Nous sommes responsables de ce qui nous arrive. Seul un retournement radical pourrait nous en sortir

Publié le par Michel Durand

Le jeune Bethoncourtois aurait trouvé la mort la semaine dernière dans la zone syro-irakienne. Photo d’illustration Max PPP

Le jeune Bethoncourtois aurait trouvé la mort la semaine dernière dans la zone syro-irakienne. Photo d’illustration Max PPP

Source de la Photo : Le Progrès : 
Parti en Syrie, un Doubien tué par un drone américain - article à lire.

Dans ce titre, en fait, c’est le mot radical qui retient principalement mon attention. Je sens dans ce concept toute la force de l’engagement. Vouloir vivre dans la radicalité, c’est être dans le vrai ; à la source de ce qu’il convient de faire, de vivre, de penser. Xosé Xulio Rodriguez, du conseil général du Prado montre que l’on n’a pas peur de ce mot : «  Centrés sur le Christ, nous vivrons aussi notre mission et notre ministère à partir de la radicalité de l’Evangile. Mettre Jésus Christ au centre de notre vie, cela suppose qu’on se donne et qu’on se dépouille totalement dans une pauvreté radicale, à l’image de la pauvreté de l’Envoyé du Père qui ne fait rien de lui-même, qui ne dit rien de lui-même et qui accomplit à chaque instant la volonté de celui qui l’envoie ».

De nouveau aujourd’hui je déplore l’usage que l’on fait du mot radical.

Certes, les évènements poussent à l’usage de ce mot. Mais, comme il est employé par les médias en dehors de son sens précis, pourquoi ne prend-on pas une large distance ? Que signifie la juxtaposition du mot radicalisation avec le mot criminalité ? Dans « Libération » je lis : « La démission de l’Europe sur la question palestinienne, l’occasion manquée avec la Turquie que l’on aurait pu si facilement arrimer à l’UE, l’alliance de la France avec les pétromonarchies… sont autant d’erreurs qui n’ont fait qu’aggraver le désastre et nourrir rancœur et radicalisation au Proche-Orient ».

Radical, radicalité, radicalisation… autant d’expressions qui sont employés sans respect du sens premier. Prenons le dictionnaire (j’en ai déjà parlé)
Radicale = Qui appartient à la nature profonde, à l'essence d'un être ou d'une chose : Vice radical d'une constitution.
Qui présente un caractère absolu, total ou définitif : Une transformation radicale des institutions.
Se dit d'un genre d'action ou de moyen très énergique, très efficace, dont on use pour combattre quelque chose : Une action radicale contre la fraude.
Qui appartient à la racine d'une plante.
Qui appartient au radical ou à la racine d'un mot.

Il ne semble pas que cela soit en ce sens qu’on l’emploie actuellement quand, par exemple, un politique proclame autoritairement qu’il convient de renvoyer chez eux les imams radicalisés qui prêchent la violence et la haine.

Autrement dit, il me semble que nous ne pouvons pas parler dans ce contexte d’Islam radicalisé, de radicalisation de l’Islam. Ne serait-il pas plus juste d’évoquer un islam dévoyé ? de  parler des imams déviants ? et surtout d’entrer en dialogue avec eux ?

On dira alors que l’islam modéré est le seul avec lequel il est possible de parler. Mais, en ce domaine, comme en christianisme, il n’y a pas de possible modération. Il y a tout simplement un message qui se prends comme il est et que, croyant, on tente de vivre au mieux de ce qu’il exprime.

Ceci dit, je me retrouve bien dans l’article que Jean-François a signalé à ses contacts. Il prolonge mes présentes réflexions. Ainsi ce passage, que je place volontiers dans la chapitre de l’inévitable décroissance :

« Seul un retournement radical pourrait nous en sortir : la remise en cause de la financiarisation du capitalisme qui détruit le lien social, créé la misère de masse et engendre des desperados ; une politique de sécurité qui privilégie le renseignement humain de qualité et de proximité plutôt que la surveillance systématique, mais vaine, de la population ; le rétablissement et l’amplification des libertés publiques qui constituent la meilleure riposte à l’attaque de notre société ; la révision de nos alliances douteuses avec des pays dont nous ne partageons que les contrats ; et surtout, peut-être, la lutte contre la bêtise identitaire, aussi bien celle d’une partie de notre propre classe politique et intellectuelle que celle des djihadistes. » Bref, je vous invité à lire l’ensemble du texte (le retour du boomernag) de Jean-François Bayart, professeur à l’IHEID (Genève), directeur de la chaire d’Etudes africaines comparées (UM6P, Rabat).

 

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