Le temps du repos est indispensable pour faire le point. Alors acceptons l’invitation à suivre Jésus dans le temps de silence qu’il se donne

Publié le par Michel Durand

A Palestinian man holding an unexploded ammunition in the Gaza Strip on 1 August, 2014 (MEE/Mohammed Asad)

A Palestinian man holding an unexploded ammunition in the Gaza Strip on 1 August, 2014 (MEE/Mohammed Asad)

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Le premier outil pour réveiller la société israélienne, ce sont les sanctions. Il faut la placer devant ses responsabilités historiques avant qu’il ne soit trop tard, tout particulièrement à l’heure où il est question d’une opération terrestre de grande envergure à Gaza. Cela passe par un vote par le Conseil de sécurité de l’ONU d’une résolution condamnant l’action d’Israël, son non-respect des résolutions antérieures et son non-respect du droit humanitaire et du droit de la guerre. Cela signifie concrètement d’assumer des sanctions économiques ciblées et graduées, notamment pour des activités directement liées aux opérations à Gaza ou aux activités économiques dans les colonies. Je ne crois guère aux sanctions face à des États autoritaires qu’elles renforcent. Elles peuvent être utiles dans une société démocratique qui doit être mise face aux réalités.

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Je prononce l'homélie de ce jour avec cette triste réalité en tête.

Dans la lecture de l’Évangile, influencé par les personnes immédiatement rencontrées, le risque de plier la Parole révélée aux préoccupations du moment est constant. Appelons cela : tirer la couverture à soi. Redisons-le, la Parole de Dieu mérite d’être prise pour elle-même, sans se laisser orienter par l’air du temps. D’abord, bien comprendre le Message ; ensuite, essayer de l’appliquer au quotidien.

Regardons donc cette page d’Évangile : Matthieu 14, verset 13 à 21.

Au chapitre 13, Matthieu nous présente Jésus parlant en Paraboles aux gens de son pays dans les synagogues des villes de Galilée. Et, à la fin de ce même chapitre, on le voit à Nazareth, la ville de son enfance. Il parle avec des images parce que ses compatriotes ne sont pas capables de comprendre la totalité du message : Jésus, Fils de Dieu, sauveur de tous. Ils ne sont pas encore disposés à croire que Jésus vient de Dieu. D’ailleurs, face à l’hostilité, Jésus préfère quitter son pays. Mathieu écrit : « Jésus leur dit :

"Un prophète n’est méprisé que dans sa patrie et sa maison »

Il commente :

Et là Jésus ne fit pas beaucoup de miracles parce qu’ils ne croyaient pas (Mt 13, 57-58).

Peu de temps après son départ de la région de Nazareth, Jean-Baptiste, emprisonné par Hérode Antipas, tétrarque de Galilée, est exécuté dans sa prison. On lui coupe la tête (Mt 14, 3-12). Jésus semble ne plus avoir le courage d’affronter les foules. Il comprend que sa mort sera semblable, mais ce n’est pas encore le moment d’affronter la Passion. Alors, il se retire dans un lieu désert. Il semblerait qu’il traverse pour cela le lac dit mer de Galilée en partant de Tibériade et se dirigeant vers Capharnaüm.

Très souvent, Jésus quitte les gens pour se retrouver seul, à l’écart des villes. Il va sur une montagne ou dans une région désertique. Il veut être seul pour prier, méditer, réfléchir. Il veut se reposer et entrer ainsi en communion avec son Père, le Père.

Un temps de repos est indispensable pour faire le point dans notre vie. Alors, acceptons l’invitation à suivre Jésus dans sa prière, imitons le temps de silence qu’il se donne. Dimanche dernier, je proposais de jeter un œil sur nos agendas pour, déterminant nos priorités, débusquer les idoles adorées qui nous détournent de l’amour universel du Christ. Se mettre en vacance pour s’arrêter, pour se retrouver seul avec soi-même, en face de Dieu, est une force pour nos actions futures.

Hélas, pour se retirer, Jésus n’a pas pris le bon moyen.

Jésus partit en barque pour un endroit désert, à l’écart. Quand on s’avance, en barque sur un lac tout le monde peut voir où l’on va. Aussi, de tous les villages alentour, on se précipite vers l’endroit où la barque allait accoster. Et, au lieu de solitude Jésus découvre la foule. Matthieu écrit, pour montrer le nombre immense de personnes, les foules ; une foule nombreuse.

Les foules l’apprirent et, quittant leurs villes, elles suivirent à pied. Tous ces gens qui étaient venus espéraient une guérison, un miracle. Ils venaient voir un guérisseur. Jésus n’aimait pas bien qu’on lui demande cela, car, là, n’était pas sa mission principale. Sa mission est de montrer Dieu le Père. Enfin, pris de pitié, il ne se dérobe pas.

Il guérit leurs infirmes.

Et cela dura jusqu’au soir. La nuit arrive. Les disciples peuvent, enfin, être tranquilles.

Il faut renvoyer tous ces gens chez eux ! , dirent-ils, unanimes.

Non, répond Jésus,

donnez-leur vous-même à manger.

Et Jésus, avec l’aide de ses proches, nourrit l’immense foule. Nous notons, ici, le souci d’une bonne organisation : il fait étendre les foules sur l’herbe. J’imagine que les gens se sont installés en cercle par groupe de 6 convives environ, comme quand on mange plongeant la main dans le même plat. C’était tellement bien ordonné qu’il fut possible de rassembler et de compter la nourriture restante.

Les apôtres au départ étaient plutôt irresponsables. Ils veulent se débarrasser du problème. Progressivement, ils agissent en responsable et acceptent de supporter pour les autres. Leur engagement au côté du Christ contient le partage et, dans cette distribution de nourriture, nous avons l’exemple d’une solidarité qui passe par la responsabilité que quelques-uns acceptent de prendre. La charité n’est pas qu’un simple geste spontané de bienveillance. C’est une organisation réfléchie. Notons que la pointe de ce partage fait inévitablement penser à l’eucharistie : les gens, tous les gens sont rassasiés.

Reprenons et résumons cet Évangile afin de l’introduire dans notre vie. Voici 4 points essentiels, universellement applicables :
- savoir se retrouver seul afin d’observer sa façon de vivre
- accepter d’être dérangé par les autres
- répondre aux attentes matérielles des gens
- agir en responsable, avec l’organisation adéquate

Tout cela permet de constituer un Signe compréhensible par tous. Telle est la figure de l’Eucharistie.

D’où la question récurrente : Quelle image d’Église montrons-nous à notre quartier ? Quelle image d’Église les parents offrent-ils à leurs enfants ? Autrement dit : quelles suites données à un baptême de nouveau-né, comme nous allons le vivre dans un instant, afin de ne pas séparer le domaine de la foi en Dieu de celui de la pratique de l’Évangile dans notre quotidien au milieu des humains, tous des frères.

Pour entendre l'homélie et avoir les références bibliques, se rendre sur le site de la paroisse Saint-Polycarpe des pentes de la croix rousse.

Publié dans Eglise, évangile

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