La recommandation que Dieu adresse aux apôtres est valable pour nous aujourd’hui : écoutons le Christ qui nous parle

Publié le par Michel Durand

Gérard David, 1520, Bruges

Gérard David, 1520, Bruges

1ère lecture : Le Seigneur conclut une alliance avec Abraham, le croyant (Gn 15, 5-12.17-18)
Psaume : Ps 26 (27), 1, 7-8, 9abcd, 13-14
2ème lecture : « Le Christ transformera nos pauvres corps à l’image de son corps glorieux » (Ph 3, 17 – 4, 1)
Evangile : « Pendant qu’il priait, l’aspect de son visage devint autre » (Lc 9, 28b-36)

Voir ci-dessous, l'enregistrement de l'homélie

L'idée de l'illustration a été trouvée sur le site Theopédie.com :
Que signifie la transfiguration ?

Comme toujours, la Parole que nous venons d’entendre ne doit pas seulement être écoutée. Elle est proclamée pour qu’elle entre dans nos vies, pour qu’elle prenne chair en notre corps. Antoine Chevrier dans ses méditations sur le chrétien, disciple de Jésus-Christ écrit : « Celui qui écoute la parole et la met en pratique, est semblable à un homme qui bâtit sur le rocher, rien ne pourra démolir cette maison. Mais celui qui écoute et ne fait pas, bâtit sur le sable : sa maison tombera. Il faut donc bâtir sur Jésus-Christ, sur sa parole et la mettre en pratique, et notre maison sera bâtie sur le rocher ».

Et encore (phrase que je réécris dans la langue de notre siècle) : « Parle (Jésus), je veux t’écouter et mettre ta parole en pratique. Je veux écouter ta divine parole, parce que je sais qu’elle vient du ciel. Je veux l’écouter, la méditer, la mettre en pratique, parce que dans ta parole il y a la vie, la joie, la paix et le bonheur. Parle, Seigneur, tu es mon Seigneur et mon Maître et je ne veux écouter que toi. »

Avec cette homélie, je souhaite, dans la ligne de la rencontre de préparation de la liturgie de ce dimanche, mettre l’accent sur notre attention à ce que Dieu nous dit, tout en essayant de regarder ce que nous faisons de cette écoute.

Observons Abraham.

Il est d’abord Abram, un païen, adorateurs de nombreux dieux. Il vit dans la fertile région d’Our en Chaldée. Un nomade. Patriarche d’une grande et riche tribu. A l’époque des nomades, Dieu glissait son message dans la culture religieuse nomade. Il y est abondamment question de sacrifices, de visions, de songes nocturnes. Abram croit, aveuglément, que Dieu lui adresse une alliance unilatérale : Dieu, de son propre chef, sans contrepartie, donne une terre, une population aussi nombreuse que les étoiles du ciel :

« À ta descendance je donne le pays que voici, depuis le Torrent d'Égypte jusqu'au Grand Fleuve, l'Euphrate. »

A un peuple toujours en quête de pâturage et d’eau pour les troupeaux, il ne peut pas y avoir de don plus précieux, une terre sur laquelle il sera possible de circuler paisiblement pour avoir de quoi manger. Par des sacrifices d’animaux, on va remercier ce Dieu très bon. Pour se rapprocher de lui afin de mieux le voir – à supposer que cela soit possible – on va établir sur les sommets montagneux des sanctuaires et l’on va y faire des offrandes.

Je dois avouer qu’aujourd’hui je lis ces révélations bibliques avec effroi. Qu’en est-il présentement du regard de Dieu sur les peuples du Proche Orient ? Impossible de répondre. Je me dis qu’on ne peut prendre la Bible sans opérer un recul historique, mais pour cette tâche la guerre actuelle me perturbe. Dieu veut-il vraiment exclure tous les autres peuples, ceux qui n’auraient pas accepter de signer l’Alliance avec lui ? L’ensemble de l’Evangile indique le contraire.

En effet, une nouvelle Alliance est ouverte. Cette nouvelle et ultime alliance, grâce au Christ, pose le problème de la rencontre de Dieu avec plus de finesse. Les gens ne sont plus aussi frustes qu’ils étaient et Dieu peut davantage leur parler en leur communiquant le fond de sa pensée. Le dialogue passe désormais par la Parole, celle du Verbe fait chair, et non plus par une multitude de sacrifices sanglants.

Oui, Jésus en entrant en dialogue avec quelques Galiléens montre Dieu à toute l’humanité. « Qui me voit, voit le Père, dit-il à Philippe, l’un de ses disciples ». Aussi, quand nous lisons les Evangiles, tout ce qui est écrit à propos du Christ se rapporte à Dieu. C’est une chance merveilleuse que nous ayons de pouvoir comprendre qui est Dieu en regardant vivre le Christ et en l’écoutant.

Nous ne lirons jamais assez les évangiles. La recommandation que Dieu adresse aux apôtres est valable pour nous aujourd’hui : écoutons le Christ qui nous parle. Il est l’esprit de Dieu. Il est la pensée du Père ; c’est auprès de lui que nous découvrons la volonté divine :

« Celui-ci est mon fils bien-aimé ». Écoutons-le.

Soyons aussi attentifs au message de Paul :

« Frères, ensemble imitez-moi, et regardez bien ceux qui se conduisent selon l’exemple que nous vous donnons. »

Vivons dans la suite de Paul, comme Paul vit dans la suite de Jésus et que notre façon de vivre soit une invitation à nous imiter, à être imités. Vivons ainsi ce temps de carême. Il est un cheminement dans la joie pour que nous soyons heureux. N’ayons pas peur de nos peurs. Reconnaissons-les comme Pierre a reconnu ses craintes, ses incompréhensions, ses errements. Dans notre humanité, avec humilité et détermination, cheminons, progressons, acceptons que nous soyons accablés de sommeil et que nous n’y comprenons rien, avançons vers la Lumière que la foi nous indique. Il y a là une part de combat que nous menons sereinement surtout en ce temps de carême. Nous ne comprenons pas, mais nous sentons que nous devons être là, totalement ouverts à l’action de Dieu en nous. Disponibles à la Parole comme Abram, Pierre Jacques et Jean furent disponibles à l’inouïe qui advient. Soyons intérieurement disponibles pour nous attacher à la personne du Christ :

« Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi : écoutez-le ! »

Si nous voulions tracer un plan de carême, nous pourrions avancer celui-ci : Prenons le temps de nous mettre à l’écart de nos activités habituelles et prions, en demandant que notre existence se convertisse dans ses modes de vie, que nous nous allégions pour nous attacher davantage à la personne du Christ. Menons un combat qui nous ouvre à Dieu et à autrui ; marchons vers la Résurrection. Le Carême ouvre la porte du chemin vers le Bonheur.

Dans la solitude notre chambre contemplons Jésus transfiguré, Jésus métamorphosé, Jésus, miroir de Dieu. Il est totalement différent dans son être alors que son physique demeure. Son apparence, son visage changent. Ses vêtements deviennent d’une blancheur éclatante. Par ces mots, les évangélistes ont tenté de traduire l’expérience vécue par Pierre, Jacques et Jean. La blancheur éclatante, les vêtements resplendissants sont un des signes de la gloire céleste accordée aux élus. Cette lumière du transfiguré est un des signes, une anticipation de la résurrection glorieuse du Christ à laquelle nous sommes tous appelés. Y croyons-nous vraiment ?

Pour Pierre, Jacques et Jean, il fallait que tout cela soit vécu pour pouvoir affronter l’atroce condamnation, Passion et mort à Jérusalem. Dépassés, les disciples gardèrent le silence.

 

« Pendant qu’il priait, l’aspect de son visage devint autre » (Lc 9, 28b-36) Dimanche 21 février 2016

Publié dans Eglise, évangile

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