Devenir vraiment les fils et filles de notre Père – se reconnaître frères en Jésus Christ

Publié le par Michel Durand

Le 27 décembre 1983, Jean-Paul II s’était rendu dans la prison romaine de Rebibbia pour rencontrer Ali Agca – qui avait tenté de l’assassiner en mai 1981 – et lui accorder son pardon.
Le 27 décembre 1983, Jean-Paul II s’était rendu dans la prison romaine de Rebibbia pour rencontrer Ali Agca – qui avait tenté de l’assassiner en mai 1981 – et lui accorder son pardon.

Le 27 décembre 1983, Jean-Paul II s’était rendu dans la prison romaine de Rebibbia pour rencontrer Ali Agca – qui avait tenté de l’assassiner en mai 1981 – et lui accorder son pardon.

Dimanche ; je me trouve à la récollection de la famille du Prado organisée par et pour les laïcs “pradosiens”. Nous lisons ce passage de Mathieu 5, 43-48, qu’il faut, bien sûr, intégré à tout son contexte :

Vous avez appris qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Eh bien ! moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent, afin d’être vraiment les fils de votre Père qui est aux cieux ; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, il fait tomber la pluie sur les justes et sur les injustes. En effet, si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous ? Les publicains eux-mêmes n’en font-ils pas autant ? Et si vous ne saluez que vos frères, que faites-vous d’extraordinaire ? Les païens eux-mêmes n’en font-ils pas autant ? Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait.

Jean-Luc donne sa méditation. J’en parle ici, car je trouve en elle un excellent complément à ce que j’écrivais samedi.

Nous sommes au cœur du sermon sur la montagne. Après les « Béatitudes » et l'appel des disciples à être « Sel de le terre et Lumière du monde », Jésus reprends plusieurs points de la Loi pour nous inviter à passer d'une application légaliste à un au-delà de la justice des hommes. Il nous invite à un dépassement qui conduit à une conversion plus intérieure, qui touche, ce qui dans nos pensées, précède le passage à l’acte (tuer, violer, mentir, se venger). Il nous propose ni plus ni moins un chemin de sainteté.

Par 6 fois nous entendons Jésus nous dire :
« Il vous a été dit... Et moi je vous dis. »

« Ne te mets pas en colère contre ton frère...
« Ne regarde pas une femme comme un objet de ton désir...
« Ne renvoie pas la femme...
« Ne fais pas de serment par le Ciel, ne jure pas sur ta tête... Que ton oui soit oui et ton non soit non...
« Ne riposte pas au méchant... S'il te gifle tends l'autre joue... »

Ce matin nous nous arrêterons sur la 6éme interpellation qui semble la plus radicale et la plus difficile à vivre. « Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent »

Mais regardons en premier lieu le but de ces 6 interpellations.

« Vous donc, soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. »

Mais pour qui nous prend Jésus ? Qui peut prétendre atteindre la perfection de Dieu ? Face à cela deux attitudes : C'est bon laisse tomber, il demande trop. C'est impossible.

Ou bien, plus humblement, crier vers le Seigneur : « Viens à mon aide, car je suis un homme pécheur. »

Car le chemin du pardon passe par une remise de soi au Père qui seul peut par son Esprit nous faire devenir fils à l'image de ce qu'a été Jésus. Sur la croix Jésus n'a pas dit : « je pardonne à ceux qui m'ont crucifié » ; il a dit « Père pardonne leur, ils ne savent pas ce qu'ils font. »

Je peux donc dans un premier temps demander à Dieu de donner le pardon à celui que je ne suis pas encore capable de pardonner moi-même.

Pour marcher vers le pardon il faut toujours apprendre à dissocier l’acte condamnable et celui qui l'a commis, car son identité ne se réduit pas à cet acte. Le pardon commence par un changement de regard sur l'autre, un changement de regard sur les raisons que j'ai de lui en vouloir. N'ai-je pas une part de responsabilité dans l'événement qui m'a blessé ? Cela demande de mettre une distance et de faire baisser la pression de mon ressenti.

En fait si déjà je demande pardon à Dieu de ma colère et de mon désir de vengeance, il me libérera du poids de ces sentiments. Apaisé par son pardon je pourrai poursuivre un chemin de réconciliation. Le pardon est toujours un long parcours qui bien sûr n'exclut pas la justice. Parfois certaines personnes disent «J'ai pardonné, mais je n'arrive pas à oublier. » C'est, vrai le pardon n'est pas un effacement pur et simple ; le mal qu'on m'a fait et les traces des souffrances qu'il a laissées dans mon cœur ou dans ma chair sont bien là. Ce n'est pas en notre pouvoir de les guérir. C'est l'œuvre du Seigneur, qui peut agir, quand on a commencé le chemin vers le pardon. Mettre des mots pour faire la vérité, passer du jugement au respect, redonner une confiance pour franchir le fossé qu'a creusé l'offense et pouvoir retisser une relation qui a été rompue. Le pardon passe toujours par un dialogue ou l'on ne doit jamais s'exprimer en « tu » accusateur (tu m'as fait ceci, cela). Il vaut mieux parler en «je » pour dire ce que j'ai ressenti et le « je veux te pardonner ». Voilà des éléments qui font partie du chemin. Pour que le pardon puisse être complet, bien sûr il faut que celui que je pardonne reçoive mon pardon et accepte d'être pardonné. Et c'est là qu'intervient la prière. « Priez pour ceux qui vous persécutent. » C'est impératif de prier pour celui que l'on veut pardonner avant de le rencontrer.

« Aimez vos ennemis »

Il semble que Jésus évoque plus les ennemis de la communauté que l'ennemi personnel. Dans le développement qui suit, il s'adresse aux disciples par un « vous ». D'autre part il ne focalise pas sur un événement grave, mais évoque a des situations courantes de la vie quotidienne. « Ne pas aimer seulement ceux qui vous aiment, ne pas saluer que ses frères. » Jésus appelle donc la communauté des disciples à ne pas se replier sur elle-même, à aller à la rencontre des autres de façon fraternelle. Et le chemin de perfection devient un chemin communautaire, où l'on se stimule les uns les autres pour élargir notre cœur et témoigner ensemble et chacun de la miséricorde de Dieu. Ce travail commence dans la communauté même, familiale ou paroissiale. Car aimer c'est un travail. L'amour n'est pas fait que de sentiments, car pour ce qui est des sentiments nous ne les maîtrisons pas toujours. Aimer c'est une décision. « Aimer de tout son cœur, de toute sa force, de toute son intelligence et de tout son esprit ». C'est donc que pour réguler ses sentiments il faut une volonté et développer sa patience, sa persévérance, son courage. Il faut aussi mettre en œuvre sa créativité pour trouver le chemin par lequel rejoindre l'autre que je n’aime pas spontanément. Il faut encore s'y engager spirituellement dans la prière.

Pour finir, je veux citer le Pape François dans son invitation à vivre une Année Sainte de la Miséricorde.

« L'année de la miséricorde est un pèlerinage. Elle est l'image du chemin que chacun parcourt au long de son existence. L'être humain est un pèlerin qui parcourt un chemin jusqu'au but désiré. La miséricorde est un but à atteindre, qui demande engagement et sacrifice... Le Seigneur nous montre les étapes du pèlerinage à travers lequel nous pouvons atteindre ce but : « Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés ; ne condamnez pas et vous ne serez pas condamnés ; pardonnez et vous serez pardonnés. » Il nous dit d'abord de ne pas juger et de ne pas condamner. De fait en jugeant, les hommes s'arrêtent à ce qui est superficiel, tandis que le Père regarde les cœurs. Que de mal les paroles ne font-elles pas lorsqu'elles sont animées par des sentiments de jalousie ou d'envie ! Mal parler du frère en son absence,   c'est le  mettre sous un faux jour, c'est compromettre sa réputation et l'abandonner aux ragots. Ne pas juger et ne pas condamner signifie, de façon positive, savoir accueillir ce qu'il y a de bon en toute personne et ne pas permettre qu'elle ait à souffrir de notre jugement partiel et de notre prétention à tout savoir. Ceci n’est pas encore suffisant pour exprimer ce qu'est la miséricorde. Jésus demande aussi de pardonner et de donner, d'être instruments du pardon puisque nous l'avons déjà reçu de Dieu, d'être généreux à l'égard de toits en sachant que Dieu étend aussi sa bonté pour nous avec grande magnanimité. »

Miséricordieux comme le Père c'est donc la « devise » de l'année Sainte.

Jean-Luc Darodes

 

Publié dans évangile

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