Par la résurrection et le don de l’Esprit les disciples comprennent les faits et paroles terrestres de Jésus

Publié le par Michel Durand

Jésus chasse les vendeurs du Temple, Luca Giordano (1675), l'Hermitage, St. Petersburg

Jésus chasse les vendeurs du Temple, Luca Giordano (1675), l'Hermitage, St. Petersburg

Par la résurrection et le don de l’Esprit les disciples comprennent les  faits et paroles terrestres de Jésus

Dans le tableau ci-dessus, je présente comment je perçois la pratique de l’Étude d’Évangile selon le Père Antoine Chevrier. Il se peut que je ne sois pas entièrement fidèle à sa méthode et que les indications que j’indique puissent être corrigées et complétées. N’hésiter à me signaler toutes les améliorations possibles. Je vous en remercie.

Aujourd’hui je présente l’étude d’Évangile que nous avons vécue hier à la chapelle du Prado. Nous avons lu et relu, médité l’Évangile de ce 3ème dimanche de Carême.

(Jn 2, 13-25) - « Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai »

La place que m’offre la configuration de ce blog ne me permet pas d’y établir trois colonnes comme indiqué ci-dessous. Je recopie d’abord le verset, et ensuite le commentaire.

Avant de lire Jean 2, 13 à 25, il importe de reprendre le début de ce chapitre.

Jean 2, 11
Tel fut le commencement des signes que Jésus accomplit. C’était à Cana de Galilée. Il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui.

Jésus est à Cana où il vient d’accomplir selon Jean son premier signe.

Il y a eu la transfiguration, il y a ce miracle (ce signe) qui montre le lien de Jésus avec Dieu le créateur du monde. Qui est Jésus ? La Transfiguration, les miracles montrent que Jésus, fils de Marie et (pour les habitants de Nazareth) fils de Joseph est Dieu, le Christ. Jésus-Christ ! Marc commence ainsi son évangile :

1,01 COMMENCEMENT DE L’ÉVANGILE de Jésus, Christ, Fils de Dieu.

Cana est en Galilée. Jésus quitte celle ville pour se rendre à Capharnaüm où il habite dans la maison de Simon-Pierre .

On peut dire que Capharnaüm était la ville de Jésus.
Effectivement, d'après les Évangiles, Jésus a quitté Nazareth et s'est installé à Capharnaüm (Mt 4,12), qui est devenu, en quelque sorte, "sa ville" (Mt 9,1). Capharnaüm possédait certainement un double avantage sur Nazareth pour l'activité messianique de Jésus. D'abord, Capharnaüm était un carrefour de première importance par sa situation sur la grand-route Beth-shan - Damas, alors que Nazareth était un hameau montagneux et isolé. De plus, ce carrefour se trouvait assez éloigné des centres importants et spécialement de Tibériade, où Hérode Antipas avait établi sa capitale. Jésus se sentait libre et pouvait ainsi répandre largement son message messianique sans s'attirer trop vite des ennuis de la part des chefs politiques et religieux. Ensuite, contrairement à Nazareth, Capharnaüm avait une population très variée : pêcheurs, cultivateurs, artisans, marchands, publicains, etc., vivaient dans le même village, mais apparemment sans aucune inégalité économique marquante. Même les relations entre les habitants de Capharnaüm et les Romains se caractérisaient par une cordialité surprenante. Un centurion romain avait construit la synagogue pour la communauté juive et, de leur côté, les anciens du village le payaient de retour en plaidant en sa faveur pour obtenir de Jésus la guérison de son serviteur (Lc 7, 1-10). Bref, les habitants de Capharnaüm étaient des travailleurs acharnés, économes et ouverts. C'est à ces gens que Jésus s'adresse, c'est de cette même communauté de Capharnaüm que Jésus choisit la plupart de ses disciples, soit parmi les pêcheurs (Pierre, André, Jacques et Jean) ou parmi les publicains (Matthieu).

Jn 2, 12 Après cela, il descendit à Capharnaüm avec sa mère, ses frères et ses disciples, et ils demeurèrent là-bas quelques jours. 13 Comme la Pâque juive était proche, Jésus monta à Jérusalem.

Jésus est donc à Capharnaüm en famille, avec ses frères (sa parenté), sa mère.
Il y reste quelques jours seulement. Le but de ce déplacement semble être de se rendre à Jérusalem.
Jésus est un homme profondément religieux. Un juif pieux qui suit les obligations cultuelles de sa religion tout en ne craignant pas de s’opposer à elle quand la Loi l’emporte sur la vérité de l’homme. Ainsi, quand l’observation abusive de la Loi empêche la rencontre de Dieu et de l’homme, Jésus n’hésite pas à s’opposer à elle. Face à l’adoration de la Loi (legalolâtrie), il s’oppose avec force, voir violence, à la pratique religieuse juive.
Alors, Jésus séjourne à Jérusalem durant la fête de Pâques. (2,23). Nous le savons, pour la Pâque des Juifs, beaucoup de gens montent des campagnes à Jérusalem pour se purifier (11, 55) afin de pouvoir participer à la fête. Il s’agit  d’une purification rituelle.

14 Dans le Temple, il (Jésus) trouva installés les marchands de bœufs, de brebis et de colombes, et les changeurs. 15 Il fit un fouet avec des cordes, et les chassa tous du Temple, ainsi que les brebis et les bœufs ; il jeta par terre la monnaie des changeurs, renversa leurs comptoirs, 16 et dit aux marchands de colombes : « Enlevez cela d’ici. Cessez de faire de la maison de mon Père une maison de commerce. »

Il s’agit ici des animaux destinés aux sacrifices et des monnaies autorisées pour les offrandes.

Richer Lebeau  écrit :
Aux yeux de tout juif, le Temple est le lieu sur la terre où Dieu a élu résidence et d’où le flot de Sa bénédiction se déverse sur toutes les nations. Mais le Temple n’est pas qu’un lieu de prière, le Temple est un lieu de trafic commercial intense. Aux abords du Temple, une véritable cour des miracles faite d’une foule de mendiants, d’estropiés, d’aveugles et de mutilés, fait la manche. L’endroit s’y prête, ils savent que l’aumône est agréable à Dieu. Des marchands y déchargent leurs chameaux ou leurs ânes ; des porteurs et des commerçants, en quête de raccourcis, le traversent avec leurs troupeaux !

Le Temple est un gigantesque office de change. Du monde entier affluent drachmes et autres sesterces envoyés à Jérusalem par les juifs pieux de la Diaspora. En effet, tout israélite doit s’acquitter du didrachme auprès des prêtres du Temple. Mais frappé d’une effigie païenne, il doit être converti en shekel, la monnaie locale, vierge de toute mention païenne. De quoi faire vivre de nombreux comptables et autres changeurs percevant leurs taxes sur le change de monnaie pure. 

17 Ses disciples se rappelèrent qu’il est écrit : L’amour de ta maison fera mon tourment.

Les disciples éclairent la signification de l’événement en évoquant le psaume 69, 10

Car le zèle de ta maison me dévore, et les outrages de ceux qui t'insultent retombent sur moi.

L’Église primitive a saisi le caractère messianique de ce geste et voit ici une annonce de la Passion. L’emploi du futur le suggère nettement. (L’amour de ta maison fera mon tourment)

18 Des Juifs l’interpellèrent : « Quel signe peux-tu nous donner pour agir ainsi ? »

Aux yeux des Juifs, l’autorité que Jésus s’arroge dans les choses du Temple devait être authentifiée par un acte prodigieux. Ainsi les pharisiens lui demandent un signe qui vienne du ciel (Marc 8, 11).

Mt 12 38 Quelques-uns des scribes et des pharisiens lui adressèrent la parole : « Maître, nous voudrions voir un signe venant de toi. »

Mt 16 01 Les pharisiens et les sadducéens s’approchèrent pour mettre Jésus à l’épreuve ; ils lui demandèrent de leur montrer un signe venant du ciel.

1 Co 1, 22 Alors que les Juifs réclament des signes miraculeux, et que les Grecs recherchent une sagesse, 23 nous, nous proclamons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les nations païennes.

Jésus annonce un signe qui se situe à un tout autre plan que celui de ses interlocuteurs.

Sur terre, en notre monde, à Jérusalem, Jésus est présence de Dieu

19 Jésus leur répondit : « Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai. »

Vraisemblablement Jean puise dans les évangiles synoptiques le contenu de cette annonce sur la destruction du Temple.

En Marc 15, 58 ; 15, 29 on a

58 « Nous l’avons entendu dire : “Je détruirai ce sanctuaire fait de main d’homme, et en trois jours j’en rebâtirai un autre qui ne sera pas fait de main d’homme.” »

15, 29 Les passants l’injuriaient en hochant la tête : ils disaient : « Hé ! toi qui détruis le Sanctuaire et le rebâtis en trois jours, 30 sauve-toi toi-même, descends de la croix ! »

La formule des synoptiques est remaniée en fonction du symbolisme indiquée plus loin : ce sont les Juifs qui abattent le Temple et Jésus a la capacité de le relever en un court espace de temps.

Jn 2, 20 Les Juifs lui répliquèrent : « Il a fallu quarante-six ans pour bâtir ce sanctuaire, et toi, en trois jours tu le relèverais ! »

Note sur le Temple de Jérusalem

La construction de Temple d’Hérode avait commencé en 20-19 av. JC selon Flavius Joseph. L’évangéliste situe l’activité de Jésus en 27-28. À cette date la construction n’était pas achevée, mais l’essentiel était bâti.

L'idée de construire un Temple majestueux en l'honneur du dieu des Hébreux et dans lequel reposerait l'Arche d'Alliance fut formulée par le roi David, mais c'est sous le règne de Salomon qu'elle se concrétisa. Un monument somptueux s'éleva sur la plus haute colline de Jérusalem, sans doute au Xe siècle avant notre ère, et demeura en place jusqu'à sa destruction par les Babyloniens au VIe siècle av. J.-C. Il fut remplacé plus tard par un Second Temple, élevé au Ier siècle av. J.-C. au même endroit par le roi Hérode le Grand. Le deuxième ouvrage fut à son tour entièrement détruit par les légions romaines en 70 ap. J.-C.

L’humanité de Jésus est le lieu de la présence et de la manifestation de Dieu au milieu des hommes. Jésus est donc le véritable Temple et le culte se rattachera désormais à lui.

Jn 1, 14 Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, la gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité.

51 Et il ajoute : « Amen, amen, je vous le dis : vous verrez le ciel ouvert, et les anges de Dieu monter et descendre au-dessus du Fils de l’homme. »

C’est en fonction de la résurrection de Jésus et du don de l’Esprit que les disciples comprennent pleinement les évènements et les paroles de la vie terrestre de Jésus.

C’est la résurrection et le souffle de l’Esprit qui donne de comprendre ce qui fut vu, écouté et entendu.

22 Aussi, quand il se réveilla d’entre les morts, ses disciples se rappelèrent qu’il avait dit cela ; ils crurent à l’Écriture et à la parole que Jésus avait dite.

Lire également :

Jn 12 16 Cela, ses disciples ne le comprirent pas sur le moment ; mais, quand Jésus fut glorifié, ils se rappelèrent que l’Écriture disait cela de lui : c’était bien ce qu’on lui avait fait.

14 26 mais le Défenseur, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit.

15 26 Quand viendra le Défenseur, que je vous enverrai d’auprès du Père, lui, l’Esprit de vérité qui procède du Père, il rendra témoignage en ma faveur.

Les signes accomplis à Jérusalem ne sont pas décrits. Jean tient à souligner que la foi qu’ils ont suscitée n’est pas parfaite.

23 Pendant qu’il était à Jérusalem pour la fête de la Pâque, beaucoup crurent en son nom, à la vue des signes qu’il accomplissait.

Mais, tous ne croient pas. Jésus en a nettement conscience, il ne convient pas qu’on lui raconte des histoires, qu’on le flatte. Les signes accomplis à Jérusalem ne sont pas décrits. Jean tient à souligner que la foi qu’ils ont suscitée n’est pas parfaite.

24 Jésus, lui, ne se fiait pas à eux, parce qu’il les connaissait tous 25 et n’avait besoin d’aucun témoignage sur l’homme ; lui-même, en effet, connaissait ce qu’il y a dans l’homme.

Comme Dieu, Jésus a la connaissance profonde des cœurs. Pour nous en convaincre, lisons l’épisode de la Samaritaine

4, 16-19

16 Jésus lui dit : « Va, appelle ton mari, et reviens. »  17 La femme répliqua : « Je n’ai pas de mari. » Jésus reprit : « Tu as raison de dire que tu n’as pas de mari : 18 des maris, tu en as eu cinq, et celui que tu as maintenant n’est pas ton mari ; là, tu dis vrai. », 19 La femme lui dit : « Seigneur, je vois que tu es un prophète !...

= épisode de la Samaritaine.

Au lieu d’être définitivement acquise, la foi est un cheminement. En ce sens nous ne pouvons qu’être disciples du Bon berger. Suivre Jésus Christ, c’est tout.

Jn 10, 14 Moi, je suis le bon pasteur ; je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent, 15 comme le Père me connaît, et que je connais le Père ; et je donne ma vie pour mes brebis.

 

 

Publié dans évangile

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