Quelle société voulons-nous ? Il ne peut y avoir de croissance infinie dans un monde fini. Constat simple ; refusé par le système dominant

Publié le par Michel Durand

Quelle société voulons-nous ? Il ne peut y avoir de croissance infinie dans un monde fini. Constat simple ; refusé par le système dominant
Après l’article posté hier (ou avant-hier), je me dois de livrer à votre connaissance la programme du prochain colloque de Chrétien et pic de pétrole (CPP) qui se tiendra à Lyon les 8 et 9 novembre 2014.

À l’origine de « Chrétiens et pic de pétrole », il y a ce constat, simple, mais ignoré, voire refusé, par le système dominant : il ne peut y avoir de croissance infinie dans un monde fini.

Alimentant et croisant cette évidence, qui fait des membres de CPP des objecteurs de croissance, un autre constat renforce l’originalité et la posture de notre association : alors que nous ne pouvons nier que l’Église peine à remettre en cause ce système dominant, de nombreuses paroles et actions qui se réclament du message de la “Bonne Nouvelle”, donnent de réels signes d’espérance.

En remettant en cause le système qui génère la domination d’une minorité d’hommes sur tous les autres et détruit irrémédiablement la planète pour leur seul profit, ces “mobilisations dans les pas du Christ” démontrent que la Bible est toujours vivante, toujours au service des pauvres.

Les deux colloques et les laboratoires organisés depuis 5 ans par CPP ont ainsi positionné l’association au croisement de trois principes d’équilibre : la cohésion sociale, l’économie au service de l’homme et la préservation de la planète. CPP est convaincu que le message du Christ est consubstantiel à cette recherche d’équilibre et que le «bien-vivre» de tous, et particulièrement des plus pauvres, passe par cet harmonieux équilibre et donc par la sortie du productivisme et du consumérisme destructeurs. Ces trois principes sont galvaudés par le concept de développement durable et détournés par celui de ladite « croissance verte ».

CPP souhaite donc continuer à mener cette réflexion essentielle qui concerne tous les secteurs de recherche, convaincue que de la confrontation d’idées venues du socialisme, de l’écologie et du christianisme ouvriront de nouveaux champs du possible jusque-là barrés par des positions idéologiques indépassables dans le système actuel.

CPP se veut élément déclencheur de mises en œuvre concrètes à partir de nos options intellectuelles. C’est, finalement, en rejoignant les associations, les regroupements, les réseaux, les syndicats, les partis politiques, que les actions possibles envisagées trouvent leur concrétisation.

Afin de participer à cette recherche d’un nouveau paradigme sociétal et réfléchir aux différentes pistes d’actions possibles, nous vous convions au troisième colloque, qui laissera largement place au débat entre les conférenciers et le public.

 

Programme

Samedi 8 novembre

9h00 : accueil
9h15 : introduction
9h30- 11h30 : première séquence

DOMINATION, PROFIT, PUISSANCE : L’ÉROSION DU SOCLE ÉTHIQUE DE NOS SOCIÉTÉS

« Toute société capitaliste fonctionne régulièrement grâce à des secteurs sociaux qui ne sont ni imprégnés ni animés de l’esprit de gain et de la recherche du plus grand gain. Lorsque le haut fonctionnaire, le soldat, le magistrat, le prêtre, l’artiste, le savant sont dominés par cet esprit, la société croule et toute forme d’économie est menacée. Les biens les plus précieux et les plus nobles de la vie des hommes, l’honneur, la joie, l’affection, le respect d’autrui ne doivent venir sur aucun marché » (François Perroux).

Cette première partie fait un état des lieux de la crise systémique que nous traversons.

L’Argent, puissance de toutes les dominations : Comment la puissance du capitalisme sans limites ni obligations sociales et environnementales est le moteur, comme le prophétisa Pie XI, de « l’impérialisme international de l’argent » ? Comment le capitalisme demeure incompatible avec la dignité que le christianisme souhaite pour l’Homme ? Comment sortir de l’illusion de l’efficience des marchés ? Comment résister à l’argent ?

Frédéric BAULE, spécialiste de la gestion des risques de marchés dans le secteur pétrolier, coauteur du livre dirigé par Gaël Giraud et Cécile Renouard, « 20 propositions pour réformer le capitalisme »

• Le sens de l’existence humaine disparaît de l’horizon : Comment «la science moderne a peu à peu capté l’essentiel des forces spirituelles de la culture occidentale» amenant cette société de l’insignifiance ? Pourquoi «nous errons, environnés d’objets qui se laissent manier, mais qui n’ont rien à nous dire» ? Comment faire «un pas de côté» pour nous redonner du sens ?

Olivier REY, chercheur au CNRS, professeur de mathématique à l’École polytechnique et de philosophie à l’université Panthéon-Sorbonne, auteur de « Une folle solitude : Le fantasme de l’homme auto-construit »

• Grandir dans la crise : Comment les paroles du Pape François expriment la crise que nous traversons : «Le manque d’amour ne fait pas que nous déshumaniser. Il finit par nous dépolitiser. L’amour, en revanche, pousse à prendre soin du bien commun. Une politique sans amour du prochain aboutit à un rationalisme de la négociation ou à un appétit vorace uniquement tourné vers la jouissance du pouvoir. Aucune éthique n’est ici possible, car l’autre ne suscite aucun intérêt.» ?

Bernard GINISTY, philosophe, cofondateur d’ATTAC, ancien directeur de Témoignage Chrétien

Traverser nos peurs : Face « à la crise » et devant l’inconnu qui se présente, une peur naît en nous. Comment lutter contre cette peur, d’autant plus difficile à dépasser que tout le système productiviste nous pousse à ne pas le faire, en allant jusqu’à coloniser notre imaginaire, et modifier notre psychisme ?

Nicolas RIDOUX, ingénieur, auteur de « La décroissance pour tous »

11h30: Pause
11h45- 12h30 : Ateliers en sous-groupes
12h30-14h00 : REPAS

14h00- 16h00 : deuxième séquence

SOBRIÉTÉ, DIGNITÉ, CONVIVIALITÉ : LES VALEURS FONDAMENTALES

« La ressource pour guérir le monde de la délinquance financière généralisée ne réside pas dans une quelconque idéologie qui voudrait imposer un meilleur fonctionnement du monde. La véritable ressource est de reconnaître l’existence de cette quête essentielle de fraternité présente au cœur de chaque être humain, juste à côté de celles de la liberté et de l’égalité. Son vrai nom est l’amour ». Philippe Leconte

Cette seconde partie pose les valeurs fondamentales sur lesquelles devrait se reposer une société conviviale qui se met au rythme du plus pauvre d’entre nous.

• L’expérience politique qui rend aux peuples et aux individus leur responsabilité et leur liberté d’agir selon leurs aspirations profondes : Écosocialisme, théologie de la Libération, décroissance, convivialisme, «buen vivir»... comment sortir de cette «cage d’acier» de la toute-puissance de l’Argent qui détermine l’Homme ?

Corinne MOREL-DARLEUX, Conseillère Régionale Rhône-Alpes, Parti de Gauche

• Dépasser nos cadres idéologiques : La Terre met à notre disposition un espace écologique, celui des libertés et des biens communs. Il s’agit donc de recadrer les notions de liberté et de limites, par exemple dans le domaine des revenus et donc du partage des richesses. Il ne peut y avoir de «vie bonne» sans «société juste». Le plafonnement des revenus et le revenu inconditionnel garanti constituent les socles d’une société démocratique qui repense l’organisation du travail.

Michel LEPESANT enseignant en philosophie, militant associatif (réseaux AMAP, Mouvement des Objecteurs de Croissance, Monnaies locales complémentaires), auteur de Politique(s) de la décroissance - Propositions pour Penser et Faire la Transition.

• Décoloniser nos imaginaires : Pourquoi et comment remettre en cause les fondements de la société de croissance ? Pourquoi et comment devons-nous retrouver le sens des limites ? Comment inventer ensemble une société plus conviviale ?

Serge LATOUCHE, professeur émérite à la faculté de droit, économie et gestion Jean Monnet (Sceaux) de l’Université Paris-Sud 11, auteur de Vers une société d’abondance frugale : Contresens et controverses sur la décroissance ...

16h00- 16h15 : Pause
16h15- 17h30 : Ateliers en sous-groupes
18h-19h : Eucharistie
19h30-20h30 : Repas

20h30-22h00 : Soirée : « Energitude et citoyennification»

Jean-Pierre Reinmann, alias le professeur Kiddonk Sysnetoua

Cette « leçon » aborde les 3 composantes de la crise énergétique : exploitation des énergies fossiles à la base de la révolution industrielle avec à la clé le changement climatique causé par les gaz à effet de serre, développement de l’électronucléaire, perspectives de transition énergétique... Et elle remet en perspective avant tout la place du citoyen dans les débats à tenir et dans les investissements à faire !

 

Dimanche 9 novembre

9h15-11h15 : troisième séquence

TRANSITIONS ÉCOLOGIQUES, TRANSMISSION DE L’ÉVANGILE : L’ESPÉRANCE D’ABORD, AU SERVICE DU BIEN COMMUN

Cette troisième partie a l’objectif de présenter plusieurs expériences individuelles ou collectives, politiques, religieuses. Elle illustre ce que Benoît XVI exprimait comme l’impérieuse nécessité de «(...) reconsidérer nos itinéraires, nous donner de nouvelles règles et trouver de nouvelles formes d’engagement...» qui recoupe l’ambition élevée de Paul VI, dans l’encyclique Populorum progressio, pour que ces itinéraires ou trajectoires «s’entrecoupent dans la valeur profonde de la dignité de l’Homme et dans la recherche du bien commun...»

• S’appuyer sur les multiples expérimentations en cours : Il existe des milliers d’alternatives disséminées sur la planète. Comment s’affranchissent-elles du modèle consumériste ? Comment créent-elles leur propre système d’échanges, gèrent-elles leur approvisionnement en eau et en énergies ou organisent-elles de nouvelles façons de travailler ensemble ?

PANEL D’ACTEURS DE TERRAIN : Victor Grange (La NEF), Dominique ARTAUD (SCOP CERALEP),
Benoît DONDO BENA , Thierry ROCHE (Architecte-urbaniste
)

• Nouveau regard sur l’itinéraire de la création : l’espérance comme don fait par le créateur, pour un engagement écologique : Au-delà de la réforme du système monétaire international, quels défis éthiques pour se mettre dans les pas du Christ. Pourquoi et comment participer à construire ce monde nouveau, non plus dans l’angoisse, mais dans l’espérance et la solidarité ? Sur quels principes créer des règles communes lorsque les biens vitaux de tous les humains sont en jeu ?

Fabien REVOL, théologien et philosophe à l’Université Catholique de Lyon

• Habiter la Terre : Comment repenser, en chrétiens, l’invitation à «habiter la terre», tous ensemble et en veillant à ce que nos descendants puissent aussi l’habiter ? Deux des «principes» de la doctrine sociale de l’Église, la «destination universelle des biens» et le devoir de poursuivre le «bien commun» le plus universel peuvent éclairer et orienter notre recherche.

Christian MELLON, jésuite, spécialisé dans les questions éthiques et spirituelles, responsable du pôle formation du CERAS.

11h15- 11h30 : Pause
11h30- 12h15 : Ateliers en sous-groupes
12h15-13h30 : Repas

 

13h30-15h30 : Quatrième séquence

LES NOUVEAUX CHAMPS DU POSSIBLE : ESSAI DE CONCLUSION

Table-ronde avec plusieurs observateurs.

Michel BERNARD, journaliste et cofondateur de la Revue Silence
François BRUNE, professeur et écrivain
Marie DRIQUE, journaliste, CERAS
Dominique LANG, journaliste

le dépliant "papier" sera bientôt disponible

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Publié dans Politique, Anthropologie

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Commenter cet article

Mor Philipose-Mariam 14/06/2014 11:17

Eh oui, principe de "bon sens":Il ne peut y avoir de croissance infinie dans un monde fini ...