Tu honores le Corps du Christ ? Ne le méprise pas lorsqu'il est sans-abri. Ne l'honore pas dans le culte en le laissant dans le froid

Publié le par Michel Durand

Lyon : Messe chrismale 2015 à la cité internationale à Lyon, source : Riposte catholique

Lyon : Messe chrismale 2015 à la cité internationale à Lyon, source : Riposte catholique

Pour la rencontre eucharistique de cette semaine sainte, l’office chrismale, à l’amphithéâtre 3000, Parc de la Tête d’or (Lyon), ce fut grandiose. Très belle liturgie. Aucune faute, si ce n’est un petit problème de micro vite réglé, avec humour. Nous avons tous beaucoup prié pour tous, notamment pour les plus pauvres, les victimes des guerres, les chrétiens de Syrie. Et il y avait beaucoup de fidèles : pas moins de 6000, ai-je entendu. Allégresse !

Nous avons de nombreuses fois été exhortés à la mission. Aussi je me suis dit : et si maintenant, chaque membre de cette foule prenait l’engagement de rencontrer un sans-papier, un émigré, un sans-abri, un parqué à la frontière… l’Évangile trouverait chair dans notre corps. Il n’y aurait plus de famille à dormir dans la rue suite à la fin de la trêve hivernale. Il n’y aurait plus d’immeuble vide, d’Hôtel-Dieu vide destiné à être hôtel de luxe, d’école municipale vide, de maison religieuse vide ou sous occupée etc. …

Saint Jean Chrysostome nous dit : « Tu veux honorer le Corps du Christ ? Ne le méprise pas lorsqu'il est nu. Ne l'honore pas ici dans l'église, par des tissus de soie tandis que tu le laisses dehors souffrir du froid et du manque de vêtements. Car celui qui a dit : Ceci est mon corps, et qui l'a réalisé en le disant, c'est lui qui a dit : Vous m'avez vu avoir faim, et vous ne m'avez pas donné à manger, et aussi : Chaque fois que vous ne l'avez pas fait à l'un de ces petits, c'est à moi que vous ne l'avez pas fait. Ici le corps du Christ n'a pas besoin de vêtements, mais d'âmes pures ; là-bas il a besoin de beaucoup de sollicitude. Apprenons donc à vivre selon la sagesse et à honorer le Christ comme il le veut lui-même. Car l'hommage qui lui est le plus agréable est celui qu'il demande, non celui que nous-mêmes choisissons. Lorsque Pierre croyait l'honorer en l'empêchant de lui laver les pieds, ce n'était pas de l'honneur, mais tout le contraire. Toi aussi, honore-le de la manière prescrite par lui en donnant ta richesse aux pauvres. Car Dieu n'a pas besoin de vases d'or mais d'âmes qui soient en or. »

Voilà, pendant cette si belle et parfaite eucharistie de plus de deux heures, je me suis sans cesse rappelé les courriels reçus à la suite du début de la fermeture des logements liés « au plan froid ».

En voici quelques-uns

Comme prévu, les SOS affluent ! Où trouver un logement ?

Marie-Hélène Gaudin, disposée de coordonner les réponses éventuelles transmet un appel :
<< malgré toute notre bonne volonté et de nombreux coups de téléphone, nous n'avons pas de réponse positive... Ils seront à la rue dans 36 h...
Nous sommes toujours à la recherche d'un logement solidaire. Cette famille et ces deux enfants de 4 ans et 5 mois doivent quitter leur hôtel le 1er avril au matin.
Toutes les pistes sont bonnes à prendre... >>

Gilberte Renard de même :
<< Il y a une famille tunisienne dont la maman a accouchée donnant naissance à une petite fille prématurée et elle a fait un AVC, le papa dort dans sa voiture et l'administration veut mettre la petite soit dans une pouponnière ou une famille d'accueil. Pour les cartes de séjour des parents, nous nous en occupons (C.G.T. sans papiers) mais nous n'avons pas de logement près de Hôpital Henri Gabrielle. >>

Et encore, cette demande :
<< Je vous contacte au sujet d'une famille qui m'inquiète beaucoup. Des familles qui m'inquiètent beaucoup, en ce moment, il y en a beaucoup. Mais celle-ci sort du lot et je ne sais pas quoi faire pour lui venir en aide. Je ne vous ai jamais sollicité, car je sais que vous avez votre lot de personnes en détresse. Mais cette fois, vous êtes les derniers vers lesquels je me tourne... C'est une dame congolaise, seule avec deux enfants en bas âge, dont le petit âge de 6 mois. Le fils ainé de 12 ans est placé. Cette dame est déboutée d'asile, elle fait une réouverture Ofpra avec Cimade. Entre temps, pas de bol, elle a reçu l'OQTF.
C'est une situation qui nous touche énormément, nous, tous les travailleurs sociaux. La femme est jeune, très fragile, elle passe son temps à pleurer sur son petit bébé. Elle a voulu se retourner dans le pays, mais sa famille lui interdit ! Son bébé a un père congolais qui a un titre de séjour, donc l'enfant n'est pas français. Elle doit sortir tout à l'heure du Cada, pour quelques nuits d'hôtel à Villeurbanne, à l'hôtel d'Alsace. Ensuite c'est la rue. Je crains un acte désespéré de sa part. J'ai parlé avec une assistante sociale qui propose comme unique solution de placer les deux petits enfants. Or, madame dit qu'elle va mourir si on la sépare de ses deux enfants. La dame a demandé de l'aide au prêtre de la paroisse à Fontaines St-Martin, mais il ne lui a pas proposé de solution d'hébergement. La 115 non plus. Aujourd'hui toutes les familles avec des enfants de moins de 5 ans, maintenues dans les Cada pendant la trêve hivernale, doivent sortir. Dès ce soir et pour les mois qui arriveront, le 115 sera débordé d'appels de détresse, qu'elle devra laisser sans réponse. Nous sortons 4 familles avec des enfants en bas âge aujourd'hui, mais les autres, au moins, ont un père de famille. Or cette dame est complètement seule. Elle nous fait vivre sa détresse au plus profond de nous. Trouver une solution pour elle c'est la sauver d'un acte irréparable.
Si vous avez avec votre réseau connaissance de religieuses, ou de personnes qui pourraient l'épauler, même pour quelque temps, il serait, comment dire, vital, pour cette dame et ses deux enfants.
Avec mes meilleurs sentiments. >>

Assurément ces situations sont nombreuses. Le cas par cas humanitaire indispensable (ou la BA de charité) doit être accompagné d'une action politique (à mon avis et à suivre).

Publié dans Eglise, Politique

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