Avec l'âge on n'ose pas reconnaître le besoin d'être aidé, on a peur de demander. À tort ! Je suis encore peu concerné, mais je me prépare

Publié le par Michel Durand

Louis Pfeffer est prêtre du Prado. La vidéo posée, ci-dessous en cette page, en témoigne.
J’ai participé cette après-midi à la rencontre du comité de rédaction de la revue pradosienne Quelqu’un parmi nous. Le numéro à construire porte sur la vieillesse.

J’en ai parlé dans un appel à articles sur ce sujet.

Un membre de l’équipe a proposé une méditation de Louis Peffer qui rejoint profondément ma pensée. Je suis heureux de vous la partager.

 

Vieillir avec la Bible

Vieillir n'est jamais facile. Mais la Parole de Dieu reste une parole de Vie qui nous soutient jusqu'au bout. Elle est cette maison dont les trésors sont inépuisables, comme dit le Père Chevrier.

Vieillir ! Ça me concerne, ayant passé le cap des 71 ans.

Prêtre depuis 47 ans, j'ai laissé il y a 3 ans ma responsabilité de « curé » pour devenir « prêtre coopérateur » (ou adjoint) dans une grande communauté de paroisses, sous la responsabilité d'un confrère plus jeune, et je vois s'approcher l'horizon d'une retraite si possible un peu active.

Je lis le récit de la rencontre entre Élie et la veuve de Sarepta dans ce contexte.

C'est dans 1 Rois 17, 6-16. Élie, fatigué et affamé, quitte un premier refuge et arrive en terre païenne, à Sarepta (Liban actuel), conduit par la Parole de Dieu. À chaque fois, il se met en route sans hésiter : Dieu pourvoira bien à ce qui lui manque. Mais il tombe sur plus démuni que lui : une pauvre veuve, qui s'apprête à cuire son dernier repas pour elle et son fils, avant de se laisser mourir.

Élie n'a qu'un « mérite », il ose demander quand même de l'aide, s'appuyant sur la parole de Dieu ; c'est son acte de foi. Celui de la femme est plus admirable encore : le peu qui lui reste (un peu de farine et un peu d'huile), elle le risque pour son hôte, car elle prend au sérieux la Parole d'un Dieu et d'un prophète étrangers, (elle parle à Élie de « ton Dieu »). Mieux : elle fait la première galette pour Élie, et attend son tour (s'il reste quelque chose...). Et le miracle se produit : les trois mangeront en sécurité longtemps !

Je l'actualise ainsi :

- Avec l'âge et la dépendance qui vient, on n'ose pas trop reconnaître qu'on a besoin d'être aidé, on a peur de demander. À tort ! Je suis encore peu concerné, mais je me prépare...

- La rencontre entre deux croyants est toujours féconde, elle produit des fruits inattendus s'ils osent s'en remettre à la Parole de Dieu, à Sa présence réconfortante. Il ne s'agit pas de fondamentalisme naïf, mais de vraie confiance. J'ai parfois encouragé des personnes humainement limitées à accepter des responsabilités à leur mesure, et cela a porté de beaux fruits. Je compte le vivre encore

- Le peu qui lui restait, la femme l'a risqué dans le don (la galette pour Élie). Le peu d'énergie, de compétence, de capacités qui nous restent encore, nous pouvons le mettre au service des autres, au service du Seigneur, et cela porte des fruits sans doute différents, inattendus, mais réels. Il faut résister au repli sur soi auquel porte la vieillesse.

- Peut-être que « farine et huile » (nos énergies) vont s'épuiser peu à peu, mais ne s'épuiseront pas, je l'espère, la confiance en Dieu, l'entraide, la volonté de mettre au service des autres le peu qui nous reste ; jusqu'au jour où... Dieu nous donnera tout, à savoir la plénitude de sa présence éternelle.

Je complète avec l'aide d'un autre texte : Mt 18, 1-5 : « le plus petit est le plus grand ! » Si l'âge fait retomber en enfance, nous sommes bien placés pour « devenir comme les enfants »... Mais il faut pour cela renoncer à la performance, au souci du paraître (cacher la calvitie, les rides...), au besoin impérieux de s'imposer.

Jésus nous dit que la vraie grandeur, c'est d'assumer notre petitesse, notre dépendance (l'expérience du vieillard retrouve celle de l'enfant). Ce Royaume de Dieu sur lequel insiste Jésus, c'est le lieu où les références sont inversées, où le petit est grand et le grand doit se faire petit. Le simple fait d'accueillir un petit nous permet d'être accueillis par Jésus et nous met en route vers le Royaume de Dieu. Ce chemin du Royaume est fait de patience, de douceur, de petits pas. On n'y entre pas à coups de trompette ou d'exploits, on y entre à la suite de Jésus portant sa croix. Mais c'est un chemin qui conduit à Pâques !

Louis Pfeffer

Tous les ans des prêtres du Prado prennent un mois d'été pour relire leur vie, leur apostolat dans la Maison de Limonest. C'est avec l'Évangile et les écrits du Père Chevrier qu'ils se laissent guider et questionner. Un permanent du Prado de France les accompagne dans cette démarche. Eté 2012.
C'est dans une ambiance paisible et fraternelle qu'ils vivent ce temps de ressourcement.
Une petite vidéo permet d'entrer dans une de leurs journées.
Jean Luc Darodes, Louis Pfeffer, Michel Barrier, Jacques Maupeu, Jean Yves Leborgne sont accompagnés par Robert Peloux.

 

Réalisée par Adrien Muller

Publié dans Témoignage

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