L’épisode de Cana montre que Jésus regarde avec bienveillance ce que vivent les hommes

Publié le par Michel Durand

Algeria condemns in strongest terms terrorist attacks in Ouagadougou (http://www.aps.dz/en/algeria/10328) -  Noce de Cana, Codex Egberti, Fol 20v
Algeria condemns in strongest terms terrorist attacks in Ouagadougou (http://www.aps.dz/en/algeria/10328) -  Noce de Cana, Codex Egberti, Fol 20v

Algeria condemns in strongest terms terrorist attacks in Ouagadougou (http://www.aps.dz/en/algeria/10328) - Noce de Cana, Codex Egberti, Fol 20v

Ci-dessous, enregistrement audio de l'Evangile et de l'homélie

Is 62, 1-5 : Comme la jeune mariée fait la joie de son mari
1 Co 12, 4-11 : L’unique et même Esprit distribue ses dons, comme il le veut, à chacun en particulier
Jn 2, 1-11 : Tel fut le commencement des signes que Jésus accomplit. C’était à Cana de Galilée

A regarder l’humanité actuelle et ses guerres, je ne peux que me demander : mais, qu’y a-t-il au fond de l’homme pour que tant de haines se multiplient de siècle en siècle ? Comment se fait-il que depuis les personnages mythiques fondateurs de civilisations, Caïn et Abel, le meurtre persiste ? Que pouvons-nous faire devant tant de Crimes de guerre ?

Répondre n’est pas facile.

L’évêque de Rome le dit souvent[1] : Tout le monde aujourd’hui est en guerre, et pour cela il n’y a pas de justification. Et le refus de la voie de la paix fait que Dieu lui-même, que Jésus lui-même, pleure. Regardant Jérusalem d’un lieu élevé, Jésus a pleuré.

François dit : Aussi aujourd’hui, Jésus pleure. Il pleure à Ouagadougou. François poursuit : Parce que nous avons préféré la voie des guerres, de la haine, des inimitiés… le monde continue à faire la guerre, à faire les guerres. Le monde n’a pas compris la voie de la paix.

Si toi aussi tu avais compris, en ce jour, Celui qui amène à la paix ! Mais maintenant, il a été caché à tes yeux.

Jésus le Christ demeure caché. Alors le commerce des armes continue. Y aurait-il des combats dans les déserts producteurs de pétrole si l’industrie militaire n’existait pas ?

Il ne nous appartient pas de répondre en ce lieu à ce genre de question. Mais nous ne pouvons pas les ignorer ; et notre engagement à la suite du Christ ne se limitant pas à l’eucharistie du dimanche, nous ne pouvons qu’être invités à confronter notre quotidien à la lumière de l’Évangile.

C’est ce que nous faisons à la suite des textes du dimanche. Isaïe, Paul, Jésus nous invitent à regarder le monde avec bienveillance pour sauver ce qui peut l’être. C’est une immense invitation à l’espérance : Is 2, 1-5 :

Le seigneur sera juge entre les nations et l’arbitre de peuples nombreux. De leurs épées, ils forgeront des socs, et de leurs lances, des faucilles. Jamais nation contre nation ne lèvera l’épée ; ils n’apprendront plus la guerre.

Jamais au nom de notre attachement à Dieu nous ne devons abandonner la révélation qu’il est le Père de tous les hommes et que ceux-ci sont tous frères :

Pour la cause de Sion, je ne me tairai pas, et pour Jérusalem, je n’aurai de cesse que sa justice ne paraisse dans la clarté, et son salut comme une torche qui brûle.

Dieu n’est pas le responsable de la guerre, même si les religions se font la guerre comme l’histoire en témoigne. Aussi, en ce sens je me permets de dire que l’Evangile n’engage pas à une religion particulière distincte de celle du voisin qui devient alors un rival ; il invite à un amour universel. Hélas, pas plus aujourd’hui qu’à l’époque d’Isaïe (8e siècle avant Jésus-Christ), le monde ne veut comprendre que les hommes sont tous frères !

Jésus, dans la ligne d’Isaïe, nous invite à la paix, à l’amour, à regarder le monde avec bienveillance. Avec lui, cultivons les vertus de vertus d’indulgence, de bienveillance, de patience. Dieu ne se lasse pas de tendre la main.

N’est-ce pas ce que nous voyons dans la demande de Marie soucieuse de faire en sorte que la fête des noces se passe au mieux pour la joie des époux et des invités ?

Regardons Jésus et sa mère ; ils voient que la fête est bien belle, qu’il y a beaucoup de monde, que les réjouissances sont parfaites. Pensent-ils que l’on a déjà beaucoup bu, trop bu ? Ou que l’organisateur de la noce a raté ses prévisions ? Non, pas de jugement accusateur, mais un regard bienveillant :

« Ils n’ont (pas ou) plus de vin. »

Jésus se montre d’abord timoré. Le temps n’est pas encore venu de sortir de l’anonymat. Pourtant, il y a eu la rencontre avec Jean le baptiste. C’était déjà une manifestation de son engagement dans le monde.

« Celui-ci est mon Fils bien-aimé. Écoutez-le. » « Tu es mon fils, moi, aujourd’hui, je t’ai engendré. »

Alors faut-il aller plus loin ? Se lancer à l’eau, cette fois au figuré, c’est-à-dire dans un monde dominé par un pouvoir romain idolâtre, ou dominé par une Loi juive qui a remplacé Dieu ? Eh oui, le judaïsme la religion du fils de Marie, contrairement à la volonté de Dieu exprimée par les prophètes, enferme dans des législations humaines rituelles et nationalistes. Ce peuple attaché au Temple n’est pas prêt à reconnaître la destination universelle de l’Amour divin plein de Miséricorde. Il semblait en effet pour Jésus, plus facile d’entrer dans le Jourdain et recevoir le baptême de Jean dans un désir de conversion personnelle, au milieu de gens qui avaient accompli une première démarche d’écoute du Créateur, que de commencer à dire une parcelle de la volonté de son Père au milieu d’une fête.

« Femme, que me veux-tu ? Mon Heure n’est pas encore venue. »

Le mot « Heure » chez Jean est très important : il s’agit de l’Heure où le projet de Dieu est définitivement accompli en Jésus-Christ. C’est bien à cela que Jésus pense quand il dit à Marie :

« Femme, que me veux-tu ? Mon Heure n’est pas encore venue. »

Il y a certes le problème matériel de l’absence de vin remarqué par Marie et Jésus, mais les préoccupations de Jésus, qui ne nie pas le problème, vont au-delà du manque de vin : il ne perd pas de vue que sa mission est d’accomplir les noces entre Dieu, son Père et toute l’Humanité. Que cela passe par une conversion, symbole du baptême, c’est évident. Mais encore faut-il inviter les personnes à se rendre sur le chemin qui conduit au baptême.

Pour cela, selon le vocabulaire de Jean, Jésus opère des signes. Il ne lésine pas sur la qualité du produit. Il apporte le meilleur. Pour une fête nuptiale, il faut ce qu’il faut !

« Le maître du repas goûta l’eau changée en vin. Il ne savait pas d’où venait ce vin, mais les serviteurs le savaient, eux qui avaient puisé l’eau ».

C’est là que pour la première fois ses disciples ont vu la gloire de Jésus. Ils savent et peuvent attendre la manifestation définitive de la gloire de Dieu sur le visage du Christ, mort et ressuscité.

Bienveillance : Jésus fait le bien partout où il passe ; le Fils de Dieu œuvre pour le bonheur des hommes. Nous, de même, nous nous organisons pour que l’humanité vive dans la joie.

 

[1] Le jeudi 19 novembre 2015 lors de la messe matinale à la Maison Sainte-Marthe.

 

Homélie du 17 janvier 2016

Publié dans Eglise, évangile

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