Rembrandt ouvre la porte qui découvre les finesses de la psychologie, les sentiments et les pensées, richesses et risques des hommes

Publié le par Michel Durand

Rubens, kermesse, 1635-38 ; Rembrandt, Saint Matthieu inspiré par l'ange, 1661
Rubens, kermesse, 1635-38 ; Rembrandt, Saint Matthieu inspiré par l'ange, 1661

Rubens, kermesse, 1635-38 ; Rembrandt, Saint Matthieu inspiré par l'ange, 1661

L’Art et l’Homme en questions
Rubens et Rembrandt,
Forces baroques « Corps et Ame »
La nature humaine serait-elle sans limites ?

« L’homme est plus que ce qu’il croit », dit le berger de Giono…

Texte de René Mignot

Le Moyen Age chrétien se faisait, comme on dit chez nous, « un brave souci » pour le salut des âmes ; toutes les âmes, pas seulement celles des princes. Le Paradis pour tous ! Le corps, lui, deviendra poussière : à négliger.

La Renaissance efface la prééminence du spirituel. Elle se la joue scientifique, intello. La tête d’abord, avec les pieds sur terre, toute chose étalonnée à l’aune de l’intelligence humaine. Dans les deux figures, il y a talent, grandeur et poésie. En art, le Moyen Age dénigre le réel, boude les apparences optiques, se défie des illusions spatiales ; il prodigue son génie dans la suggestion et le symbolisme. La Renaissance s’empare des réalités tangibles, perspective oculaire, exactes proportions, ombres et lumières : rationalité. Alors un soudain changement de temps bouleverse le climat. La vague de la Réforme déferle sur les dorures vaticanes et les digues royales subissent de rudes assauts. Toutes les formes de pouvoir sont ébranlées. L’homme-roseau de Pascal s’étire en bambouseraie.

Forces baroques, forces du dehors, forces du dedans. « Le plus profond chez l’homme, c’est sa peau ! », étonnante assertion, constat impérieux disant bien que l’homme n’obéit pas au seul dilemme âme et raison. La « peau » serait la part des énergies qui frémissent en nous et appellent des mises en œuvre : rêver, créer, jouer, fêter, lutter, bâtir,… s’éclater ! Rien qui ne détourne d’une quête mystique ni d’un parcours intellectuel ; plutôt un épanouissement de tant de dynamismes qui font la condition humaine. Rubens ouvre grand la porte aux charmes des jours, aux passions des cœurs et des corps, aux largesses de la Création. Il nous fait partager l’aimable sensualité d’une kermesse populaire et nous édifie avec un Christ musculeux qui rassure sur la bonne santé de l’Eglise. Rembrandt ouvre une autre porte : celle qui découvre les finesses de la psychologie, les sentiments et les pensées qui font les richesses et les risques des hommes. Les chemins de Rembrandt sont âpres et terreux, exigeants et fortifiants. Son Dieu n’a pas l’éclat solaire de celui de son confrère Rubens ; il est Dieu des profondeurs minérales, forces du dedans. Tous deux de mettre en lumière les mille facettes et aspérités de l’homme. L’homme, pierre irrégulière, baroque, dont on ne peut arrondir les angles.

Et ce cri de l’infirme qui, entre calvaire et victoire, vient de parcourir le Sahara : « Je sais maintenant que mon corps n’a pas de limites ! »

René Migniot

XVII° s., dans l’exaltation générale, avec Blaise Pascal, taquiner et valoriser l’être humain.

L’homme n’est qu’un roseau,
le plus faible de la nature,
mais c’est un roseau pensant.
Il est dangereux de trop faire voir à l’homme
combien il est égal aux bêtes
sans lui montrer sa grandeur.
Toute la dignité de l’homme consiste en la pensée.
Quelle chimère est-ce donc que l’homme ?
Quelle nouveauté, quel monstre, quel chaos,
quel sujet de contradiction, quel prodige !
Gloire et rebut de l’univers !
Qui démêlera cet embrouillement ?
L’homme est si nécessairement fou
que ce serait être fou,
par un autre tour de folie,
de n’être pas fou.

Blaise PASCAL. Philosophe. 1625-1661. contemporain de Rubens et de Rembrandt

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