Ils sont jetés à la rue, réfugiés sous les ponts, alors que les immeubles vides de l’Etat devraient s’ouvrir pour accueillir les migrants

Publié le par Michel Durand

Devant la préfecture de Lyon, 4 juin 2015 vers 19 h - Photo Dominique Menvielle, Le Progrès

Devant la préfecture de Lyon, 4 juin 2015 vers 19 h - Photo Dominique Menvielle, Le Progrès

Alors qu’une fois de plus, la Coordination Urgence Migrants a déniché des logements provisoires pour des personnes en attente de vivre en France, alors que nous savons tous que ces dépannages ne sont pas vraiment souhaitables car à court terme, soutenue par un rassemblement d’un centaine de personnes, une délégation a été reçue par le préfet de Lyon. Un membre de cette délégation commente ce rassemblement et l’entretien que nous avons pendant une heure : « je me dis que nous n'avons pas perdu notre temps, aussi bien dedans que dehors. Il faut que nous arrivions à mettre des personnes dans des logements dignes...  Il le faut, car c'est ainsi que nous ferons changer la Politique de l'immigration... en devenant des exemples d'occupation (d’accompagnement). Il faut que l'on se fasse aider ».  Ne pas s’installer dans le coup par coup pour assurer un suivi dans le long terme, ainsi avec la scolarisation des enfants selon la pratique de CLASSES.

Je donne ci-dessous l’article du Progrès et indique un lien vers le Libération dont l’article donne à saisir la situation à Decines.

Pour l’instant, voici le texte du communiqué remis à la préfecture de Lyon.

Terre d’asile ?

Suite à nos engagements pour accompagner les personnes, familles et célibataires, jetées à la rue par l’État français vers mi-avril 2015, il nous faut dire pourquoi nous durons dans cette présence.

- Dans un pays où la circulation des marchandises est une loi évidente de l’économie, nous estimons que la libre circulation des personnes doit être garantie pour tous.

- Les actuels modes de gouvernance sont orientés par la croyance en un progrès technique et économique sans fin. La croissance du PIB est un absolu. À cette illusion nous objectons en plaçant en première ligne la croissance humaine. Celle-ci est accompagnée de solidarité, voire de fraternité. Devise de notre République.

- Les choix économiques faits par certaines entreprises d'une part, et les choix politiques de certains pays d'autre part, favorisent les inégalités entre pays et à l'intérieur d'eux. Ces inégalités forment un terreau propice à l'existence de guerres et de misère, et poussent chaque année des personnes à s'exiler de leur terre natale. Le phénomène migratoire est un corollaire de notre mode de vie et de celui de nos sociétés, nous partageons donc la responsabilité de l'accueil des migrants.

- Les expulsions d’immeubles s’exécutent sans qu’il y ait proposition de relogement, “l’État n’étant pas tenu à loger ceux qui ne sont pas légalement présents sur le territoire français“. Pourquoi, ne pas agir dans le sens du Droit au logement opposable ? On dit qu’il n’y a pas de logements. Cette affirmation est mensongère. La longue liste des immeubles d’appartements vides et de logements possibles le prouve.

- Quand nous avons constaté, début avril, que les personnes étaient ignorées au pied de l’immeuble et du terrain qui venait d’être évacué, nous avons réalisé que nous ne pouvions les laisser aux dangers, inconforts et intempéries de la rue. Une première solution d’urgence fut trouvée, courte, grâce à la bienveillance d’un directeur d’école. Puis une deuxième, plus longue qui permettait de voir une possible solution humaine. Notre espérance était l’ouverture d’un nouveau squat avec l’aimable complicité d’un propriétaire, l’intelligence simplement humaine des pouvoirs publics apte à ouvrir les locaux vides ou sous occupés : écoles, casernes, logements d’enseignants de l’enseignement public, immeubles privés ou  non, vides depuis de longues années et, de ce fait réquisitionnables.

- Dans ce laps de temps, nous espérions que des militants habiles en ce domaine trouveraient des solutions. Hélas, ce ne fut pas le cas. Ceci constaté, nous tenons à préciser que le départ des personnes « abritées » dans le local industriel de Décines, n’est aucunement une expulsion. Certains voudraient faire porter « aux curés » la responsabilité de ce départ et leur faire porter l’initiative gouvernementale des OQTF.  Ce n’est que regrettable désinformation. Les OQTF prononcées contre la majorité des personnes expulsées de leur lieu de vie datent de plusieurs mois, semble-t-il. Ce n’est donc pas à la suite des expulsions qu’elles furent prononcées. Le terrain fut mis à disposition pour un mois, invitant les occupants à trouver des solutions. Ce temps passé, les personnes non accueillies par l’État se retrouvent dans la situation qui leur étaient imposées par l’État  début avril.

- Nous saluons chaleureusement et admirons les citoyens français qui ont accueilli, qui accueillent chez eux, des familles, des hommes, des femmes soumis à une grande détresse. Ils accomplissent ce que leur conscience leur indique et suppléent ainsi les carences de l’État. -- Parlons de l’État.

L’État dit appliquer la loi. Le préfet indique qu’il n’a rien d’autre à faire que de veiller à l’application de la loi, car si ce n’était pas ainsi, ce serait le chaos ; or le chaos n’est jamais acceptable. « Nul n’est censé ignorer la loi ». Certes, mais la Loi dont on parle à la préfecture n’est pas celle du Droit universel respectant l’Homme. C’est la relative loi de la politique gouvernementale d’un État dont on constate les incohérences européennes, qui ont été plusieurs fois condamnées.

- Ce que l’on observe aujourd’hui : non prise en compte des situations de maladies ; non-écoute des attentes d’enfants scolarisés, bien intégrés dans leur école ; non-attention du danger rencontré dans le retour au pays d’origine ; non-regard systématique de la dimension humaine de chaque personne ; non prise en compte des besoins élémentaires de personnes jetées à la rue par les forces de l’ordre… ne peut qu’interroger notre conscience et nous solliciter à ne pas suivre des directives qui s’opposent aux droits humains fondamentaux.

 

Voilà ce qui nous incite à durer dans l’accompagnement des personnes en grande détresse par le non-accueil de la France. Désormais, il n’est plus possible de parler de la France, terre d’asile et, en conscience nous ne pouvons que nous opposer à la politique irrespectueuse actuellement menée.

Coordinations Urgence MigrantsLe jeudi 4 juin 2015

Une centaine de personnes rassemblée en soutien à des migrants albanais

Le Progrès de Lyon, 5 juin 2015
Dominique Menvielle :

« Certains ont du mal à comprendre que ces gens sont des réfugiés. Or contrairement à ce que considère l’Office français de protection des réfugiés et apatrides, l’Albanie et le Kosovo ne sont pas sûrs. Ce sont des pays de non droit, où règnent des systèmes mafieux ». Etienne Béchaux qui appartient à la Coordination Urgence migrants mentionne les blessures dont portent encore la marque certains migrants. Raconte la peur manifestée par leurs enfants à la perspective de devoir retourner dans leur pays.

Plus globalement, hier soir, devant la préfecture, les soutiens aux quelque160 migrants albanais, kosovars, serbes, passés, depuis 2013 de squats (boulevard Yves-Farge) en usine désaffectée (Décines), et maintenant en campings mais aussi en institutions religieuses pour les plus malades et les plus jeunes, ont dit être « à bout de souffle et de solutions ». Ont mis l’accent aussi sur le fait que « la politique menée n’est pas la bonne » puisqu’elle fait fi du droit au logement, de l’obligation de scolarisation, de la circulaire d’août 2012 qui prévoit un hébergement d’urgence dans le cadre d’une expulsion.

Une délégation a été reçue par le préfet qui, en début de semaine, rappelait que les personnes visées par une obligation de quitter le territoire (60% de ces migrants), devaient rentrer chez elles, dans le cadre d’un retour aidé.

Publié dans Politique

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