La Turquie n'est pas un "pays sûr" pour les réfugiés. Ankara a renvoyé des dizaines de personnes en Syrie, ravagée depuis 2011

Publié le par Michel Durand

Le 4 février 2015, le général de corps d’armée Pierre Chavancy, gouverneur militaire de Lyon, s’est rendu sur le terrain, aux côtés des soldats engagés dans l’opération SENTINELLE.

Le 4 février 2015, le général de corps d’armée Pierre Chavancy, gouverneur militaire de Lyon, s’est rendu sur le terrain, aux côtés des soldats engagés dans l’opération SENTINELLE.

 

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Des personnes et non des flux

Mes pensées sont encore bien occupées par l’accueil que nous réservons aux migrants. Pour s’assurer le maintien de leurs modes de vie, les décideurs européens achètent la Turquie, l’Arabie Saoudite… favorisent les taux de croissance économique, considèrent les migrants sous l’aspect de flux, de taux à répartir sans considération des personnes.

En tous lieux, l’armée se déploie afin de nous protéger. Figurez-vous qu’hier, en me rendant l’office eucharistique, dans une paisible rue du 8ème, j’ai croisé une escouade de militaires surchargés d’armes, comme le montre un peu cette photo. Le chef à répondu à ma question : « en ce lieu, de quoi ou de qui vous protégez-nous ? » Réponse : « On observe et prévient tout ce qui paraît suspect ».

Les décideurs se montrent donc satisfaits de « l'accord entre l'Union européenne et la Turquie pour réguler les flux de migrants ». « L’accord fonctionne, et aucune autre route migratoire n'a remplacé celle passant par la Grèce, se félicite le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, dans un entretien publié dimanche par plusieurs journaux européens ». Voir ici.

Comment pouvons-nous ne voir que des flux et demeurer aveugles face aux personnes ?

Ayant en tête cette question, je vous donne à lire l’encart du tract qui sera distribué au prochain cercle de silence de Lyon, place des Terreaux : 11 mai à 18 h 30.

 

Centre d’enregistrement ou de détention ?
Après le 20 mars 2016

L’Union européenne (UE) et la Turquie concluaient le 18 mars 2016 un accord visant à réduire la migration vers l’Europe. Entré en vigueur le 20 mars, l’accord prévoit le renvoi vers la Turquie de toute personne entrée irrégulièrement depuis ce pays en Grèce. Une stipulation particulière autorise, pour chaque ressortissant syrien renvoyé, la réinstallation d’un de leurs compatriotes ayant obtenu le statut de réfugié par le Haut Commissariat aux Nations Unies (HCR) sur le sol turc. La politique « du un contre un » conforte le président Erdogan dans son partenariat dans la « crise » migratoire syrienne. Forte déjà de l’accord obtenu le 30 novembre, qui allouait aux autorités d’Ankara 3 milliards d’euros pour l’accueil et le contrôle de plus de 2,2 millions d’exilés syriens, la Turquie détient désormais la promesse d’une nouvelle aide de 3 milliards d’euros d’ici à 2018, si l’accord du 18 mars est respecté. Tout porte à croire que le président turc s’y tiendra. L’UE a promis pour les citoyens turcs une libéralisation des visas, attendue et réclamée de longue date ainsi qu’une avancée significative dans les négociations d’adhésion. Des contreparties qui ne sont pas forcément exagérées quand on sait que l’État et les collectivités publiques turques ont déjà dépensé plus de 8 milliards d’euros en faveur des Syriens. Ceux-ci représentent aujourd’hui un défi pour la société turque. Disséminés sur tout le territoire, ils modifient dans nombre de localités la composition ethnique et confessionnelle du pays. La présence des Syriens, si elle crée des tensions parfois xénophobes, a aussi dynamisé le tissu économique de plusieurs régions. Une capacité d’absorption sans comparaison avec l'Europe, qui a vu ses frontières franchies par 1,2 million de personnes en 2015. À Istanbul, une église chrétienne a été ouverte : la première depuis 1923. Quant à l’accord, le HCR le dénonçait violemment le 22 mars, et arrêtait le transport des migrants vers les Hotspots (centres d’enregistrement et d’identification), qualifiés de lieux de détention. L’UE croit se protéger par une politique d’externalisation des demandes d’asile et de fermeture de ses frontières. Il est donc temps de se rappeler, au moment du 9 mai, la phrase de Robert Schuman : « l’Europe n’a pas été faite, nous avons eu la guerre ».

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