Le consensus ? Ceux qui ne sont pas d'accord avec la décision expriment les raisons de leur désaccord et la décision peut en être modifiée

Publié le par Michel Durand

Marcher pour la décroissance est une chose, en parler en est une autre. François Schneider, docteur en écologie a expliqué la décroissance à un public vert, écolo, sensible à l'écologie mais pas forcément familiarisés avec les théories de Nicolas Georgescu Roegen ou l'effet rebond.

Marcher pour la décroissance est une chose, en parler en est une autre. François Schneider, docteur en écologie a expliqué la décroissance à un public vert, écolo, sensible à l'écologie mais pas forcément familiarisés avec les théories de Nicolas Georgescu Roegen ou l'effet rebond.

J’ai terminé la lecture de L’oligarchie ça suffit, vive la démocratie de Hervé Kempf. J’en recommande assurément la lecture comme je le laissais déjà entendre  dans une page précédente.

Ce texte se termine avec une phrase clé qui place sérieusement en avant la problématique des valeurs. Des parents athées inscrivent leurs enfants au catéchisme de l’Église catholique. Ils expliquent ce choix en disant qu’ils doivent apprendre à respecter les « valeurs ». Dialoguant avec eux, je me suis souvent aperçu que l’on donnait un sens bien vague aux valeurs en question : le respect d’autrui, le sens du partage, une certaine idée de la solidarité…

Je cite H. Kempf :
« Pour faire démocratie, il faut faire vertu, pour changer le destin écologique, il faut faire vertu. Vertu, un autre nom de l’humanité ».

Parmi ces vertus, il y a, me semble-t-il, la patience, l’écoute patiente de l’autre. Ce n’est pas facile. J’éprouve toujours beaucoup de difficulté à rester attentif aux débats qui visent à mettre en place une action. Chacun tire la couverture dans le sens qui lui convient. J’en ai fait plusieurs fois l’expérience dans des réunions de quartier vécues sous le label de la démocratie participative. En fait, je viens de comprendre que c’est parce qu’il y a vraiment peu de démocratie que l’on a été contraint d’inventer le concept de démocratie participative.

J’ai beaucoup à apprendre en ce domaine et j’avoue avoir découvert un mode d’échange que j’ai eu ‘occasion de pratiquer. Je vous invite à lire la page 149-151. Que cela vous donne envie de lire tout le reste.

Hervé Kempf : La vertu de la démocratie. 

Dans le cercle de parole

C'était lors de la marche pour la décroissance, dans le nord de la France, en juillet 2006. J'y participai quelques jours pour un article. Une agréable randonnée, derrière trois ânes, à côté de vélos colorés, parfois au son de la guitare et du pipeau, au milieu de jeunes gens doux et souriants. Le soir, les marcheurs se réunissaient en un « cercle de parole », qui délibérait des soucis de la journée et des projets du lendemain. Pour la première fois, j'y observai une pratique nouvelle de démocratie, marquée par une écoute attentive de tous, le refus des leaders, la recherche du consensus. On pouvait s'exprimer sans par1er : agiter les mains en l'air pour manifester son accord avec l'orateur du moment, les faire tourner en rond pour lui signifier qu'il était trop long, mettre le pouce en bas pour marquer son désaccord. Tout cela se vivait naturellement et créait une atmosphère agréablement pacifique.

Je retrouvai cette mise en scène de la démocratie en 2009, lors du premier Camp action climat qui se tenait en France, près de Nantes, pour appuyer le refus du projet d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes. Lancés en Angleterre en 2006, les Camps action climat visent, tout en s'inscrivant dans une lutte concrète, à articuler vie écologique et vie démocratique. Des Camps action climat se déroulent d'année en année au Québec, en Angleterre, au Danemark, en Allemagne, en Belgique, etc. Le désir de mettre en pratique ce que l'on recommande les anime : « Tout le monde en a marre du bla-bla, il faut bouger, montrer l'exemple », me dit l'une des participantes. On ne peut pas changer la société si on ne change pas individuellement.

Il s'agit aussi d'expérimenter l'autogestion. Le site Internet du Camp de Notre-Dame-des-Landes expliquait : « Les gen-te-s peuvent s'organiser de façon non hiérarchique, sans qu'il y ait un-e dirigeant-e pour les y forcer ou leur montrer comment faire [...]. La coopération basée sur des accords volontaires entre les gen-te-s eux-mêmes est plus inventive, plus efficace et surtout plus juste pour affronter les enjeux écologiques et sociaux actuels. » Les décisions sont prises au consensus. Il n'y a pas de porte-parole, pas d'élu, pas de vote, mais des discussions qui doivent se poursuivre jusqu'à ce que l'on atteigne un accord sur les sujets débattus. « Le consensus, m'expliquait un participant, cela signifie que les gens qui ne sont pas d'accord avec la décision sont invités à exprimer la raison de leur désaccord, et la décision peut être modifiée de façon à trouver une troisième voie qui va convenir au plus grand nombre. La prise de décision au consensus permet de recueillir l'adhésion pleine de la personne, et donc que chacun s'approprie la décision et s'y implique, parce que chacun y a contribué. C'est de la démocratie, mais pas représentative. »

L'assemblée pratiquait le langage de gestes permettant d'exprimer son opinion sans parler, ainsi que d'autres méthodes, tels ces rôles assumés par des volontaires : facilitateur de la discussion, scribe (prenant en note), scrutateur de sensations (chargé de veiller à ce que certains ne soient pas exclus ou repliés sur eux-mêmes).

« Le système permet à des gens aux positions totalement opposées de dialoguer avec une vraie qualité d'écoute, me dit Jean-Pierre. Ce n'est plus un rapport de force, mais un rapport d'intelligence. » «Les femmes ont vachement de place, observait Laurence. Cela indique que cela se passe bien. »

À Copenhague aussi, fin 2009, les nombreux jeunes réunis dans les collectifs préparant les actions autour de la conférence sur le climat vivaient cette démocratie directe.

Ces expériences nous rappellent que la démocratie est loin de se limiter à la représentation : elle suppose l'engagement actif des citoyens, qui ne vise pas seulement à contester, mais à appliquer un autre mode de vie et une politique respectueuse des gens. Cela est très éloigné de la conception libérale fondée sur l'individualisme. »

Il me semble que nous avons intérêt de tenir compte de tout cela pour mettre en œuvre une action. Entrer en école de démocratie vraie. 

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