La laïcité relève d’un combat légitime, sauf quand on prétend renvoyer la religion vue comme adversaire de la raison au domaine privé

Publié le par Michel Durand

Emmanuel Blondeau et Olivier de Berranger, rencontre au groupement paroissial de Garezan

Emmanuel Blondeau et Olivier de Berranger, rencontre au groupement paroissial de Garezan

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Avec cette page, je demeure dans la ligne du texte du 16 février disant l’importance d’une saine laïcité face à une dévotion aveugle en une laïque réalité. Me rappelant un écrit d’Olivier de Berranger, je suis heureux de le reproduire ici. Je le pense également comme entrant dans le débat qui se tiendra à la maison paroissiale Saint-Maurice (LYON 8) à 20 h : conférence-débat la place des religions dans les lieux publics fermés : hôpitaux et prisons. Mardi 26 avril.

Olivier de Berranger, Chronique d’un évêque de banlieue, Parole et Silence, 2009, p.183.
Olivier de Berranger fut 12 ans évêque à Saint-Denis dans une pastorale de proximité avec un grand souci des migrants dit « sans papiers » (voir ci-dessous la vidéo).

Trois dimensions de la laïcité (Mai 2004)

"Je livre ici une brève réflexion pour contribuer au débat.

La laïcité, un acquis

Dans leur Lettre aux catholiques de France, en 1996, les évêques, en reconnaissant « le caractère positif de la laïcité », ont dit que la séparation de l'Église et de l'État relève d'une saine distinction de ce qui revient « à Dieu » et « à César ». Ainsi les catholiques de France ont-ils « la possibilité d'être des acteurs loyaux de la société civile1 ». Dans notre département, au-delà du témoignage personnel des chrétiens engagés dans le tissu social, il n'est pas rare qu'ils puissent collectivement, au titre du Secours Catholique, du CCFD, de la Mission ouvrière ou des paroisses, participer à des fêtes d'associations sur leur commune. Cette visibilité n'empiète pas sur la fameuse « réserve » observée dans le cadre scolaire, hospitalier ou carcéral. Elle démontre que le cap de la méfiance mutuelle a été le plus souvent franchi. Notre Synode a encouragé cette orientation : « participer aux forums des associations dans nos villes... être présent dans la vie de la cité... prendre position sur des problèmes de société » (1.1.4;4.1.5; 4.1.7).

La laïcité, un combat

Cet acquis ressortira-t-il lors du centenaire de la loi de Séparation du 9 décembre 1905 ? Jusqu'à l'affaire du « foulard islamique », on pouvait l'espérer. Le rapport Stasi ne manque pas de justes considérations. Mais il fallut bien admettre que, s'il existe un danger intégriste dans les religions, surtout quand elles sont l'objet de manipulations politiques (ce que la Lettre des évêques de 1996 avait déjà indiqué), il existe aussi un intégrisme laïque. À partir d'un problème circonscrit, celui du voile de quelques dizaines de jeunes filles dans l'enceinte scolaire, renaissait chez certains un vieux procès à l’encontre de toute forme d'expression religieuse. C'est ce que le Pape a désigné, dans son discours au Corps diplomatique de janvier 2004, sous le nom de laïcisme. Que la laïcité doive être défendue comme un acquis de notre histoire en Europe, c'est là un combat légitime. Mais quand le « combat » prétend renvoyer la religion au domaine privé, ou, pire, tend à faire passer la religion en elle-même comme l'adversaire de la raison, nous voilà revenus à un passé que l'on croyait révolu !

La laïcité, un avenir

Grâce au Rapport Debré, le fait religieux sera désormais enseigné dans les écoles, en France. Il faut s'en réjouir et souhaiter que cela soit fait avec le même respect et la même compétence qui sont déployés dans la mise en valeur du patrimoine spirituel de notre culture. Un exemple : sans une connaissance de base de la Bible, comment visiter intelligemment la basilique de Saint-Denis, chef-d'œuvre de l'art gothique ? C'est donc le fait d'une laïcité bien comprise que de prendre en compte toute la culture, y compris lorsque ses productions sont nées de la foi chrétienne. Mais notre laïcité a également un bel avenir dans la mesure où elle favorisera le dialogue entre croyants de diverses religions. Cela aussi, les évêques le notaient en 1996 : « Contrairement à ce que l'on craint parfois, le dialogue entre croyants de religions différentes, quand il porte vraiment sur la recherche et l'expérience de Dieu et sur leurs implications dans l'existence humaine, n'aboutit pas au relativisme... L'annonce de l'Évangile est devenue inséparable de ce dialogue interreligieux. »

1. Proposer la foi à la société actuelle, Cerf, 1996, p. 26-30. Les autres citations sont extraites du même texte.

 

KTO : Emission du 26/10/2007

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