L’importance de la transgression dans l’art contemporain

Publié le par Michel Durand

Anish Kapoor chez Le Corbusier

Anish Kapoor chez Le Corbusier

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Je dédie cette page aux personnes qui ont suivi mes cours donnés au sanctuaire de Saint-Bonaventure sur l’art contemporain. Cette année, en lien avec la 10ème biennale d’art sacré actuel : Demain, nous réfléchissions sur ce thème : que sera « la vie moderne en regardant demain ». En voici la présentation :

De l’art contemporain - notamment à la Biennale d’Art Contemporain (BAC) - à l’art actuel - à la Biennale d’Art Sacré (BASA) - les plasticiens montrent, parfois prophétiquement, ce que sera le futur de l’humanité. Ils donnent à voir comment les heureuses inventions humaines ou les menaces émanant de leurs activités techniques ne peuvent laisser indifférent. Leurs œuvres appellent les indispensables réponses spirituelles que nécessite la crise écologique. Au cours des séances, nous expliquerons à l’aide de diaporamas le sens des concepts “actuel” et “contemporain” ainsi que la démarche artistique des créateurs.

Danielle Stéphane, commissaire de la BASA 2015, suite à la première séance m’a donné à écouter une conférence, enregistrée sur You Tube, de Nathalie Heinich. Je vous invite à l’écouter. Une heure trente qui ne sera pas du temps perdu.

À la suite de cette audition, vous serez à même de suivre le dialogue que nous avons eu, via quelques courriels, au sein du service de l’Église, Arts, Cultures et foi.

J’adhère totalement à la présentation de Nathalie Heinich. Si je l’avais écoutée avant de m’exprimer sur ce sujet de l’art contemporain, j’aurais certainement été plus clair dans la distinction, art classique, art moderne et art contemporain. Parler du paradigme de l’art contemporain simplifie vraiment l’approche de l’art d’aujourd’hui. Et, si l’on doit se reconnaître encore partisan de l’art moderne, pourquoi ne pas l’admettre ?

Sociologue, Nathalie Heinich observe ce qui est, sans se préoccuper de ce que sera la création artistique. Militant, plus qu’universitaire, je souhaite, me semble-t-il, promouvoir un art actuel qui serait porteur de la dimension spirituelle habitant inévitablement l’homme. En ce sens, je suis très attentif à l’objet créé et placé dans un espace muséal. À l’opposé, Nathalie Heinich met tellement l’accent sur le récit, la description de l’installation de la « chose » mise en situation artistique (ce que j’appelle le récit philosophique – mais qui en fait, n’est que narration de l’intention de l’auteur), qu’elle va reconnaître que l’objet peut disparaître, « l’œuvre » restant dans le discours partagé par les regardeurs.

Enfin, je vous laisse écouter.

 

Dialogue autour de l’art contemporain suite au texte de Patrick, envoyé par Gilbert au groupe d’arts, cultures et foi, après une visite des œuvres d’Anish Kappor exposées au Couvent des dominicains (publié hier).

Danielle : Merci, Gilbert, pour ce texte. Je n’ai pas encore vu la Tourette et j’ai hâte d’y aller.

Michel, voici une réponse personnelle à la conférence-débat sur l’art contemporain donnée à la Bibliothèque Gerson : la présence de Dieu dans l'art contemporain : je ne suis pas sûre que l’objet se suffise à lui-même : il tient compte du spectateur, appelle à une sorte de dialogue.

Je ne connais pas encore bien Kapoor mais généralement j’aime ses œuvres et le buzz de Versailles fait partie des dérives de l’art contemporain, de la perversion du système actuel où les institutions cautionnent - et paient avec l’argent des citoyens - des œuvres qui devraient prendre le risque d’être autonomes. De plus, un artiste n’est pas toujours au top de sa forme et je ne suis pas persuadée que le « Dirty corner » soit un chef d’œuvre.

L’art contemporain transgresse les règles de tous ordres ; ok, mais : le hic, c’est que les transgresseurs ne prennent pas beaucoup de risques, car ils sont cautionnés par les institutions (entre autres).

J’ai regardé hier sur You tube une conférence très intéressante de Nathalie Heinich, sociologue, sur l’art moderne et l’art contemporain. En restant neutre, elle explique ce qu’ils sont et elle souligne justement ce côté pervers des institutions qui paient le luxe des transgressions.

Je ne vois pas comment notre société peut avancer en érigeant en règle la transgression !

- Gilbert : Un grand merci à toi, Danielle, pour cette référence à cette conférence sur You tube de Nathalie Heinich qui est remarquable et où elle explicite ce qu'elle appelle "le paradigme de l'art contemporain", autrement dit le modèle pas toujours conscient qui est à l'œuvre dans cette forme d'art.

Elle note comme première forme de ce "paradigme" l'importance de la transgression, et que cette transgression porte en particulier sur la notion d'œuvre d'art, sur la frontière entre art et non-art. (cf le ready made de Duchamp, bien développé par Michel dans sa conférence vendredi). Expérience des limites et transgression des frontières, du bon goût, de ce qui est authentique, de la morale avec le blasphème, et du juridique, les procès se multiplient.

Elle apporte un point de débat intéressant avec ce qu'a dit Michel, quand il a dit qu'en art contemporain l'objet se suffit à lui-même. Nathalie Heinich précise qu'en art contemporain l'œuvre ne réside pas dans l'objet proposé par l'artiste, mais dans l'ensemble des discours, des actes et de tout ce que cette proposition entraîne. Ce qui fait œuvre, dit-elle, c'est l'idée et le geste d'aller proposer un objet du monde ordinaire comme une œuvre d'art. L'œuvre peut résider dans l'idée. D'ailleurs "le concept" est devenu un des genres principaux.

Elle dit aussi qu'aux étudiants des beaux-arts, on leur apprend que le discours est très important : savoir tenir un "discours" sur son projet artistique, c'est ce qu'on demande en premier à un jeune artiste.

C'est un point qui m'intéresse tout particulièrement. On pourrait par exemple travailler le texte du commissaire de la Biennale de Lyon de cette année sur "La vie moderne".

Si vous avez un peu de temps (durée 1h30), écoutez cette conférence sur You Tube, elle y développe aussi les différents "sous-genres" de l'art contemporain : la performance, le minimalisme, l'installation. Elle n'élude pas la question de l'argent et des records dans les salles de vente. Éclairant !

- Michel : Sur le sujet du Marché de l’art contemporain, de la côte financière de l’art, je conseille la lecture d’une page de Artprice.

- Pierre : Il est également intéressant de pouvoir accéder au dossier publié en septembre 2013 par la Revue Books, dossier intitulé "LE GRAND BLUFF DE L'ART CONTEMPORAIN" qui comporte deux articles copieux, et deux entretiens :

- Premier article : "N'y a-t-il donc rien d'autre à voir ?" de Mark Kingwell
- Deuxième article : "Six dogmes pour un non-art", d'Avelina Lesper
- Un entretien avec Jean-Philippe Domecq : "Un "dérangeant" devenu politiquement correct".
- Un entretien avec Nathalie Heinich : "Un dialogue de sourds".
Je ne peux vous résumer ce dossier (19 pages !), mais je peux vous en amener une copie. Le voici, ci-dessous, en pdf.

- Danielle : Et je trouve admirable que Nathalie Heinich ne donne absolument pas son avis : nous ne savons pas si elle apprécie ou non l’art contemporain.

Discussion passionnante en prévision, peut-être !…

document ayant la marque jaune due à Pierre qui l'a communiqué

Publié dans Art

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