Pour plus de liens ! Voilà la vraie décroissance et non la décroissance par peur d'une catastrophe

Publié le par Michel Durand

Les décroissants appellent à un mode de vie plus sobre, pour économiser les ressources naturelles. - (MaxPPP)

Les décroissants appellent à un mode de vie plus sobre, pour économiser les ressources naturelles. - (MaxPPP)

Source de l'image - Alors que le gouvernement attend la croissance désespérément, d’autres défendent la sobriété économique. 

Claude Hénocq dont j’ai publié le 19 août sa page des courriers des lecteurs de La Vie et à qui j’ai envoyé le numéro de la revue de la famille du Prado, Quelqu’un parmi nous, N° 223, La sobriété, m’envoie quelques commentaires que je publierai assurément dans le prochain numéro du trimestriel pradosien. Cela me plait de le donner à lire dès maintenant alors que nous devons être nombreux à nous préparer à participer aux assises chrétiennes de l’écologie.

 

Claude : Bonjour.

Merci d'abord de votre envoi que j'ai lu attentivement. J'ai notamment apprécié votre esprit "famille" et le contenu des interventions... Par elles, c'est aussi une manière d'alimenter ma foi. Je me permets d'ajouter quelques remarques personnelles qui ne sont d'ailleurs pas contradictoires avec ce que j'ai lu :

- sur les limites de la sobriété :

En tant que Chrétien, c'est d'abord l'exemple de ma vie qui fait témoignage. Mais si je veux que la sobriété matérielle que je recherche soit comprise, il faut qu'elle soit positivement perçue. Dans l'Évangile, par exemple, je sens bien que l'extrême sobriété affichée par Jean le Baptiste (vêtu d'une peau de bête, se nourrissant de sauterelles et de miel sauvage) ajoutée à sa façon rude de considérer les faiblesses des autres, leurs péchés (les religieux de l'époque sont traités d'engeances de vipères) ont fermé la communication. [Conséquence ?] Finalement, il crie dans le désert.

Au contraire, autre exemple, la sobriété simple adoptée par notre pape, très éloignée du dénuement radical d'un saadou, fait qu'il est écouté, voire admiré même par ceux qui ne croient pas ou qui croient ne pas croire, les misérables comme les puissants. Et comment pourrait-on accueillir la pauvreté si l'on ne partage en aucune façon la pauvreté pour soi-même ? Je pense donc qu'il faut du discernement pour bien doser son degré de sobriété.

- sur la contrepartie de la décroissance :

Toujours en tant que Chrétien, je ne peux comprendre la décroissance matérielle sans sa contrepartie : l'élévation de la personne, de sa conscience individuelle et collective, de la conscience spirituelle, le refus de l'abrutissement individuel et collectif. Si l'on s'en tient à une approche matérielle, même renforcée par une hypothétique peur du lendemain, on reste dans le matériel et l'argument lapidaire très souvent opposé aux tenants de la décroissance ("tu veux nous faire revenir à l'âge des cavernes !") me paraît dans cette perspective soutenable. Mais c'est précisément cette contrepartie qui justifie une certaine décroissance matérielle. Il nous faut donc la mettre particulièrement en valeur parce qu'elle est dès à présent bénéfique pour chacun et pour tous. C'est cette autre croissance évoquée par vos intervenants qui importe, pas la décroissance pour elle-même, pas la décroissance par peur d'une catastrophe plus ou moins lointaine, hypothétique et peu ressentie dans le maintenant.

- Chrétien... Citoyen

Comme citoyen, je me vois dans l'action organisée efficace, dans les projets construits, dans le traitement des dossiers, dans l'engagement partisan, etc. Comme Chrétien c'est toute autre chose : idéalement la force du Chrétien se loge dans sa faiblesse. Il sème des graines par l'effort d'exemplarité de sa propre personne, son regard bienveillant sur ce qui est autre. La fructification, en lui-même et en dehors de lui-même, ne lui appartient pas. "C'est l'Esprit qui fait vivre" rappelait l'évangile de ce dimanche et le pape François a très bien exprimé cette vérité d'humilité dans "la joie de l'Évangile" (N°279). Une élue écolo, qui s'est déclarée non croyante, a gentiment réagi sur la dernière phrase de mon courrier à La Vie (je reconnais la maladresse, mais ce n'est pas complètement infondé). Elle m'a fait observer qu'elle se coltinait les dossiers, qu'elle travaillait pour le bien commun alors que le pape, bien qu'approuvant son initiative, se trouve dans une position très confortable : on ne lui demande rien. Est-ce si confortable de faire totalement abstraction de soi-même, d'avancer sans souci de l'efficacité, de s'abandonner dans une relation confiante à Dieu, d'orienter l'humanité plutôt que de traiter des questions de surface ? Cela dit, un chrétien  est aussi un citoyen ; mais personnellement, je hiérarchise les rôles : d'abord Chrétien, citoyen ensuite... au regard de ma foi.

Cordialement, Claude HENOCQ 

 

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