Au théâtre que de choix à teneur Politique ! Réalité indispensable à toute vie en société qui dépasse les trompeuses campagnes électorales

Publié le par Michel Durand

Une partie de la ville de Homs en Syrie.
Une partie de la ville de Homs en Syrie.

Une partie de la ville de Homs en Syrie.

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Les membres du service catholique lyonnais arts, cultures et foi (a.c.f.) se sont réunis récemment pour échanger leurs impressions sur le programme théâtral de la saison venir, 2016-2017, à Lyon. Assez vite je fus surpris de voir comment la réalité de l’étranger était abordée. Sommes-nous, spectateurs éventuels, tellement marqués par les crises vécues par les migrants et réfugiés contraints de risquer une traversée mortelle en méditerranée, que nous voyons partout des hommes et des femmes contraints de fuir les violences aveugles d’un dictateur ? Ou bien les metteurs en scènes et promoteurs de spectacles, peut-être inconsciemment, ont vu leurs choix guidés par les actualités politiques et sociales ?

Feuilletant les programmes, je prends Tableau d’une exécution (15 nov. - 7 déc. 2016) au Célestins. Glorifier la victoire de l’État vénitien sur l’Empire ottoman, est-ce possible ? N’est-il pas plus juste de peindre la vérité d’une guerre, sa réalité faite de chairs mortes et de corps à vif. « Le troublant tableau vient alors heurter le politique ». Que Claudia Stavisky dans sa mise en scène poursuive l’exploration de la tragique tension entre l’intime et le politique voila ce qui me provoque et m’invite à voir sa création.

Une semblable motivation inciterait à voir Electre et Antigone (4-15 oct. et 8 – 16 oct. 2016 ; 16-19 mars 2017) au TNP. L’homme est étrange ! Que veut-il ? Le tout et son contraire. Le beurre et l’argent du beurre. Tuer celui qui a tué est-ce juste ? Jean-Pierre Siméon note : « Faut-il admirer le fils qui tue sa mère parce que sa mère a tué son père qui a tué sa fille ? Et ces questions ne demeurent-elles pas pendantes pour nous quand chaque jour nous écoutons le bulletin des lâchetés, trahisons, vengeances, jalousies et colères meurtrières à la radio ? » La présentation d’Antigone suscite aussi mon désir : la valeur du personnage fictif d’Antigone « est fondamentalement positive ». « Sa magnifique insoumission à l’ordre établi et aux lois abstraites, motivée par la loi du cœur, venge chacun d’entre nous de ces renoncements devant les mille formes du pouvoir politique, social ou religieux –qui a tant de bonnes raisons » (Jean-Pierre Siméon).

Et, pour continuer à décaper nos égoïstes perceptions de la Vérité, je pense aller voir Tartuffe, nouvelle ère (17 – 21 janv. 2017) à la Renaissance. Molière ne rejoint-il pas nos tendances identitaires contemporaines qui s’habillent de vêtements et de rites religieux plus humains que divins ? Ce qui me plait, c’est que Tartuffe, nouvelle ère questionne « avec vigueur la foi et ses dérives dans une actualité anxiogène où les fondamentalismes religieux prolifèrent et, en manipulant les Écritures, rassemblent les individus égarés autour d’un dogmatisme rassurant ». Toutes les religions bibliques méditerranéennes devraient se sentir concernées par ce regard ancestral nouvellement mis en scène par Éric Massé.

Enfin, dans le contexte religieux du Proche-Orient, l’inhumaine situation Israélo-plaestinienne pousse à me rendre à Je crois en un seul Dieu (1er – 17 fév. 2017) aux Célestins, qui « est une plongée aux cœurs des enjeux majeurs d’Israël » à travers la gauche politique israélienne, la vision islamique palestinienne, la croisade militaire américaine anti-terroriste.

Donc, pour 2016-2017, que de choix de théâtre à teneur Politique ! Le Politique ! Réalité indispensable à toute vie en société qui dépasse largement les dynamiques trompeuses des campagnes électorales. Ne sont-elles, ces dernières, que manifestations calquées sur les super show à la mode étatsunienne ? Où est le prince ? Que fait le Gouverneur ? Agit-il pour obtenir la Vérité vraie ou pour rester au pouvoir suprême ? Il se peut que Philippe Car, revisitant William Shaekespeare oriente vers une méditation souhaitant que « l’amour triomphe de la mort » avec le Conte d’hiver (16 – 18 mai 2017), à la Renaissance.

Acceptons encore la réflexion sur l’homme à laquelle invitent les scènes vivantes. Karamazov (30 mars – 7 avr. 2017) aux Célestins place le spectateur en face de la grave question : « Qui est coupable, celui qui porte le coup, ou celui qui n’empêche pas que le coup soit porté ? » L’Europe industrialisée qui fabrique, expédie, vend avions, drones, bombes ne devrait-elle pas efficacement se poser cette question au moment même où des Syriens disent : « vous envoyez des obus, recevez des migrants ». L’œuvre poétique n’est pas seulement littéraire, elle est aussi porteuse de graves questions humaines pour notre temps, ce que révèle le théâtre. D’où cette invitation à visiter ces salles.

Enfin, pour terminer ce regard très subjectif, il semble bon de signaler Rocco et ses frères (4 – 6 mai 2017) aux Célestins, en allemand surtitré en français. Il y est question de villageois migrants du Sud de l’Italie au Nord, à Milan. Nous connaissons le film de Luchini Visconti. L’innocence des traditions rurales se heurte à la dure réalité de la vie urbaine. Qu’en est-il aujourd’hui sous l’adaptation et la mise en scène de Simon Stone ? « Sans jamais concéder à la réalité brutale qui agite l’Europe aujourd’hui, c'est l'intensité tragique et poignante de l'œuvre de Visconti qui est exaltée sous nos yeux le temps d'une impressionnante aventure théâtrale ».

Publié dans Art, Politique

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