​Ne vivons-nous pas comme si la résurrection demeurait abstraite, subjective, absente ou inexistante ?

Publié le par Michel Durand

Michel Ciry, Incrédulité de Thomas

Michel Ciry, Incrédulité de Thomas

Pendant des siècles, la prédication chrétienne s'est prioritairement intéressée à la mort de Jésus présentée comme la source du salut pour les hommes. Ce faisant, le christianisme a hypertrophié cette mort jusqu'à reléguer la Résurrection au second plan. Michel Deneken

Normale qu’en ce temps pascal je pense très souvent à la résurrection. Ce que je trouve étrange, par contre, c’est qu’il me semble lire des textes d’Évangile très connu (par exemple St Jean) avec un regard totalement neuf. Je me dis avoir négligé leur importance existentielle.

Effectivement, penser à la résurrection, c’est penser à sa propre existence. La résurrection du Christ, la résurrection des corps, la fin des temps. L’éternité ! Nous, les humains, l’éternité nous concernent tellement que cette mystérieuse réalité ne devrait jamais nous laisser indifférents. Or, ne vivons-nous pas comme si la résurrection demeurait abstraite, absente, inexistante ?

La liberté que me donne ma vie de retraité dans l’Église, avec l’idée d’ermitage, m’apporte le loisir de relire des ouvrages qui m’ont marqué. Je les lis sans aucune obligation d’avoir à en rendre compte. En pleine gratuité, je passe de page en page, découvrant non des connaissances nouvelles, mais des aliments éminemment nourrissants. Être plus que faire. C’est ainsi que je m’aperçois qu’Antoine Chevrier parle beaucoup plus de la divinité du Verbe fait chair (Jésus fils de Marie et Fils de Dieu) que de la réalité de la résurrection. Le comment la résurrection est possible, la nature de la résurrection, la résurrection objective, extérieure à soi ou seulement subjective –mythe ou fiction littéraire- n’entre pas dans son regard sur le Fils de Dieu fait homme. Par contre Antoine Chevrier développe, pour faire son catéchisme, comment le Verbe incarné est vraiment de Dieu, Dieu lui-même. Ce qui revient au même : parler de la divinité du fils de Marie dit la vie éternelle du Fils auprès du Père, son état de ressuscité de sa vie terrestre.

En Église, le XIXe siècle a le souci de l’Incarnation, alors qu’au XXIe, hors Église, se pose la question du sens de l’univers, du travail personnel et collectif, de l’épanouissement individuel. Si l’homme doit placer des limites aux possibles progrès techniques, matériels, quantitatifs… c’est parce qu’il y a un progrès spirituel orienté par la résurrection du Christ et l’appel de tous à la résurrection. Le royaume.

Quelles méditation et contemplation ai-je de mon désir d’éternité et d’attente du Royaume avec le Ressuscité ?

Tel est le thème que j’ai envie de proposer à mes confrères pour la prochaine récollection des prêtres du Prado à Limonest.

Dans cette pensée il n’y a rien d’original. Je l’ai déjà écrit en ce lieu. Comme les premiers disciples d’Antoine Chevrier, invité à œuvrer au salut d’autrui, je me demande si je ne devrais pas davantage penser à mon propre salut. Les sages pasteurs vont me dire que l’un ne s’oppose pas à l’autre et que les deux missions vont ensemble. Il n’empêche que je garde en mémoire la lettre du fondateur du Prado au père Jaricot : « L'Abbé Duret, depuis plusieurs jours, me dit qu'il n'est pas capable de faire le catéchisme, qu'il faut faire son salut avant tout, qu'un homme n'est pas nécessaire à une œuvre aussi belle, que Dieu saura bien le remplacer, Dieu ne m'abandonnera pas, qu'il sent le besoin de retraite et de travailler, qu'il faut qu'il aille à la Grande Chartreuse, qu'il aurait mieux fait de rester frère et de se dévouer à l'Œuvre sans prendre la responsabilité du prêtre, que cette responsabilité lui fait peur et qu'il a peur du jugement de Dieu, que, quand aura passé quelques années à la Grande Chartreuse, il reviendra plus fort et plus sûr de sa vocation, que pourtant la vocation du Prado est bien belle, qu'il n'en choisira pas d'autre, mais qu'il faut qu'il s'en aille. »

Parmi les livres dont je parlais plus haut, il y a le traité théologique de Michel Deneken, La foi pascale. Il me donne l’occasion d’une remise en ordre d’idées diverses sur la résurrection que je reçois non comme des choses à savoir pour passer un examen, mais une nourriture qui soutient ma réflexion et m’invite à la contemplation. Passés les nombreuses approches et explications herméneutiques, remémorées les recherches exégétiques signes de leur époque, je me trouve invité à me concentrer sur l’essentiel. Ainsi ces deux phrases que j’associe à un cours de Robert Beauvery entendu au séminaire du Prado à Limonest en 1962 ou 63. « Dans la recherche sur la nature et le sens de l’événement pascal, la théologie doit prendre en compte l’Ecriture comme lieu de départ. Elle doit donc privilégier le sens littéral. Le sens plénier de l’Ecriture s’ouvre à partir du sens littéral. Celui-ci n’est pas “hétérogène, il n’est pas à proprement parler un autre sens. C’est le sens littéral lui-même, saisi à un secret de profondeur“ » (M. Deneken citant P. Grelot).

Bref, fermons les livres. J’ouvre pour la prière l’offices des lectures – mercredi du temps pascal, 4ème semaine : « De même que le Père, qui est la vie, m'a envoyé, et que moi je vis par le Père, de même aussi celui qui mangera ma chair vivra par moi. Donc, il vit par le Père ; et de la manière dont il vit par le Père, nous-mêmes vivons par sa chair.

Tout ce parallèle est à la base de notre intelligence du mystère ; il nous fait comprendre, par le modèle proposé, ce qui se passe. Donc, ce qui nous donne la vie, c'est que, dans les êtres charnels que nous sommes, le Christ demeure en nous par sa chair ; et il nous fera vivre en vertu du principe qui le fait vivre par le Père. »

Lire l'entretien avec Michel Deneken : Passion et résurrection, les faits de la foi

Publié dans Eglise, évangile

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