Qui oublie que le sacrifice de Celui qui, étant divin ne retint pas le rang qui l'égalait à Dieu, est celui qui s'anéantit lui-même ?

Publié le par Michel Durand

Photo de Claire Artémiz

Photo de Claire Artémiz

Voici l’agneau de Dieu

 

Croix d’exaltation

Dans les premiers de l’Église du Christ, la croix, instrument romain de torture, n’était jamais représentée. En effet, les chrétiens des premiers siècles privilégiaient la gloire de la résurrection, l’Ascension du Fils auprès du Père ; et tout disciple était invité à rejoindre cette gloire divine.

Comment représenter l’exaltation auprès de Dieu ? L’imagination des artistes tourna les regards vers les trophées des victoires militaires ; alors, dans une couronne de laurier, s’inscrivit la rencontre d’un pieu sur lequel fut attachée une barre transversale. Le pieu représentait le tronc d’arbre solidement immobilisé en terre et la poutre transversale, le bois que le supplicié portait. La croix ainsi formée était glorieuse, victorieuse. L’instrument de torture qui engendra la mort de Jésus fut exclusivement vu comme la chance de la rédemption, de l’entrée dans le bonheur du royaume céleste. Les historiens d’art parlent de Croix glorieuse, aux extrémités évasées, garnies de pierres précieuses. Une croix centrée couronnée de lauriers comme l’était l’empereur romain vainqueur de l’ennemi.

Mais il ne fallait pas oublier les blessures du supplicié

Ce n’est que vers le VIe siècle que la croix-torture fit son apparition, d’abord timidement, puis très explicitement : au début les yeux ouverts regardant devant lui, le Christ fut représenté, depuis le XIe siècle, mort, complètement affaissé dans la douleur, les yeux clos.

C’est cette forme iconographique que Claire Artémiz a choisie de photographier à juste titre. Sans le savoir peut-être, mais la logique de la réflexion pousse dans ce sens. La victoire sur la mort, passe par la mort. Mystère de la résurrection que résume très justement le titre : Don d’amour. De l’Agneau de Dieu aux Blessures sacrées.

Dans mon homélie du 19 janvier 2014 (je me permets de reprendre ce texte), j’ai abordé la question de l’Agneau de Dieu pour expliquer le désir universel du vivre mieux, de marcher vers un monde meilleur. Je reprenais alors ce qu’écrivait Paul VI en 1967 pour évoquer les aspirations des hommes en exil de chez eux : « être affranchis de la misère, trouver plus sûrement leur subsistance, la santé, un emploi stable ; participer davantage aux responsabilités, hors de toute oppression, à l’abri des situations qui offensent leur dignité d’hommes ; être plus instruits ; en un mot, faire, connaître, et avoir plus, pour être plus » (Populorum progressio, 26 mars 1967, n. 6). « Avoir plus » non pour s’enrichir financièrement, mais pour sortir de la misère ; car dans l’extrême pauvreté, il est héroïque –pour de ne pas surhumain- d’être plus ». C’est pour tout cela, pour donner à l’Homme d’être plus, que Dieu est sorti de son Être de Gloire dans un mouvement d’incarnation en l’Homme, ce Jésus que Jean-Baptiste désigne ainsi : « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ».

Don d’Amour – Agneau de Dieu

Jean (le Baptiste) réalise que son cousin, Jésus, est le Messie et qu’il a une mission libératrice. Comme le peuple fut libéré de l’esclavage en quittant l’Égypte, ainsi l’humanité tout entière sera sauvée.

Au seuil de la mer Rouge, il y avait le rite concret de l’agneau immolé. On peut dire que c’est le sang de l’agneau qui avait libéré le peuple en Égypte, figure, image de tout esclavage. Jean prophétise en voyant en Jésus l’agneau libérateur apte à délivrer les hommes de leur incapacité à connaître Dieu.

Agneau de Dieu. Ebed Yahvé.

Dans la langue des Galiléens, le mot agneau, ebed, est le même que le mot serviteur. Jésus est tout aussi bien l’agneau que le serviteur de Dieu. Mais si, dans l’Ancienne Alliance, Dieu opère la libération d’un peuple particulier, Jésus est le libérateur de tous les êtres humains, de tous les peuples. Universelle, sa mission s’adresse à tous et à toutes.

La figure de l’ebed Yahvé est donc essentiellement liée au pardon. C’est à travers ce personnage énigmatique, qui substitue sa souffrance à nos péchés, que le pardon est annoncé et réalisé.

 

Blessures sacrées

Dans la nouvelle alliance, la figure de l’Ebed Yahvé s’est fondue avec celle du Fils de l’Homme. Effectivement, le livre de Daniel montre que le Fils de l’Homme représente tout ce qui vient du Très haut par qui arrive le règne céleste, le bonheur de la gloire sans fin. Par lui, nous nous dirigeons vers l’humanité aboutie, rachetée, libérée, pardonnée, fortifiée, Il est en même temps le juge qui discerne par les actes des hommes ce qui est mauvais, donc à supprimer, et ce qui est bon donc à magnifier. Il est juge, mais aussi le roi qui réalise ce qui doit être. Par lui, on obtient le bonheur véritable de la fin des temps.

Voici l’agneau de Dieu aux blessures sacrées !

Sacrées, oui, par tout le poids de victoire qu’elles apportent ; et personne ne peut oublier que le sacrifice de Celui qui, « étant de condition divine ne retint pas jalousement le rang qui l'égalait à Dieu. Mais il s'anéantit lui-même, prenant condition d'esclave, et devenant semblable aux hommes. S'étant comporté comme un homme, il s'humilia plus encore, obéissant jusqu'à la mort, et à la mort sur une croix ! » (Philippiens 2, )

Toutes les photos de Claire Artémiz conduisent vers cette méditation, c’est au moins ce que j’ai ressenti quand j’ai vu l’ensemble des prises de vue aux éclairages suggestifs. 

Qui oublie que le sacrifice de Celui qui, étant divin ne retint pas le rang qui l'égalait à Dieu, est celui qui s'anéantit lui-même ?

Publié dans Bible, Témoignage, Art

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