Le problème : nous avons trop de matières énergétiques et nous aurons bien du mal à résister à la tentation de les utiliser jusqu'au bout

Publié le par Michel Durand

AU XIXe, il y avait le charbon. On a parlé de pic de charbon. Au XXe siècle il y a le pétrole. On parle de pic de pétrole. Au XXIe siècle on parle de gaz de schiste, de produits non conventionnels. Parlera-t-on de pic de gaz de schiste ?

Sur les divers pics de matières premières, je propose la lecture des études de Jean-Marc Jancovici que personne ne peut soupçonner d’idéologie décroissante. Bien que profane en cette matière énergétique, je me permets de recommander la lecture des données de son site : manicore.

J’écris ce résumé des évolutions des matières premières produisant de l’énergie, suite à un courriel reçu interrogeant l’intitulé du groupe Chrétiens et pic de pétrole.

Je cite :

Eric LombardBonjour,

Je découvre l'existence de votre association par le dernier numéro de Sources (Terre du Ciel) et ne peux que souscrire aux fondements de votre engagement.

Je trouve par contre regrettable le nom que vous avez choisi, car il repose sur une idée reçue (malheureusement très répandue) :

On va manquer de pétrole

La vérité, c'est qu'on a trop d'énergies fossiles, beaucoup trop !

La réalité, c'est qu'on a bien plus d'énergies fossiles qu'il n'en faut pour griller la planète ! Que la pénurie, si elle arrive, arrivera trop tard pour juguler le réchauffement.

Que LE facteur contraignant, ce n'est pas la pénurie d'énergie fossile, c'est le réchauffement.

Le problème, c'est que nous avons TROP d'énergies fossiles, beaucoup trop.

Pour en être convaincu, voir le dernier article d'Alain Grandjean, auquel je souscris sans réserve :

http://alaingrandjean.fr/2014/05/26/la-penurie-des-fossiles-peut-elle-nous-aider-a-limiter-la-derive-climatique/

Il indique que selon le dernier rapport du GIEC, nous aurons en effet dépassé notre budget carbone pour ne pas dépasser +2°C dans moins de 30 ans. Or nous avons du pétrole, du gaz et du charbon pour bien plus longtemps (le pic pétrolier n'est pas un vrai problème, car on sait convertir le gaz et le charbon en produits pétroliers).

En résumé, il ne faut pas dire que LE problème c'est que nous allons manquer d'énergies fossiles. LE problème au contraire, c'est que nous en avons trop et que nous aurons bien du mal à résister à la tentation de les utiliser jusqu'à la dernière goutte si nous ne les renchérissons pas volontairement.

Voilà le message qu'il faut faire passer !

Beaucoup de gens mettent en avant le pic pétrolier pour justifier la transition énergétique.

Comme si mettre en avant le pic pétrolier et la pénurie supposée d'énergies fossiles allait permettre de mieux faire passer la pilule !

Comme si l'origine humaine du réchauffement n'était pas suffisamment prouvée et qu'il valait mieux ne pas trop l'invoquer auprès d'un public "allègrisé".

Cordialement.

Éric Lombard, fondateur du site hyperdebat.net, adhérent de négaWatt et de taca

articles et gazouillis

Et voici ma réponse, orientée par mon incompétence en la matière des matières premières (je me sais plus théologien qu’ingénieur en énergies fossiles) et soutenue par la conviction suivante : l’homme est merveilleusement intelligent. Dans une libre et efficace initiative, il trouve toujours l’invention utile pour le sortir d’une mauvaise situation ; c’est cette possibilité d’invention qui lui donne toujours l’espoir de faire plus et mieux : racine de la croyance en un progrès illimité. L’homme veut se construire une ville pour encadrer son désir de puissance. Cela démarre, dans la ligne de Caën, avec la tour de Babel, la porte de dieu.

Bonjour, 

Merci d'entrer dans le débat. Je communique (votre commentaire) aux membres du groupe et je me plonge dans la lecture des articles indiqués.

Dans ma réflexion, personnellement, je suis plus sensible aux possibilités que nous avons de choisir des modes de vie sobre que d'imaginer une transition énergétique. 

C'est dans l'abondance de matières premières que nous devrions arriver à comprendre le bonheur de la sobriété ; ce qui permettrait, de fait un réel partage. (Ici, je pense à la triste actualité palestinienne, syrienne… une guerre n’existe que par et pour des économiques obtenus par quelques-uns sans que compte les vies humaines.)

 

Frédéric Baule, intervient à notre colloque de novembre 2014. Il écrit :

Bonjour Michel

Merci de m'avoir mis dans la boucle pour cet échange de vues sur la pertinence du concept de pic de pétrole.

Étant moi même partie prenante du monde pétrolier, je peux témoigner de ce que ce concept - qui a eu son heure de gloire à propos des disponibilités de pétrole dit 'conventionnel' - ne fait pas partie du paysage opérationnel des acteurs industriels et commerciaux de ce secteur à l'heure du boom des gaz et pétrole de schistes qui permet aux USA de redevenir peu à peu autosuffisants en matière d'hydrocarbures (sans considération environnementale).

La position d'Alain Grandjean reflète effectivement les fondamentaux de la géologie / du secteur

  • il y a bien des hydrocarbones en très grande quantité disponible sur notre planète, sous des formes multiples

  • de même qu'un même processus qui a conduit à fossiliser les chaines d'hydrocarbones sous différentes formes (en un continuum qui va du gaz naturel 'sec' au schiste bitumineux puis au charbon, en passant par toutes les formes liquides possibles), transformer ces produits fossiles en denrées énergétiques commercialisables sous forme liquide ou gazeuse est techniquement faisable

  • les freins à l'abondance de ces denrées sur les marchés relèvent plus aujourd'hui de contraintes d'allocation de ressources financières et de la limitation du nombre d'experts techniques disponibles pour gérer les projets ad hoc d'extraction de ces ressources fossiles

La thématique qui émerge maintenant est donc celle du "unburnable carbon", i.e. de la part des réserves d'hydrocarbones fossiles connues qu'il va nous falloir décider de ne pas exploiter pour éviter de rendre notre planète invivable.

Un chroniqueur du Financial Times allait même récemment jusqu'à s'interroger sur la pertinence des valorisations boursières d'entreprises du secteur énergétiques, adossées à une évaluation de leurs réserves en ressources fossiles, compte tenu de ce nouvel aléa.

Pour un futur intervenant comme moi au colloque organisé par "chrétiens et pic de pétrole"... ce nom d'association traduit une sensibilité sympathique, ancrée dans le souci de la vie ensemble sur notre planète. Mais pour un professionnel du secteur, comme le suggérait votre correspondant : c'est aussi un peu "daté". 

Très cordialement

Frédéric Baule

 

François Pillard, engagé dans la préparation du colloque s’engage dans le débat en précisant que le fond du problème n’est pas les possibilités que nous avons pour trouver de nouveaux produits énergétiques mais dans l’usage que nous en faisons. Selon moi, Chrétiens et pic de pétrole résonne comme une parabole. L’expression fut imaginée en 2003 et j’accepte l’idée qu’elle n’est plus totalement dans l’actualité. Du reste, bien il sera possible de dire pic de gaz de schiste, ou pic de mars quand l’homme reviendra de cette planète après avoir exploité toutes ses ressources utiles aux terriens.

Voilà le courriel :

Bonjour, 

Effectivement la question n'est peut-être pas tant le Pic de pétrole que la démesure de nos rapports aux ressources consommables ; mais tu as bien répondu, et on ne change pas si facilement de nom...

François Pillard

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