Le drame des migrations ne touche pas que l’Irak ou les pays loin de nous : il se vit aussi ici, en France ; soyons à l’écoute

Publié le par Michel Durand

Moment d’échange entre Mgr Pontier et des migrants soudanais devant leur cabane dans la jungle de Calais. / Michael Bunel/Ciric pour La Croix

Moment d’échange entre Mgr Pontier et des migrants soudanais devant leur cabane dans la jungle de Calais. / Michael Bunel/Ciric pour La Croix

 

L’Esprit souffle dans les esprits humains et transforme un dialecte particulier en une langue comprise par tous.

Le parler universel. Jour de Pentecôte.
Nous comprenons que Dieu fait tout ce qu’il peut pour que les hommes se comprennent frères et s’accueillent comme frères.

La réalité montre qu’il n’en est pas ainsi. Tous les médias, comme Le Parisien, développent des informations qui soulignent sans cesse l’égoïsme européen.

En fait, parler d’égoïsme est une erreur. Car tous ne rejettent pas les migrants dans la mer. Il y a bien des Institutions caritatives qui réussissent à accueillir et à loger des personnes en errance loin de chez elles pour éviter de mourir sous les bombes ou de mal vivre par manque de travail nourricier. Disant cela, je pense aux paroisses catholiques de ma connaissance qui, en dialogue avec la préfecture et les mairies, reçoivent des familles dans leurs locaux vides ou sous occupés. Récemment, une mère rom, originaire de Roumanie, après un séjour d’été en dehors de Lyon est revenue avec ses trois enfants espérant être relogés dans un petit appartement paroissial. Cela ne fut pas possible. Il y eut plusieurs nuits dehors sur les bancs devant l’église. Puis suite à une démarche auprès du préfet d’un membre de l’Institution ecclésiale. Un logement fut trouvé. C’est effectivement pour bénéficier de ces opportunités qu’une bonne entente est toujours souhaitable, voir indispensable, avec les fonctionnaires de l’État.

Pourtant, ce type de privilège ne relève-t-il pas d’un système de « passe-droit » ? Certes, s’il n’est pas possible de recevoir tout le monde, va-t-on pour autant rejeter ceux dont l’accueil est possible grâce à l’intervention tenace de bénévoles auprès de leurs contacts bien placés ? Je conçois que des humanitaires puissent se réjouir de voir une centaine de personnes enfin logée dignement grâce à ces contacts privilégiés. Mais, il reste tous les autres. Tous les célibataires qui ne peuvent retourner dans leur pays d’origine, car ils y risquent la mort. Toutes les familles inaptes au statut de réfugiés parce que leur pays d’origine est décrété comme pays sûrs !

Ceci dit, au-delà de ce qui peut ressembler à des passe-droits, il me semble que l’État tout en demandant à l’Église d’ouvrir ses locaux libres et finançant leur viabilité avec de l’argent public, devrait mettre en œuvres les indispensables réquisitions. Les appartements des professeurs des écoles non occupés, les immeubles vides suite à des réquisitions devraient être sur la liste des hébergements possibles ; les habitats précaires ne devraient pas être détruits, mais améliorés… etc. Parce que les politiques ne voient pas dans les migrants des humains, mais des flux, des appels d’air, on se refuse à la lucidité. Tous les jours les médias en donnent des témoignages. Il est triste de constater que les décideurs s’imaginent encore que la fermeture des frontières ne va pas augmenter le trafique des passeurs : selon l’hebdomadaire grec Real News à la frontière anti-migratoire entre la Grèce et la Turquie, proche du fleuve Evros, les passeurs ouvrent régulièrement des trous.

Je remercie La Croix du vendredi 13 mai 2016, qui, une fois de plus, parle de ce problème sans rien cacher. C’est du reste la lecture de ces pages qui m’a incité à écrire ce qui précède. J’admire et je trouve très signifiante la visite de Mgr Pontier, président de la conférence des évêques de France, dans la jungle de Calais. Marie Malzac, journaliste, montre un bel accent de vérité : « Attablés devant la cabane où ils ont l’habitude de se retrouver, Zein Din, Nour Din et Abdallah viennent de terminer leur petit-déjeuner. « Bienvenue, vous voulez un thé ? », demande l’un d’eux aux hôtes qui viennent d’arriver dans cet espace au cœur de la « jungle » de Calais, où les Soudanais, arrivés il y a quatre jours ou trois mois au fil de leur exode, trouvent un moment de réconfort. Les invités de ce matin de printemps ne sont pas habituels. Mgr Georges Pontier, archevêque de Marseille et président de la Conférence des évêques de France (CEF), et Mgr Jean-Paul Jaeger, évêque d’Arras, prennent place autour de la table, sur des chaises dépareillées. La conversation s’engage timidement. Les jeunes hommes, tous originaires du Darfour et musulmans, ne savent sans doute pas vraiment à qui ils ont affaire, mais se prêtent volontiers aux questions. Pour raconter des trajectoires à la fois différentes et semblables, marquées par un objectif unique : fuir la pauvreté et la violence. La plupart sont passés par la Libye, certains ont échoué dans des centres de rétention, tous ont été malmenés. »

J’espère qu’en suivant le lien indiqué ici, vous pourrez lire l’ensemble de l’article. Voilà un langage de Pentecôte : « Dans cette situation d’exil, est-ce que la foi joue un rôle ? », les interpelle Mgr Pontier, soucieux de s’enquérir précisément des conditions de vie des migrants. Abdallah énumère les mosquées présentes sur le camp. « Sans la foi, nous ne pourrions tenir. »

Dans ce même numéro, il y a aussi cet article à lire : « Migrants, l’aide à l’itinérance est-elle un délit ? ».

Le 10 octobre dernier, des sympathisants ont exprimé, en posant, leur soutien à Terre d’Errance  et aux migrants du camp de Norrent-Fontes (Pas-de-Calais), / Aimée Thirion/Hans Lucas

Le 10 octobre dernier, des sympathisants ont exprimé, en posant, leur soutien à Terre d’Errance et aux migrants du camp de Norrent-Fontes (Pas-de-Calais), / Aimée Thirion/Hans Lucas

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