Ph. Barbarin réunit une nouvelle fois les prêtres de son diocèse pour faire le point sur les affaires de pédophilie, une attente de l'Eglise

Publié le par Michel Durand

"Les honneurs déshonorent, le titre dégrade", avait prévenu Flaubert. Daniel Cohn-Bendit a dû se mordre les doigts de ne pas avoir tenu compte de ce slogan de Mai 68 avant l'heure.

"Les honneurs déshonorent, le titre dégrade", avait prévenu Flaubert. Daniel Cohn-Bendit a dû se mordre les doigts de ne pas avoir tenu compte de ce slogan de Mai 68 avant l'heure.

Source de la photo : Le Monde, article à lire

Après la réunion du lundi 25 avril à Valpré voulue par l’évêque de Lyon.

Je reviens de cette rencontre. Le texte présenté ci-dessous fut rédigé samedi, relu dimanche. Je n’ai pas voulu le publier avant d’avoir entendu ce qui se dira entre prêtres. Nous avons eu une solide information et, contrairement à ce que je supposais, les prêtres se sont exprimés. Plus que les projets d’organisation institutionnelle pour prévenir des cas de pédophilie et répondre aux situations vécues par les victimes, ce sont les témoignages entendus qui me semblent importants. Ce qui jadis était caché est maintenant mis sur la table. Deux tendances se sont manifestées ; l’une pour protéger l’institution Église, l’autre pour se mettre du côté des victimes de prêtres pédophiles. En interne, cette rencontre a montré toute son importance. Reste que cela devrait être connu en dehors du monde ecclésiastique et que la gestion des problèmes se fasse plus précise. Le témoigne d’une victime, Vincent, mérite d’être connu de tous. Dans l’Église, il y a aussi des laïcs.

Il me semble que ma méditation de samedi/dimanche s’accorde avec ce que beaucoup de prêtres pensent : mettre en place des instances de défenses, de gestion de crise ne peuvent remplacer l’accompagnement obtenu quand on se place du côté des victimes. Un prêtre l’a clairement exprimé. Nous devrions, par l’entremise de l’Association Diocésaine de Lyon nous constituer partie civile, car nous devenons nous-mêmes victimes.

Tant de choses ont été dites qui mériteraient d’être connues de tous ! Je n’en ai pas le temps et, surtout, je n’ai pas pris le moyen de le faire. La presse informera. Je pense au quotidien La Croix, notamment de ce jour. Je signale aussi le billet d’une paroisse de l’agglomération. Bref, l’affaire est à suivre. Je m’y engage sincèrement, ainsi avec le texte ci-dessous, rédigé comme une préparation personnelle à entendre les victimes en me mettant de leur côté.

Avec les victimes

Je n’ai jamais abordé cette question sur mon blogue tout simplement parce qu’avec les personnes que je rencontre régulièrement, nos sujets de conversations et nos soucis sont autres. Je pense également que les médias, parce qu’ils en parlent chaque jour ou presque, une crainte a pu se glisser dans mes préoccupations : si nous aussi, là où je vis habituellement, nous en parlions longuement, ce serait du temps volé au soutien que nous devons en faveur des personnes en difficultés de logement par exemple. Je parle des migrants sans papiers français et en danger dans leur pays d’origine ; ici, sans travail et sans logement.

Afin de concrétiser cela, je citerai un article récent du Progrès de Saint-Etienne que Jean-Paul de la Coordination Urgence migrants communique sur la toile et que je place en pièce jointe : « Les refus actuels de domiciliation par le CCAS sont très nombreux, explique le père Gérard Riffard (qui loge de manière précaire des demandeurs d’asile pour qu’ils ne dorment pas dans la rue). Le CCAS rejette systématiquement celles et ceux qui disent dormir à l’église » (23 avril 2016). « Ce n’est pas notre conception d’une société juste et solidaire, ce n’est pas l’image que nous voulons pour notre ville de Saint-Etienne qui sait accueillir et secourir » dit-il encore. Je me place dans cette ligne. Je partage ses propos.

Importe aussi pour moi plus que tout, le travail que les chrétiens devraient fournir pour s’échapper des griffes du diable Capital ne visant qu’à augmenter sans cesse ses richesses. Les disciples du Christ sont encore loin de prendre le chemin d’un nouveau paradigme : vie simple et sobre, selon l’Évangile. Vie fraternelle où personne de par le monde ne sera oublié. Objection de croissance au service de l’écologie intégrale ! Bref, les pages dans En manque d’Église en parlent souvent.

Je résume toutes ces considérations avec une phrase lue quelque part qui opère un lien entre capitalisme européen et migration : « lancer des obus, vous recevrez des migrants ».

N’empêche que les affaires de pédophilie existent et que je ne vois pas comment ne pas en parler maintenant. Les journalistes nous questionnent. Des paroissiens attendent la fin des vacances de printemps pour se concerter. « Les victimes présumées du père Preynat » écrivent aux prêtres : « Il nous semble que vous prêtres, comme nous victimes, sommes pris au piège de l’omerta imposée par l’institution et il nous faut mener une action forte et déterminée pour rompre avec un passé impur. Cette omerta est préjudiciable pour chacun d’entre nous. Elle nous confisque à la fois parole et confiance ». Les dix questions qui suivent méritent toute notre attention, mais je ne vois pas comme y répondre par écrit, via courriel, tellement, d’une part, elles sont complexes et d’autre part, émises dans un climat de pression médiatique que j’ai entendu qualifié de lynchage.

Je préfère prendre de la distance. Considérer ce que je connais et en tenir compte. N’étant pas dans une situation où j’aurais à décider dans l’urgence, je me garde bien de dire ce qu’il faudrait faire ou ne pas faire, dire ou ne pas dire. À chaud, serai-je capable d’une juste parole ?

Quant au constat d’omerta pour protéger l’Institution, je peux citer un exemple. Un exemple tellement ancien qu’il n’a plus valeur aujourd’hui, car la question est nettement moins tabou. Mais quand même. Voilà. J’étais tout jeune prêtre en activité dans la ville du Creusot. Cela devait être en 1972 (ou 73). Au cours d’une réunion pastorale, mes confrères parlaient à mots couverts d’un collègue écarté de sa paroisse. Il était nommé dans une autre ville. Ne comprenant pas de quoi il était question, j’ai questionné. La façon dont on m’a répondu, selon mon souvenir, ne m’a permis de comprendre. Tout n’était que chuchotement. Ce n’est que plusieurs années après, ayant opéré des recoupements, que j’ai compris que ce prêtre avait eu des gestes pédophiles avec des enfants de son village. Les parents avaient dû en avertir l’évêque. Le prêtre a été nommé dans une autre région avec obligation de ne plus être en contact avec des enfants.

Parmi les souvenirs qui peuvent remonter à cette époque – à moins qu’il soit du temps du séminaire – il y a l’ouvrage de Roger Peyrefitte, Les amitiés particulières. Le roman et le film (1964). J’ai souvenir d’en avoir parlé avec des amis, en famille. La question était bien posée : des prêtres enseignants dans des collèges catholiques pouvaient avoir des sentiments de type pédéraste envers les garçons. Donc, l’affaire, les affaires ne datent pas d’aujourd’hui. Et ce qui, présentement, me paraît très grave c’est qu’il y a quarante, cinquante ans ou plus, on occultait complètement le problème. C’est cela qu’il faudrait aussi élucider maintenant.

Encore un souvenir, plus récent. Sur ces questions de pédophilie, aumônier étudiant, puis curé j’ai tenté de dialoguer avec de jeunes adultes, dont certains s’étaient engagés dans les vœux religieux. J’ai abordé clairement avec eux ces questions dramatiques. Constatant que les faits étaient niés ou à peine considérés par eux-mêmes, quoique juridiquement avérés (avec peine de prison), je n’ai pu que reconnaître les limites de nos échanges. Je ne me suis pas senti compétent ou apte à les maintenir.

Ceci dit, qu’est-ce que je pense aujourd’hui ?

Que le dialogue avec les uns et les autres est indispensable. Il n’y a pas à défendre une forteresse, mais à écouter des personnes meurtries par d’étranges comportements adultes. Les écouter en tête à tête, longuement, dans une attitude d’accompagnement avec toute la patience nécessaire. Notons qu’il y a un vocabulaire qui peut être utilisé dans des groupes précis comme ceux du Renouveau charismatique, mais qui demeure totalement étrange en d’autres lieux. Je pense à la proposition d’une rencontre de guérison et de pardon qui fut faite à Alexandre Dusseau (orthographe ? – écouté sur France Inter le 22 avril). Le pardon et la guérison ne sont pas du même ordre. Seul Dieu pardonne vraiment et totalement. Le pardon vécu par l’homme sera toujours entaché d’un souvenir douloureux. En ce domaine, la prescription ne joue pas. S’il y a pardon, suite à une longue marche mystique, l’oubli ne s’impose pas ipso facto. Certes, certains parlent de possibles guérisons miraculeuses. J’avoue ne pas avoir une foi universelle en cette matière. Une rencontre d’une heure conclue par un je vous salue Marie et un Notre Père ne me semble pas pouvoir remplacer une écoute et un accompagnement régulier.

En fait, deux pastorales sont en présence. L’une provient de la certitude d’être dans le bon chemin, la vérité ; alors on défend sa position. L’autre, dubitative, cherche sans cesse à se rapprocher du vrai. L’une s’adresse à des gens à éduquer, l’autre chemine avec eux en quête de vérité. C’est dans ce second accompagnement que je me place. Alors, je ne pense pas que solliciter les compétences d’avocats, d’experts en gestion de crise soit opportun. M’étant déjà exprimé sur ces diverses orientations pastorales le 22 janvier 2016, je préfère vous inviter à vous rendre à cette page plutôt que de livrer ici une reprise de ma pensée davantage adaptée au propos de ce jour.

Seule une écoute patiente des victimes importe. Qu’une cicatrice avec la grâce de Dieu puisse se fermer si nous ne la grattons pas trop (la cicatrice et non la grâce) ne peut se comprendre que dans une écoute sans faille de ce que les personnes ont à dire. Vous êtes hors Église, vous avez quitté l’Église, vous cherchez la Vérité ? Moi aussi tout en étant d’Eglise. Cherchons ensemble.

Publié dans Eglise

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Emma 30/04/2016 14:29

Le capital aime bien qu'on paye pour massacrer l'enfance (certains payent même pour des tortures non sexuelles).( Le juge Burgaud a dit avoir une centaine de dossier par an comme Outreau)
En France, ici, ça rapporte plus que la drogue.
Oui, portez-vous partie civile. C'est la moindre des choses en vérité.