croix-rousse

Reprenons la première lecture :

« Quand arriva la Pentecôte, (le cinquantième jour après Pâques) ils se trouvaient réunis tous ensemble ».

Dans la pièce où ils se sont réfugiés par crainte des pouvoirs publics, mais aussi pour prendre tout le temps nécessaire à la prière, les apôtres expérimentent des sentiments ambigus.

- D’une part, ils sont intérieurement paisibles parce qu’ils ont une grande confiance en Jésus. Ils l’ont vu ressuscité. Il est vraiment l’envoyé de Dieu. Il est le Fils de Dieu. Il est Dieu lui-même et ne peut qu’agir et parler en vérité.

- D’autre part, ils ont peur de subir le sort infligé à leur maître. Ils se cachent, car il n’est pas bon d’être sous le regard des pharisiens, des chefs du Temple et des Romains. La mort du Seigneur fut un choc tellement grand, un traumatisme si important qu’ils demeurèrent de nombreux jours sans voix, consternés, effrayés, paralysés par l’abîme qui sépare la parole entendue et la mort lamentable de l’homme Jésus qui, dans toutes ses actions et paroles, exaltait la Vérité.

Autrement dit, l’incompréhension et l’attente confiante caractérise la psychologie des premiers Chrétiens. Le Christ ne peut pas avoir entraîné ses amis dans une histoire absurde ! Quelque chose de vrai et de bon doit se passer. Quoi ? Ils l’ignorent. Mais ils savent que leur espérance n’est pas vaine. Jésus, le rendue à la vie par Dieu, l’a annoncé. Un défenseur, une force viendra concrètement les soutenir. Paisible espérance donc.

Jeudi soir après la conférence donnée à Toi d’écoute, nous étions plusieurs dans une salle de restaurant pour accompagner ceux (celles) qui n’ayant pas eu le temps de dîner, le souhaitait. Nous avons parlé de l’ouverture sur la vie quotidienne et les problèmes de société qu’offraient ces rencontres-débats. Et nous nous sommes rappelés que plusieurs connaissances, suite à ce genre de dialogue, firent le pas dans le sein de l’Eglise du Christ. Le toit qui abrite le tu de l’écoutant ne peut qu’ouvrir toutes ses portes au je de qui a le désir –ou le besoin- de parler. Tu m’écoutes. Une merveille ! L’Esprit saint n’est pas loin.

Pour nous inviter à lire ensemble, à étudier et mettre en pratique l’exhortation apostolique de François, je cite une petite phrase du N°49 : Sortons, sortons pour offrir à tous la vie de Jésus-Christ.

Et comment ne pas faire mémoire de la démarche accomplie par de nombreux adultes afin de recevoir l’onction de l’Esprit Saint hier soir en l’église de l’Annonciation.

Tous les membres de la communauté chrétienne de Saint-Polycarpe se savent engagés dans cette engagement où Dieu-Amour donne, par le Christ, l’essentiel de la vie et par l’Esprit, la force de durer. Cela doit se voir concrètement et nous sommes tous concernés pour que la réalité divine rejoigne l’engagement personnel.

Baptême, communion, chrismation (confirmation) –les trois sacrement indispensables pour être vraiment disciple du Christ- ne sont ni des gestes folkloriques, ni des passages sociologiques à l’âge adulte, mais un engagement à mettre en œuvre dans notre quotidien la Bonne Nouvelle de Bonheur que Dieu nous offre par le Christ. Or, rappelons-le, cela n’est vraiment possible que si nous gardons un contact régulier avec la communauté en prière.

Dans l’alphabet hébreux, la lettre Hé, cinquième de l’alphabet, a un rapport au Souffle (Rouah) qui planait sur la face des eaux afin de créer l’univers en séparant les éléments liquides des éléments solides. C’est la création du monde.

Tu envoies ton souffle ; ils sont créés ; tu renouvelles la face de la terre. Ps 103,30

La lettre Hé a aussi un rapport avec l’homme en prière. Le psaume 34 l’indique à la lettre hé :

Tournez vers lui les yeux, la lumière jaillira Honte jamais ne couvrira vos fronts (Tous tournés vers lui - Et plus jamais de honte.)

Comme les Apôtres, regardons la lumière qui vient d’en haut. Soyons là, attentifs à ce qui se passera. Nous en avons tous fait l’expérience. Quand un événement extraordinaire se présente, pour le recevoir et le comprendre, il faut être dans une disponibilité intérieure particulière pour percevoir le sens de l’événement. En effet, si les apôtres furent touchés par ce souffle lumineux aux origines divines, c’est parce qu’ils étaient prêts. Leur espérance les ouvrait au sens de cette révélation. La défense promise, le Paraclet, le souffle émanant du Père et du Fils est là avec eux, en eux, dans cette pièce. Il est venu à l’instant le plus fort de leur prière et il va déraciner de leur cœur toute forme de peur. L’Esprit-Saint les pousse dehors. Il les envoie vers les autres pour qu’ils proclament à tous la Vérité. Toutes les langues de la terre comprennent que Dieu développe en Jésus sa Parole qui explique la vie.

J’ai choisi de vous montrer cette œuvre de Bernadette Main qui dit tout ce que nous venons d’entendre. Regardons la en nous plaçant, mentalement, en dessous et dans le prolongement de la Lumière. Celle-ci traverse notre matière rugueuse. Elle transperce notre intérieure et s’appuie sur nos rugosités pour mieux se laisser voir. Elle creuse en nous cette prière :

Esprit, envoyé par le Père, donne la vie à ceux et celles qui t’accueillent, portés par l’espérance en des cieux nouveaux et une terre nouvelle où demeurera la justice. Eveille-nous à l’intelligence de la Parole et conduis-nous dans l’obscurité de la foi, vers l’accomplissement de l’homme dans ta lumière, où Dieu sera tout en tous.

L’observation attentive de cette encre sur pâte à papier est une méditation où nous nous laissons pénétrer par l’Esprit comme les langues de feu pénétrèrent les apôtres pour leur redonner vie, voix, courage. L’Esprit nous met, nous remet debout.

La prière qui permet de rencontrer Dieu nous remet debout. Elle est un effort continu qui nous aide à ne jamais avoir peur parce que nous savons, dans la lumière de l’Esprit, que nous sommes fils et filles de Dieu et que jamais Dieu n’abandonne ses enfants.

L’Esprit est notre vie. La vie de tous les hommes. C’est lui qui nous place dans la vérité et nous donne de connaître toutes les ombres qui existent dans notre existence afin de nous en débarrasser.

 

 

Publié dans Eglise, évangile

Commenter cet article