La mondialisation uniformisante rejette les cultures, brise l’identité de chaque peuple, base d’un sain développement humain

Publié le par Michel Durand

La mondialisation uniformisante rejette les cultures, brise l’identité de chaque peuple, base d’un sain développement humain
La mondialisation uniformisante rejette les cultures, brise l’identité de chaque peuple, base d’un sain développement humain

 

Je souhaite reprendre ma page du 12 janvier. Il convient d’aller au-delà de l’émotion. « L’autocritique est bonne conseillère et la prise de conscience salutaire » écrit Dominique Quinio dans La Croix. Avoir un regard lucide, c’est voir au-delà de l’hexagone et prendre note de ce qui se vit dans les pauvres banlieues de France. Il n’y a pas seulement 17 personnes qui ont été tués à Paris. Il y a aussi 134 écoliers, au Pakistan et combien de famille au Nigeria ?

À chaque fois que l’on appelle des « juifs » à venir habiter en Israël, on organise l’expulsion de Palestiniens hors de leur maison, de leur ferme, de leur terrain et territoire.

Comme le demandait dimanche un homme posté au bord de la marche : cherchez l’erreur !

Les jeunes des banlieues se sentent solidaires des Palestiniens tout simplement peut-être parce qu’ils ressentent que ces derniers ne sont pas plus respectés qu’eux. Pour que la Palestine vive, il faut qu’Israël arrête sa guerre colonisatrice. En fait, aujourd’hui, je trouve impensable qu’un homme puisse proclamer : "A tous les juifs de France, tous les juifs d'Europe, je vous dis : Israël n'est pas seulement le lieu vers lequel vous vous tournez pour prier, l'État d'Israël est votre foyer". Comment peut-on encourager l’immigration de juifs français ou européens vers Israël alors que cela s’avère impossible sans prendre la terre des Palestiniens. Certes j’ai entendu, à Lyon, des gens dire que la Palestine n’existait pas. Qui parle de prendre les maisons d’autrui puisqu’il n’y a rien d’autre qu’Israël ?

J’invite à prendre connaissance du regard du journal Haaretz

Et il y a aussi l’Afrique. Le Nigeria.

Alors que le monde est mobilisé pour sauver Charlie de la barbarie intégriste, le Nigeria est au bord de l'explosion, dans une certaine indifférence. Dans la foulée de la mobilisation de Paris, des journalistes alertent l'opinion internationale sur le péril Boko Haram.

Le journaliste  Sud-Africain Simon Allison constate « avec regret que le massacre de Baga n’a pas inondé la presse mondiale d’éditoriaux passionnés, de couvertures-chocs ou d'éditions spéciales. "Même au Nigeria, les 17 morts à Paris ont obtenu plus de presse que les centaines et centaines de morts à la maison, selon l'analyste des médias Ethan Zuckerman, qui a également souligné que le président du Nigeria Goodluck Jonathan a exprimé ses condoléances à l'État français, mais n'a rien dit rien de Baga." » … « Plus de 2000 personnes sont mortes, et le monde est resté silencieux. Pis, l’Afrique est restée silencieuse. Donc, oui, nous sommes Charlie, mais nous sommes encore plus Baga. Notre indignation – et notre solidarité – des horreurs de Paris est aussi un symbole de la façon dont nous, Africains, négligeons nos propres tragédies et donnons la priorité aux vies occidentales au détriment de nos propres vies. 

 Cherchez l’erreur ! N’est-elle pas dans le non-regard des puissants sur les pauvres, les petits, gens ou pays ? Le pétrole du Nigeria n’aveugle-t-il pas tous les hommes politiques. C’est comme si l’on croyait que les chefs d’État ne savent pas d’où vient l’argent qui alimente des armes mortelles ?

Ayant lu tout cela, sachant que j’ignore plein de choses, je trouve courageux le message de François aux diplomates

Il est à lire en entier.

Non que je veuille devenir adorateur du « pape ». Mais que je trouve que la vérité est dite. Or, nous avons des oreilles et nous n’entendons pas.

Voici quelques passages :

(...) Dans les récits évangéliques de l’enfance, le roi Hérode en est l’emblème qui, en sentant son autorité menacée par l’Enfant Jésus, fait tuer tous les enfants de Bethléem. Ma pensée va tout de suite au Pakistan, où il y a un mois, plus de cent enfants ont été tués avec une férocité inouïe. Je souhaite renouveler à leurs familles mes condoléances personnelles et l’assurance de ma prière pour tant d’innocents qui ont perdu la vie.

À une dimension personnelle du refus s’associe ainsi inévitablement une dimension sociale, une culture qui rejette l’autre, brise les liens les plus intimes et les plus vrais, finissant par défaire et désagréger toute la société, et par engendrer la violence et la mort. Nous en avons un triste écho dans les nombreux faits de la chronique quotidienne, le moindre n’est pas le tragique massacre survenu à Paris, il y a quelques jours. Les autres « ne sont plus perçus comme des êtres d’égale dignité, comme des frères et sœurs en humanité, mais sont vus comme des objets » (Message pour la 48ème Journée Mondiale de la Paix, 8 décembre 2014, n.4). Et l’être humain, de libre devient esclave, que ce soit des modes, du pouvoir, de l’argent, parfois même de formes déviantes de religion. Ce sont les dangers que j’ai voulu rappeler dans le Message pour la récente Journée Mondiale de la Paix, consacré au problème des multiples esclavages modernes. Ils naissent d’un cœur corrompu, incapable de voir et de faire le bien, de poursuivre la paix.

(…) Ma pensée va surtout au Moyen-Orient, en commençant par la terre bien-aimée de Jésus, que j’ai eu la joie de visiter en mai dernier et pour laquelle nous ne nous lasserons jamais d’invoquer la paix. Nous l’avons fait, avec une intensité extraordinaire, avec le Président israélien d’alors, Shimon Peres, et le Président palestinien, Mahmud Abbas, animés de l’espérance confiante que les négociations entre les deux parties puissent reprendre, dans le but de faire cesser les violences et d’arriver à une solution qui permette, tant au peuple palestinien qu’au peuple israélien, de vivre enfin en paix, dans des frontières clairement établies et reconnues internationalement, de sorte que la « solution de deux États » devienne effective.

(…) Le fondamentalisme religieux, en effet, plus encore que rejeter les êtres humains en perpétrant des massacres horribles, refuse Dieu lui-même, le reléguant au rang de pur prétexte idéologique. Face à cette injuste agression, qui touche aussi les chrétiens et d’autres groupes ethniques et religieux de la région, les Yazidis, par exemple, une réponse unanime est nécessaire qui, dans le cadre du droit international, arrête le déferlement des violences, rétablisse la concorde et soigne les blessures profondes que la succession des conflits a provoquées. En ce lieu je fais donc appel à toute la communauté internationale, comme aussi à chacun des Gouvernements concernés, pour qu’ils prennent des initiatives concrètes pour la paix, et pour la défense de tous ceux qui souffrent des conséquences de la guerre et de la persécution, et qui sont contraints de laisser leurs maisons et leur patrie.

(…)Des formes semblables de brutalité, qui fauchent souvent des victimes parmi les plus petits et ceux qui sont sans défense, ne manquent pas non plus, malheureusement, dans d’autres parties du monde. Je pense en particulier au Nigeria, où les violences qui frappent sans discernement la population ne cessent pas, et où le phénomène tragique des séquestrations de personnes est en croissance continue, souvent des jeunes filles enlevées pour faire l’objet d’un trafic. C’est un commerce exécrable qui ne peut pas continuer ! Une plaie qu’il faut éradiquer car elle nous concerne tous, depuis chaque famille jusqu’à la communauté mondiale tout entière (cf. Discours aux nouveaux Ambassadeurs accrédités près le Saint-Siège, 12 décembre 2013).

(…) Tous les conflits belliqueux révèlent le visage le plus emblématique de la culture du déchet par les vies qui sont délibérément piétinées par celui qui détient la force. Mais il y a des formes plus subtiles et sournoises de rejet, qui alimentent aussi cette culture. Je pense avant tout à la façon dont sont souvent traités les malades, isolés et marginalisées comme les lépreux dont parle l’Évangile. Parmi les lépreux de notre temps il y a les victimes de cette nouvelle et terrible épidémie d’Ebola, qui, surtout au Libéria, en Sierra Leone et en Guinée, à déjà fauché plus de six mille vies.

(…) À côté des vies rejetées à cause des guerres ou des maladies, il y a celles des nombreuses personnes déplacées et réfugiées. Encore une fois on en comprend les aspects à partir de l’enfance de Jésus, qui témoigne d’une autre forme de la culture du déchet qui porte atteinte aux relations et « défait » la société. En effet, face à la brutalité d’Hérode, la Sainte Famille est contrainte à fuir en Égypte, d’où elle pourra revenir seulement quelques années plus tard (cf. Mt 2, 13-15). La conséquence des situations de conflit que nous venons de décrire est souvent la fuite de milliers de personnes de leur terre d’origine. Parfois on ne part pas tant pour chercher un avenir meilleur, mais tout simplement pour avoir un avenir, puisque rester dans son pays peut signifier une mort certaine. Combien de personnes perdent la vie dans des voyages inhumains, soumises aux brimades de véritables bourreaux avides d’argent ? J’en ai fait mention au cours de ma récente visite au Parlement Européen, en rappelant qu’« on ne peut tolérer que la Mer Méditerranée devienne un grand cimetière » (Discours au Parlement Européen, Strasbourg, 25 novembre 2014). Il y a ensuite un autre fait alarmant : beaucoup de migrants, surtout dans les Amériques, sont des enfants seuls, proies plus faciles des dangers, et qui demandent davantage de soin, d’attention et de protection.

(…)Parmi les causes de ces phénomènes, il y a une mondialisation uniformisante qui rejette les cultures elles-mêmes, brisant ainsi les éléments propres de l’identité de chaque peuple qui constituent l’héritage incontournable à la base d’un sain développement social. Dans un monde uniformisé et privé d’identité, il est facile de saisir le drame et le découragement de nombreuses personnes, qui ont littéralement perdu le sens de leur vie. Ce drame est aggravé par la crise économique qui perdure, qui engendre de la méfiance et favorise un climat social conflictuel. J’ai pu en voir les revers ici aussi à Rome, en rencontrant beaucoup de personnes qui vivent des situations de détresse, comme aussi au cours des différents voyages que j’ai effectués en Italie.

Publié dans Politique, Anthropologie, Eglise

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