J'avais la vie ; il fallait garder ma dignité : ne pas oublier que le bonheur est une chose fragile qui peut disparaître a tous moments

Publié le par Michel Durand

J'avais la vie ; il fallait garder ma dignité : ne pas oublier que le bonheur est une chose fragile qui peut disparaître a tous moments
Ce jour, j'ai travaillé pour le Prado à la revue Quelqu'un parmi nous sur le thème de la vieillesse. Les nombreux textes reçus en vue de publication sont plein d'espérance. Une merveille que je suis heureux de partager.

 

Je me suis confié au Seigneur

Au cours de la dernière réunion de la fraternité des malades, Gilbert, prêtre du Prado, a rencontré Georgette, une dame de 84 ans à qui ses proches ont offert pour ses 82 ans un ordinateur. Chaque jour elle déverse ses souvenirs sur son clavier, le récit de sa vie. Malgré la dure réalité de sa jeunesse perturbée, Georgette exprime une joie profonde qu’elle est heureuse de partager. Elle a accepté de donner quelques pages de son texte à Quelqu’un parmi nous.

Bien sûr nous avons le temps, mais le temps ne nous appartient pas. Il m’a fallu re-partir sur de nouvelles bases. Nous commettons tous des erreurs, l'essentielle est de s'en sortir. Le Seigneur est notre seul secours. Au milieu de ma détresse, je suis remontée du gouffre, uniquement par la prière.

Oui, je haie le chemin de ma jeunesse qui était sans fin. Seules mes prières demandant le pardon de Dieu m’ont ouvert la porte. Dieu a entendu mon appel.

La prière

J'ai imploré la pitié de Dieu dans la faiblesse de ma foi reçue dans un établissement religieux. En effet, je me suis souvenue de ce que j'avais appris dans un ouvroir chez les religieuses à Lisieux ou j'ai passé trois années. Mais, j'ai du quitté cette maison à cause de la guerre 39-45.  Alors, je me suis retrouvée au point de départ, seule, indépendante de moi-même.

Pendant quelque temps je me suis souvenue de mes prières ; mais, hélas, j'ai fini par ne plus y penser. Et je me retrouve seule, face a une vie pleine d'ennuis et d'imprévus, faites de situations  que je ne connaissais pas moi-même ; personne ne me soutenait. J'étais tombée, cassée, incapable se suivre mon idée de me relever.

Comment avoir la force de sortir seul d'un mauvais pas ?

Donc la galère. Toujours ! Comment trouver le bout du tunnel, quitter cette vie désespérée qui n'était pas de mon choix et qui fut un très long calvaire ?

Voilà pourquoi je me suis confié au Seigneur, seulement vers la trentaine. Oui, indirectement il nous répond. Il m’a répondu. J'avais le désir de vivre, il a exaucé mes prières pour pouvoir vivre une autre vie. Mes blessures m'ont vraiment donné la confiance en moi. Seigneur je vous appelle, je suis seule, j'erre sans fin, donnez-moi un peu d'espoir montrez-moi la route ; sinon, comment pourrai-je vivre ?

Mes prières sont très courtes, mais souvent répétées. Dieu ne m’a pas abandonnée, ma vie a seulement beaucoup changé et je prie toujours davantage pour le remercier. Il ne faut pas chercher de grands mots ; parler, seulement, simplement. Dialoguer

Le mariage

Après trois années d'appel, au moment le plus inattendu Dieu a entendu mes prières. Il a mis sur mon chemin l'époux que j'attendais. Six mois plus tard dans mon petit village les cloches sonnaient la joie, nous étions mariés. Ce jour même j'ai fait un vœu lors de la cérémonie, un vœu que j'ai respecté et j’ai remercié Notre-Dame de la Providence. J'avais la vie ; il fallait garder ma dignité : ne pas oublier que le bonheur est une chose fragile qui peut disparaître a tous moments.

Certes, notre mariage fut un dur labeur ; mais le bonheur était au rendez-vous. Nous avons vécu quarante-six années ensemble. J'aimais être enlacée dans les bras de mon Mari*. Il est mort maintenant. Son cœur ne fait plus battre le mien. Mais je n’oublie jamais cet homme que Dieu a mis sur mon chemin, me permettant d’avoir enfin une vie plus confortable.

Sans le savoir, lui aussi chercher autre chose qu’une petite enfance bien triste, subissant la maladie d’une jambe bien atrophiée. Mais il a eu une gentille maman. Il avait toujours son chapelet sur lui. Je n'ai pas oublié de le lui mettre dans ses mains à son décès. Il nous arrivait quelques fois de nous confier l'un à l'autre.

Les enfants

Enfin Dieu m'a donné une autre grande joie. Ne pouvant assurer la naissance d'un enfant à mon mari, le service social nous confia une petite fille de dix mois. Quatre ans plus tard un petit garçon tout juste à la naissance. J'avais reçu ce que je recherchais : la lumière demandée a Dieu. Oui, si nous croyons vraiment, nous le ressentons. Grande joie dans notre maison.

Aujourd’hui

Maintenant j'ai passé mes 84 printemps. Dès l’âge de la retraite, avoir pu suivre et vivre quelques pèlerinages à Lourdes, ce fut vraiment tout l'or du monde qui s'ajoute à ma croyance. Là, pour oublier tous les mauvais moments difficiles de ma jeunesse, j'ai jeté tous les souvenirs du passé au feu ? J'ai jeté tous mes vieux oripeaux au feu pour oublier les mauvais passages de ma jeunesse, ceux qui m’ont bien fait souffrir.

Maintenant la paix est bien dans mon âme c'est une grande victoire qui ma permis de pouvoir vivre une vie de famille commencée seulement vers 33 ans. Si notre visage et couvert de honte, le Seigneur peut sauver nos angoisses par la prière.

Je dis aussi souvent merci a une gentille dame qui ne m’a jamais fermé sa porte. Nous ne parlions jamais de religion, mais elle avait bien compris ma vie, elle me donnait beaucoup de courage. Que son âme repose en paix. J'invoque chaque jour son nom dans mes Prières.

Maintenant mon fils adoptif veille sur moi et mes 84 ans.

À son fils adoptif

Merci à Dieu de nous avoir donné un fils qui a comblé notre vie. Je demeure ta mère qui te remercie de bien vieller sur moi. Aujourd'hui, je me souviens encore des grands yeux que tu avais en découvrant le monde. Moi, toute tremblante, mes yeux pleins d'éclat, mon étoile avait brillé. Merveilleux fils adoptif. Aujourd'hui, mes yeux sont bariolés, mais toujours pleins d'éclats.

Nous avons ouvert grand notre maison à des orphelins. J'aurais fait n'importe quoi pour entendre vibrer notre maison de cris charmants, sinon la vie n'avait aucun sens. Merci a la Providence. Que Dieu veille sur toi.

Et encore merci pour l'aide et le soutien que tu m'as apportés tout au long de la grande maladie de ton cher Père en 2009.

Merci pour le soutien que tu m'apportes encore avec mon handicap et mon grand âge.

Je n'ai jamais douté que Dieu existe, ma foi a changé ma vie ; elle m’a fait trouver l'espoir, le réconfort. Avec Dieu il n'y a pas de perdant et ma vie est devenue une réussite. J'avais lu sur un livre d'Évangile : Heureux ceux qui savent reconnaître le Seigneur, ils trouvent la vraie lumière, j'en ai fait l'expérience moi-même. J'ai appelé le Seigneur avec beaucoup de confiance et de prières pour oublier cette jeunesse bien douloureuse, et enfin connaître le vrai bonheur et pouvoir vieillir en beauté, malgré ce deuil que je vis toujours au jour le jour avec ma foi et mes prières que je partage avec toutes les Âmes.

Merci Seigneur. Et prions avec confiance.

Georgette

 

*Oui, M majuscule Mari, il n’y en a qu’un !

 

 

Publié dans Témoignage, Prado

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