L’Union européenne n’a pas d’alternative, sinon affronter la réalité : des milliers d’exilés ont impérativement besoin de trouver un abri

Publié le par Michel Durand

L’Union européenne n’a pas d’alternative, sinon affronter la réalité : des milliers d’exilés ont impérativement besoin de trouver un abri

 

Il y a environ 20 siècles, les Romains de l’Empire entretenaient des limes pour éloigner les Barbares. Aujourd’hui, les ministres européens payent Frontex pour tenir les étrangers à l’écart. Ceci vu d’Europe. À l’échelle de la Terre, les Étatsuniens et leurs satellites s’organisent pour maintenir leur suprématie économique sur l’ensemble de la planète afin que les matières premières nécessitées par leurs industries leur demeurent accessibles à bas prix. Cela tout le monde le sait depuis des années. Mais, bien le voir et le reconnaître est autre chose, car cela remet en cause les bénéfices acquis dans les modes de vie habituels.

Pourquoi la ville de Lyon refuse-t-elle la présence des étrangers dans ses murs ? Tout simplement pour maintenir sa position économiquement avancée au sein d’une société soucieuse de premières places dans le domaine des finances. Dans cette croyance quasi religieuse, ce n’est pas l’humain (et ses besoins) qui est premier, mais la sacrée finance adulée par ses techniciens agissant dans leur temple, les banques. Croissance, croissance, toujours plus de croissance du PIB !

Guillaume Goubert écrit (La Croix du 22 avril 2015) :  « on aura beau mettre en œuvre toutes sortes de politiques pour essayer de réguler les flux de candidats au départ, la pression des migrations restera très forte tant que les écarts de développement demeureront aussi importants. Cela concerne au premier chef les écarts de richesse, mais pas seulement. L'aspiration des migrants est aussi de vivre dans des pays libérés de la tyrannie et de la corruption. Ils veulent pouvoir tenter leur chance dans des sociétés réputées ouvertes à ceux qui travaillent dur. À court terme, il faut certainement agir contre les drames des migrations. Mais, à long terme, la paix du monde se jouera sur la capacité des nations à progresser vers une plus juste répartition des richesses, qu'il s'agisse d'économie ou de démocratie. »

Je partage, avec beaucoup d’autres, cette analyse.

Les techniciens de l’Europe se réunissent pour savoir quoi faire devant le nombre de morts en méditerranée. Vont-ils formuler des propositions pour renforcer les frontières, les rendre imperméables, où vont-ils favoriser le respect de tous les humains ? Assurément, on va renforcer la répression et l’Europe, face aux étrangers connaîtra le sort des Romains face aux barbares. Me voilà donc dans le rôle du prophète de malheur ! Type Jérémie qu’Israël ne voulut pas écouter.

Je repense alors à ce passage d’une homélie de Jean Chrysostome (merci  Guillaume Bady, le traducteur), un texte qui fait penser aux relations de l’État et de l’Église, de la société civile et religieuse : 

Veux-tu te décharger de tout sur l'Église ?

Combien de nos frères sont étrangers ? L'église a une maison commune qu'on appelle hôtellerie : mêlez-vous-en, vous aussi, asseyez-vous devant la porte, recevez ceux qui arrivent ! Si vous ne voulez pas les recevoir dans votre maison, fournissez-leur autrement ce dont ils ont besoin.

- Mais quoi ? dira-t-on. Est-ce que l'Église ne le peut pas ?

- Elle le peut, mais que vous importe ? Qu'ils soient nourris sur les ressources communes de l'Église, quel gain cela peut-il vous apporter ? Si un autre prie, toi, tu ne dois plus prier ? Pourquoi ne dis-tu pas : « Mais quoi ? Les prêtres ne prient-ils pas ? Pourquoi est-ce que moi, je prierais ? »

- Mais moi, dira-t-on, je donne à celui qui ne peut pas être reçu là.

- Donne quand même à celui-là : ce qui nous importe, c'est qu'on donne en toute occasion. Écoute ce que dit Paul : Afin que l'Église suffise aux besoins des femmes qui sont vraiment veuves et qu'elle ne soit pas surchargée (1 Tm 5, 16). Fais comme tu veux, seulement fais quelque chose. Moi je ne dis pas : « Afin que l'Église ne soit pas surchargée », mais : « Afin que toi, tu ne sois pas surchargé ». Par ce raisonnement tu ne feras rien, si tu te décharges de tout sur l'Église. S'il y a une maison commune désignée par l'Église, c'est pour que tu ne tiennes pas ces propos absurdes.

Mais, dira-t-on, l'Église a des ressources à dépenser, de l'argent, des revenus !

- Dis-moi, n'a-t-elle pas des frais ? n'a-t-elle pas des dépenses quotidiennes ?

- Si, dira-t-on.

- Pourquoi donc ne viens-tu pas en aide à sa modestie ? J'ai honte de le dire, et pourtant je ne force personne. Si l'on pense que ces paroles sont justifiées, qu'on fasse pour l'étranger une hôtellerie de sa maison : mets-y un lit, mets-y une table et une lampe (cf. 2 R 3, 10). N'est-ce pas absurde : si des soldats arrivent, vous avez pour eux des maisons toutes prêtes, vous les accueillez avec beaucoup de soin et vous mettez tout à leur disposition, parce qu'en cas de guerre ils vous protègent physiquement ; mais les étrangers, vous n'avez pas où les loger !

Fais mieux que l'Église. Veux-tu nous couvrir de confusion ? Voici ce que tu dois faire : surpasse (l'Église) en générosité ; aie une maison où le Christ vienne ; dis : « C'est ici la cellule du Christ ; cette maison lui est destinée. » Même si c'est une demeure toute simple, il ne la dédaigne pas. Nu et étranger, le Christ voyage, il a juste besoin d'un toit : fournis-lui ne serait-ce que cela. Ne sois pas cruel et inhumain, ne sois pas si fervent pour les choses matérielles et si froid pour les spirituelles. » Homélie sur le Actes des Apôtres.

Selon le Syndicat de la Magistrature, l’Europe demeure froide sur le plan humain, donc spirituel.

« L’Union européenne n’a pas d’alternative, sinon affronter la réalité : des milliers d’exilés ont impérativement besoin de trouver un abri. En vertu de son histoire, en application des principes sur lesquels elle a fondé sa construction, en respect de ses engagements internationaux, l’UE se doit non seulement de les accueillir, mais de mettre en œuvre toutes les mesures utiles pour sécuriser leur voyage vers nos frontières. Cela suppose, au-delà du nécessaire devoir de sauvetage de celles et ceux qui sont contraints de prendre des risques inouïs pour traverser la Méditerranée, de prévoir l’ouverture de voies légales de migration pour leur éviter d’avoir à mettre leurs vies en danger. »

Découvert en dernière minutes : le syndicat des avocats Quant au mot « accueil », il ne fait pas partie du vocabulaire des chefs de gouvernement. 

Publié dans Politique

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