Il est des situations où s’abstenir est fondamentalement humain. Un homme, ça s’empêche, dit Camus

Publié le par Michel Durand

Le personnage en une de Charlie Hebdo n'est pas le Prophète

Le personnage en une de Charlie Hebdo n'est pas le Prophète

 

Mon voisin, Arthur Linguet est vraiment plus que con. C’est un connard comme on n’en voit nulle part. Il a plein d’argent, ça se voit à sa voiture.

Jamais il ne dit bonjour quand on le croise dans l’ascenseur. Son trajet quotidien ? Appartement, ascenseur, garage, voiture, bureau de son entreprise. Et sens inverse pour le retour. Il travaille beaucoup, semble-t-il. Travailler. Toujours travailler pour se maintenir en première place sur le marcher. Mais, cela, c’est moi qui l’imagine puisqu’il ne parle à personne.

Il est vraiment con ! Et puis, il est habillé comme un clochard ? C’est une merde ? Il put. Qu’est-ce qu’il fait se son argent ? Mettrait-il tout dans sa bagnole ?

Un con de bourgeois capitaliste qui cache sa fortune. Un avare.

Libre expression ! Oui, j’ai le droit de dire n’importe quoi de ce que je pense.

À entendre ce que l’on entend parfois, il semblerait que, pour respecter la liberté de la presse, on puisse tout dire, tout écrire. Ainsi s’exprime l’article 11 de la déclaration de droits de l’homme et du citoyen : « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement ».

Là, comme ailleurs dans le libéralisme philosophique (qui engendre le libéralisme économique), il semblerait que l’on ne veut aucune limite. Mettre une frontière à ne pas dépasser serait une entrave à la liberté individuelle. Pourtant, quand ce qui est dit est mensonger, dépourvu de toute réalité, n’y a-t-il pas un devoir urgent d’interdire la publication de cette contre-vérité ?

Nous ne pouvons ignorer le sens des mots. La calomnie ne devrait pas être imaginable, car elle est accusation mensongère attaquant l’honneur de quelqu’un. Elle dépasse de loin la médisance qui consiste à révéler des choses défavorables à propos d’une personne. Par exemple, souhaiter du mal à un collègue de travail en médisant sur lui dans le but de prendre sa place. Pour comprendre et  déceler cet interdit, il suffit d’évoquer la morale ancestrale, celle des dix commandements qui remonte au code d’Hamourabi. Instruction civique et morale des bancs de l’école primaire disent, du reste, l’essentiel de ce qui est permis et interdit. Une conscience personnelle, éduquée par le « bon sens » d’une société civilisée, va du reste spontanément percevoir le bien à dire, le mal à retenir, le faux à chasser. Il est sciemment impossible de publier des « nouvelles » qui ne sont que des faux dans l’unique but de nuire aux personnes. Le mensonge n’est pas tolérable. Mais, l’on constate que la désinformation est pratiquée pour atteindre des buts politiquement déterminés.

De même, il n’est pas tolérable de médire d’une personne sous prétexte qu’elle exprime des opinions qui ne correspondent pas totalement aux idées qui m’habitent.

Faire du mal à autrui par mes mensonges, nuire à la réputation d’un voisin n’est pas, selon la morale toute basique du vivre en société, acceptable.

Ceci dit, je ne peux ignorer que le voisin en question présente un comportement qui pose problème. Alors, parler de lui en pointant quelques-uns de ses travers peut avoir une grande valeur d’amélioration de la vie en société. L’humour est bonne conseillère pour dire des vérités durent à entendre. En ce domaine, nous avons raison de souligner avec Charlie-Hebdo, la valeur pédagogique de la caricature, littéraire ou graphique. Savoir rire de ses défauts et imperfections est un gage de progrès en humanité. Tout personnage public est confronté à cette réalité et il est sain qu’il sache rire de lui-même quand on dessine à gros traits ses déviances.

Seulement, parfois (souvent), il convient de la faire avec prudence. Surtout, il n’est jamais permis d’utiliser des propos mensongers pour arriver à ses fins.

L’article 11 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 : « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, » précise : « sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi. »

Quand abuse-t-on de cette liberté ?

Quels moyens de discernement sont à la disposition de quiconque pour indiquer qu’il y a abus de liberté et, en conséquence atteinte de la dignité d’autrui ?

L’ancestrale devise : "Ne fais pas à autrui ce que tu n'aimerais pas que l'on te fasse " demeure universelle. «  C'est la barrière que la morale dresse contre l'égoïsme et contre ceux qui pensent ne pouvoir réaliser pleinement leur liberté qu'en piétinant celle des autres. »

Personne ne peut éteindre un incendie avec de l’essence. En ce sens, je pense que Charlie Hebdo aurait fait preuve de sagesse en s’abstenant mercredi dernier.

François, évêque de ROME : « La liberté d'expression doit tenir compte de la réalité humaine. Pour cela, elle doit être prudente, éduquée. En théorie, nous sommes d'accord, mais en pratique, limitons-nous un peu ! »  En lire plus.

 

 

 

Publié dans Anthropologie

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