Croissance, oui. Migrants, non. Mauvais rêve : je me suis vu le complice de cette folie. Je me suis vu le collaborateur de ce drame

Publié le par Michel Durand

Croissance, oui. Migrants, non. Mauvais rêve : je me suis vu le complice de cette folie. Je me suis vu le collaborateur de ce drame

Il m’arrive de dire : nous voilà dans la situation qui a permis à Hitler de s’installer légalement dans le ‘pouvoir’ gouverner l’Allemagne avec des prétentions sur les autres pays. On me répond que j’exagère, qu’on n’en est pas encore à. Mais voilà que je rencontre des personnes qui semblent dire ce que je dis. La démocratie n’est plus possible. Le danger est arrivé à notre porte. Les clignotants rouges se sont allumés ; tous les secteurs de l’existence sont atteints : écologie, travail, repos, accueil des migrants, solidarité universelle, droit de l’homme, sens de l’existence…

Pour alimenter ma réflexion, je vous communique ce jour deux documents que Jean-Baptiste, rencontré dans les colloques de Chrétiens et pic de pétrole, m’a passés. Il s’agit d’un texte lu par le pasteur Arnaud Van den Wiele lors du rassemblement du jeudi 3 mars, je pense à Gap et d’une vidéo de conférence présentée par l’évêque de Gap. Prendre le temps de se mettre à l’écoute de ces documents est utile.

Arnaud VAN DEN WIELE

Arnaud VAN DEN WIELE

 

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Arnaud VAN DEN WIELE, à Gap, le 3 mars 2016 : 
J’ai fait un mauvais rêve

Hier, j’étais un enfant. Un enfant à qui les instituteurs ont appris que la France était la fille aînée de la liberté et des droits de l’homme.

Hier, j’étais un adolescent. Un adolescent à qui des professeurs ont appris à réfléchir et à refuser les réponses toutes faites.

Hier, j’étais athée. Un athée à qui des hommes et des femmes ont appris à croire d’une foi insoumise. À croire une parole à la liberté imprenable.

Aujourd’hui, je suis un adulte. Un adulte qui n’a pas renoncé à ses rêves d’enfants ni à ce que ses maîtres lui ont appris.

Mais comment sera demain ? Alors j’ai fermé les yeux et j’ai fait un mauvais rêve.

J’ai fait un mauvais rêve : j’ai vu l’Europe réveiller ses vieux démons pour exorciser ces peurs les plus profondes. Peurs d’étranges étrangers venus piller ses richesses. Peurs de hordes barbares déferlant sur nos pays. Peurs d’envahisseurs féroces qui viennent jusque dans nos bras… écorcher notre narcissisme et notre égoïsme.

J’ai fait un mauvais rêve : j’ai vu les Eglises tourner le dos aux appels de détresse d’enfants, de père et de mère qui ont commis le crime d’espérer un ailleurs, d’espérer un meilleur.

J’ai fait un mauvais rêve : j’ai vu les Églises être au service d’elles-mêmes et éviter de prendre la parole - comme on prend une arme – pour préserver la tranquillité bourgeoise de chrétiens endormis.

J’ai fait un mauvais rêve : j’ai vu des chrétiens médire, maudire et se blottir parce qu’à force d’avoir peur de tout et de tout-le-monde, on finit par prendre son prochain pour un loup.

J’ai fait un mauvais rêve : j’ai vu des colombes devenir des dragons. Je les ai vu tuer du regard ; je les ai vu monter du doigt ; je les ai vu cracher au visage. J’en ai vu d’autres baisser les bras et s’en laver les mains.

J’ai fait un mauvais rêve : j’ai vu des concitoyens se proclamer propriétaires de ma nation. Qu’ils se rassurent, une nation ni ne se vend ni ne s’achète. Elle se partage.

J’ai fait un mauvais rêve : j’ai vu le champ politique se transformer en guerre de tranchées où la démocratie s’enlisait. Une bataille de gros mots et de petites phrases où les fronts, les frondes, les camps et les clans - de tous bords ! – alimentaient la haine à défaut d’alimenter l’espoir et la concorde.

J’ai fait un mauvais rêve : j’ai vu la crise – économique, écologique, migratoire, européenne – justifier l’exclusion et l’expulsion de femmes, d’hommes et d’enfants dont la seule faute fut de vouloir vivre sous la démocratie au lieu de vivre sous les menaces et les bombes.

J’ai fait un mauvais rêve : j’ai vu mes grands-parents polonais. Ils m’ont pris la main et m’ont raconté le racisme, la bêtise, les insultes, ici en France, il n’y a pas si longtemps. J’ai vu en eux la souffrance du déraciné et de l’immigré.

J’ai fait un mauvais rêve : j’ai vu des familles de demandeurs d’asile entassées dans une chambre d’hôtel comme on entasse des condamnés dans une cellule. J’ai vu un fils sécher les larmes d’un père qui avait honte. Honte d’offrir une défaite à la place d’une fête.

J’ai fait un mauvais rêve : je me suis vu le complice de cette folie. Je me suis vu le collaborateur de ce drame. Et j’ai eu honte à mon tour.

Alors je me suis réveillé. Et j’ai compris que je ne rêvais pas. Alors j’ai décidé de me lever. Me lever contre celles et ceux qui sont contre la liberté. Contre la démocratie. Contre l’humanité. Contre les étrangers. Contre le Christ.

J’ai décidé de me lever. Me lever pour celles et ceux qui sont pour.

Pour ouvrir l’Évangile. Pour ouvrir les bras. Pour ouvrir les yeux. Pour ouvrir leur cœur. Pour ouvrir la bouche. Pour ouvrir des brèches. Pour ouvrir leurs maisons.

Je me suis levé et j’étais fier.

Fier d’un courage qui ne venait pas de moi, mais d’un homme condamné à mort, il y a 2000 ans, parce que lui aussi était un hors-la-loi, un étranger parmi les siens, un perturbateur, un sans-abri, un sans-papier, un sans-le-sou.

Et cet homme, c’est le visage désormais de chaque vie en sursis, qu’il nous appartient non pas de juger, de condamner, mais d’accueillir.

Alors, rêvons, rêvons demain, autrement, et offrons-le à celles et ceux qui nous tendent la main.

Amen

2/

Conférence de Jean-Pierre Cavalié

Jeudi 3 mars 2016, au Centre diocésain pape François à Gap, a eu lieu la quatrième conférence d’un cycle de conférences sur les exclus. Jean-Pierre Cavalié, délégué régional de la Cimade, a parlé des migrants. Ce même jour à Gap, un artiste peintre cubin a été arrêtée et conduit au centre de rétention de Nice. Un sujet d’actualité donc jusque dans les Hautes-Alpes. Ci-dessous la conférence dans son intégralité :

 

Publié dans Eglise, Politique

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