Argentine. À son arrivée dans le bidonville, le padre Pepe a pris conscience des conséquences de l'absence de l'Église dans le quartier

Publié le par Michel Durand

Le P. José Maria di Paola, surnommé « padre Pepe », a été nommé en février 2013 curé de La Carcova, un bidonville de 11 000 habitants de José Leon Suarez, une localité à une vingtaine de kilomètres de Buenos Aires.

Le P. José Maria di Paola, surnommé « padre Pepe », a été nommé en février 2013 curé de La Carcova, un bidonville de 11 000 habitants de José Leon Suarez, une localité à une vingtaine de kilomètres de Buenos Aires.

L’Antenne sociale de Lyon m’a demandé un article où je témoigne de ma façon de voir l’insertion pastorale du curé au plus proche des habitants d’un quartier, ce que l’on appelle : une paroisse. Ce papier devrait être publié en avril et je pense que j’en rendrai compte sur en manque d’Eglise. Qu’un prêtre exerçant la tâche de curé vive au milieu des paroissiens, j’appelle cela une pastorale de proximité. En effet, proche des gens, vivant avec eux, faisant lui-même ses courses alimentaires, le prêtre ne se limite pas aux actes cultuels. Il embrasse toutes les activités humaines et quotidiennes de gens avec qui il vit.

Lisant La Croix, j’ai apprécié le témoignage d’un curé qui a choisi de vivre dans un bidonville. Parce qu’il vit avec eux, comme eux, il est proche d’eux. Je vous à lire cette belle tanche de vie pastorale.

La Croix 23 mars 2013
En Argentine, une nouvelle paroisse au cœur d'un bidonville

La paroisse catholique du quartier La Carcova, à José Leon Suarez, dans la banlieue de Buenos Aires, a été inaugurée hier. Son curé, le P. José Maria di Paola, veut que l'Église y retrouve sa place face à la poussée des cultes évangéliques.

C'est une petite pièce blanche, sobre, claire, ouverte sur la rue. La décoration se limite à une photo du pape François, une grande peinture représentant le Christ en aube blanche, les bras ouverts, avec à ses pieds des enfants jouant au foot, et deux statuettes. Les chaises sont en plastique. L'autel en aggloméré, recouvert d'un drap blanc. Quand les grandes portes métalliques se referment, on se croirait devant un garage. C'était d'ailleurs une ancienne maison close… Pourtant, il s'agit de la chapelle Virgen de Lujan : celle de la future paroisse de La Carcova, bidonville de 11000 habitants de José Leon Suarez, une localité à une vingtaine de kilomètres de Buenos Aires. La paroisse a été inaugurée hier, mais la chapelle fonctionne depuis juillet.

« La création de cette paroisse naît d'un vrai besoin, explique l'évêque du diocèse de San Martin, Mgr Guillermo Rodriguez-Melgarejo. Le Grand Buenos Aires est la région la moins bien dotée du pays: dans notre diocèse, il y a un prêtre pour 15000 habitants. »

L'idée d'une paroisse dans un bidonville – chose courante dans les quartiers pauvres de la capitale intra-muros, mais beaucoup moins en banlieue – est née de l'esprit du P. José Maria di Paola, qui, en tant que cura villero (curé de bidonville), avait déjà exercé son ministère pendant près de quinze ans dans la « villa 21 » de Buenos Aires. En 2009, il avait été nommé à la tête du tout nouveau vicariat épiscopal pour les bidonvilles créés par Jorge Bergoglio. Mais il avait dû s'exiler dans la lointaine province de Santiago del Estero (nord) un an plus tard, après avoir été menacé de mort par les narcotrafiquants dont il avait dénoncé les pratiques.

Nommé à La Carcova en février 2013, le « padre Pepe », qui parcourt le quartier au volant d'une petite Fiat brinquebalante, a élu domicile dans une bicoque en bois sans eau courante ni chauffage, au cœur même du bidonville. « Le curé d'avant, on ne le voyait pas beaucoup, se souvient Angelica Benitez, la quarantaine, qui aide au service liturgique. Il venait pour la messe et repartait. Pour les baptêmes, les confirmations, c'était le samedi ou jamais, il ne s'adaptait pas aux besoins des gens. D'ailleurs, à la messe, il n'y avait pas grand monde. » Le catéchiste Luis Montoya reconnaît qu'il ne participait pas à la vie de l'église avant l'arrivée du P. di Paola: « Il n'y avait aucune communication avec le prêtre. »

À son arrivée, le padre Pepe a pris conscience des conséquences de l'absence de l'Église dans le quartier: multiplication des cultes évangéliques et umbandistes, une religion afro-brésilienne. « Un phénomène qui n'est pas dû à une vertu de leur part, mais bien à notre négligence », soutient cet homme de 53 ans aux cheveux longs, qui porte des pantalons de gaucho et dont seul le col romain trahit la condition de prêtre.

En Argentine, les Églises évangéliques n'ont pas eu autant de succès que dans d'autres pays latino-américains. Mais 9 % des Argentins se définissent tout de même comme évangéliques, selon une enquête de 2008. Les relations ne sont d'ailleurs pas toujours faciles. Certains ont vu d'un très mauvais œil l'arrivée d'un prêtre aussi charismatique. « On a même reçu des jets de pierres du temple situé juste en face de la chapelle », se souvient le curé.

Les tensions sont fortes entre les habitants du quartier du haut, à l'entrée du bidonville, où est située la seule église qui existait jusqu'au mois de juillet, et celui du bas, le cœur de la « villa », où a été installée la chapelle Virgen de Lujan. Il était hors de question pour ceux du bas d'aller à l'église du haut. « C'étaient des dizaines de milliers de personnes qui étaient donc coupées de l'Église, une proie facile pour les sectes de toutes sortes », explique le padre Pepe.

Aujourd'hui, les choses ont bougé. « J'habite dans le quartier haut, et c'est la première fois que je viens ici, avant j'avais trop peur de me faire descendre », raconte Carlos Segura, 22 ans, devant la nouvelle chapelle. Ancien toxicomane qui fréquentait une église évangélique, il s'est fait baptiser l'an dernier et a choisi le padre Pepe comme parrain. Comme à la villa 21, le P. di Paola a créé un foyer pour faire sortir les jeunes de la drogue.

« Tout le quartier a changé, confirme Sebastiana Solabarrieta, une femme de ménage de 49 ans qui passe ses heures libres à la paroisse. Avant, j'avais peur de sortir, plus maintenant. Et puis il y a plein d'évangéliques qui sont revenus à l'Église catholique. Je ne sais pas si c'est par conviction ou parce que notre curé est vraiment très beau! », plaisante-t-elle. Avant d'ajouter, catégorique : « Un jour, le padre Pepe sera pape. »

MONTOYA Angéline

Publié dans Eglise

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