Devenons prêts à accepter ce que l’oreille n’a jamais entendu ; l’inouï : les justes resplendiront comme le soleil dans le Royaume du Père

Publié le par Michel Durand

Devenons prêts à accepter ce que l’oreille n’a jamais entendu ; l’inouï : les justes resplendiront comme le soleil dans le Royaume du Père

Comment vivre l’eucharistie de ce matin sans penser à cette foule de jeunes manifestant leur soutien aux palestiniens ?

Comment se dire que le Royaume est présent parmi nous, en connaissant toutes les souffrances des peuples du proche Orient ?

C’est avec ce questionnement en tête que j’aborde l’Evangile de ce dimanche. Je pense aussi aux nombreux étudiants qui devaient se rendre en Terre Sainte pour vivre un inoubliable pèlerinage. La déception des chrétiens orientaux doit être immense ! Ils souhaitent tellement que les chrétiens du monde entier ne les oublient pas. Certes, cela aurait été un beau témoignage que de voir plus de 2000 jeunes français gravir la colline de Sion malgré les problèmes. Mais, peut-on encourager une attitude ce croisade ? Je ne pense pas. Et qui aurait l’idée d’inviter au martyr ? Surement celui qui reste tranquillement à la maison ?

Si tant de jeunes se sentent solidaires des Palestiniens, n’est-ce pas parce qu’ils subissent aujourd’hui dans leur banlieue gauloise un mépris, une humiliation que les rapproche des abandonnés de Gaza ?

J’aurai bien aimé voir parmi les manifestants quelques uns des 2000 candidats au pèlerinage se disant, eux-aussi palestiniens. Peut-être y était-il comme le levain dans la pâte, poudre si fine qu’elle est presqu’invisible… Bref, quelle parabole inventer pour faire comprendre la fraternité sans frontière, sans dieu vainqueur ?

Voir plusieurs photos sur le site du Progrès.

En attendant, voilà ce que les paroissiens de Saint-Polycarpe, dans le premier arrondissement de Lyon ont pu entendre pendant l'homélie.

Je pense que vous partagerez mon avis. Dans la proclamation de l’Évangile de ce dimanche, il y a l’objet de trois ou quatre homélies. La parabole de l’ivraie dans le champ de blé, longuement développée et expliquée, invite à réfléchir sur la vie de l’Église. Certains baptisés, voudraient que toute la vie soit parfaitement conforme à la morale chrétienne. Ils sont intransigeants pour autrui à défaut, parfois, de l’être pour eux-mêmes. Mais l’Église n’est pas composée uniquement de « purs ». Saint Augustin en parle en disant qu’elle est toute de mélange. Le bon et le mauvais se côtoient...  Je place un lien qui vous permettra de suivre cette réflexion sur la dimension non évangélique de l’intransigeance.

Pour l’instant, je préfère inventer une nouvelle parabole afin de présenter la communauté dans son insertion dans le monde. Je reprends une méditation de 2005 qui m’était venu quand je réfléchissais sur la mission de l’Église. Ma nouvelle parabole est une antiparabole de l’ivraie qui me permet de continuer l’homélie de dimanche dernier sur l’emploi des paraboles pour annoncer la Bonne Nouvelle.

Rappelons-le, on appelle parabole une histoire racontée pour illustrer un enseignement. Le mot grec « parabolé » indique qu’il y a l’idée de comparaison. En Orient, au temps de Jésus, cette façon de s’exprimer pour développer une pensée est fréquente. On multiplie les images :

« Le royaume des cieux est comparable à un homme qui a semé du bon grain dans son champ ».

« Le royaume des cieux est comparable à une graine de moutarde ». Après la comparaison, peut venir l’explication :

« Explique-nous clairement la parabole de l’ivraie dans les champs »

Dans le genre de la parabole, deux éléments sont essentiels : 
-- 1°) le recours à la comparaison qui donne l’avantage de demeurer dans le concret, dans le quotidien, l’actualité. 
-- 2°) l’aspect énigmatique de l’expression. On souligne un mystère propre à exciter la curiosité, à inciter la recherche, à souligner l’importance, voire la transcendance de l’enseignement livré.

Et voilà ma nouvelle parabole.

Le Royaume des cieux est comme une maison paroissiale habitée par des chrétiens non intransigeants ; maison ouverte sur la place publique de tous les côtés. Chacun entre et sort comme il le désire. À chaque passage, il s’imprègne d’une si bonne odeur que les gens de l’entourage en sont émerveillés. D’où vient cette sublime senteur gratuitement offerte ? Allons voir. Entrons. Laissons-nous progressivement pénétrer, et ressortons joyeux de sentir si bon pour soi et pour les autres.

Le mystère du Royaume de Dieu et de la personne de Jésus est si neuf, si étrange, qu’il ne peut que se manifester petit à petit en respectant les réceptivités diverses des auditeurs. Il est cette odeur qui se diffuse naturellement, progressivement.

C’est à cause du respect des diverses possibilités de comprendre que Jésus demande que l’on ne dise pas trop vite ce qu’il est vraiment : le Messie de Dieu. Les exégètes parlent, à propos de l’Évangile selon Marc, du « secret messianique ». Et c’est pour cette raison donc que Jésus aime parler en paraboles.

Ce genre, tout en donnant une première idée sur Dieu, oblige à réfléchir. L’auditeur devenu actif comprend un peu ; mais il veut en savoir plus. Dans la parabole, il y a du suspens. Un voile cache en partie le message annoncé. On voit un peu. On voudrait voir plus. On pressent ce qu’il dit à mi-mot, alors on désire tout connaître. C’est le désir suscité en nous par l’énoncé sous forme de parabole qui donne le courage d’aborder l’explication complète. Émoustillés par la parabole, nous devenons motivés pour entendre en langage clair et précis, ce que Jésus a voulu dire. Nous devenons prêts à accepter ce que l’oreille n’a jamais entendu, ce qui est inouï :

« les justes resplendiront comme le soleil dans le Royaume de leur Père ».

Tout n’est pas encore dit. Mais quand même, nous comprenons un peu. Celui qui est juste selon Dieu vivra de la vie de Dieu. Il lui sera semblable. Si Dieu est comme un soleil, le juste resplendira comme le soleil. Si Dieu dégage une bonne odeur, le juste sentira bon et la maison paroissiale, cadre de cette nouvelle parabole, sera source de bonne odeur. Tout le mystère de la grâce divine se trouve compris dans ces images et ces mots. L’explication n’est pas entièrement satisfaisante. Mais, on approche de la vérité. Seul arrivera à tout comprendre celui qui est bien disposé à cela. Celui qui met sa confiance en Dieu.

« Celui qui a des oreilles, qu’il entende ».

Il s’agit, bien sûr, plus des oreilles du cœur, que des oreilles du corps. Les paraboles sont un appel à l’attention, une invitation. Elles sollicitent celui qui écoute pour qu’il fasse l’effort nécessaire afin que disparaisse le voile qui cache la profondeur du mystère. Autrement dit, l’auditeur de la parabole doit avoir le courage de solliciter une explication et de l’entendre jusqu’au bout. La parabole doit nécessairement être expliquée. Elle est la porte d’un enseignement approfondi sur le mystère de Dieu.

« Explique-nous clairement la parabole de l’ivraie dans le champ ».

Il me semble important, et je reprends l’exemple de la maison paroissiale, que celui qui rencontre un baptisé conscient de son baptême doit être intrigué, séduit, curieux de sa raison de vivre. La vie des chrétiens pose d’agréables questions. Ce n’est qu’en répondant à ces justes et honnêtes curiosités que nous développerons d’une façon durable notre propre approche du mystère divin. Toute notre vie est une parabole.

  • Voir sur le site de la Paroisse Saint-Polycarpe les références des textes du jour.

Pour entendre l'homélie : un clic sur le fichier mp3

Publié dans évangile

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