Pendant les vacances, le voyage touristique est l'attente de quelque chose : une découverte de la nature, de soi et des autres

Publié le par Michel Durand

 Pendant les vacances, le voyage touristique est l'attente de quelque chose : une découverte de la nature, de soi et des autres

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Vacances et voyages

Il y a très longtemps, alors que je me trouvais à la Pastorale des réalités du tourisme et des loisirs, une équipe, le Groupe Confluences, de ce service d’Eglise a conduit une enquête pour mieux saisir ce qui se passe dans nos têtes de vacanciers et de voyageurs. Cela a donné un livre publié dans la collection Pascal Thomas – Pratiques chrétiennes : Invitation au voyage. Desclée de Brouwer, 1996. Il m’a paru bon d’en donner à lire quelques pages. En effet, même si la situation économique n’est plus la même, les motivations, les désirs de changer d’air demeurent. Assurément, il n’est pas question ici des motivations de ceux qui émigrent de chez eux pour cause de guerre ou de famine.

 

Ce qu'apporte un voyage touristique

Souvenez-vous : si vous avez fait récemment un voyage d'agrément, pour des vacances, qu'est-ce que cela vous a fait découvrir ? Qu'en pensez-vous maintenant ?

Bien sûr, tout le monde, pendant la disponibilité des vacances, ne part pas en voyage. Selon Marc Boyer et Philippe Viallon, en 1993, 40 % des Français ne sont pas allés en vacances hors de chez eux1. 20 % ne veulent d'ailleurs pas partir pour les congés et s'en portent bien, comme cet homme de quarante ans que nous avons rencontré et qui voyage à cause de son travail. Il revient depuis peu du Cambodge et, tout en se promenant dans le Vieux-Lyon, « ne visite rien parce qu'il déteste visiter ». Mais 20 % de nos compatriotes regrettent de ne pas avoir les moyens de voyager. Ainsi cette dame de quarante-cinq ans qui nous a avoué « ne jamais être partie en vacances » : « Je suis en vacances, dit-elle, mais je ne pars pas par manque d'argent. » Dans le même sens, un homme de soixante-treize ans nous a dit : « Je n'ai jamais fait de voyage touristique. Étant parmi les gens au revenu modeste, je reste dans le cadre familial selon mes moyens. »

Nous n'ignorons donc pas que la France, l'Europe de l'Ouest, et vraisemblablement le Japon et l'Amérique du Nord, ont un pourcentage non négligeable de gens qui ne seront jamais « clients » du tourisme. Le phénomène touristique existe, en fait, dans les pays riches ou à partir d'eux. L'heure n'est pas encore venue où les pays pauvres pourront envoyer leurs habitants circulés dans le monde. D'ailleurs, en Europe, les personnes qui font un voyage touristique appartiennent aux nations dont le revenu est le plus élevé. (…)

Avec de notables variantes, les vacances-déplacements marquent donc notre époque. Tous les ans, la période d'été amène un certain nombre d'études sur les vacances et le voyage touristiques. Des quotidiens, des hebdomadaires publient régulièrement des dossiers : cela fait partie des sujets « imposés », soit en mai-juin, avant les vacances, soit en septembre-octobre, à la rentrée. Même si tout le monde ne part pas en vacances, le tourisme constitue ainsi un fait de société. Avec les congés payés et le développement des moyens financiers dont disposent les retraités, le déplacement définit désormais notre manière de vivre2

Mais que nous apportent ces mobilités saisonnières ?

 

Les quatre côtés du voyage touristique

Les réponses que nous avons obtenues soulignent que l'expérience touristique a plusieurs composantes. Elle combine plusieurs apports. Elle a quatre côtés, un peu comme un carré.

1. Le voyage touristique réalise d'abord une rupture avec le milieu de vie habituel. Il crée de la distance par rapport à l'espace habituel.

Le mot de « dépaysement » revient souvent. Un homme de trente-neuf ans qui « a visité la Russie » dit qu'il cherche à « changer la vie de tous les jours » et souhaite « voir des choses différentes ». Un autre, du même âge, explique son désir de dépaysement en ces termes : « Je veux changer de points de repère habituels, voir autre chose », tant au niveau culturel que religieux et architectural. Jadis, Montaigne écrivait dans ses Essais : « Je sais bien ce que je fuis, mais non pas ce que je cherche. »

Il s'agit parfois d'évasion « pour une communion avec la nature qui va offrir de nouvelles conversations en famille sur des sujets différents du quotidien ». « Cette rupture avec la routine quotidienne, explique une femme de trente-sept ans, offre Un instant d'évasion important pour le moral. On a l'impression, au retour, que les problèmes sont surmontables. Sans être pour autant une aventure vers l'inconnu total, le voyage touristique offre quelque chose de neuf. Il est une occasion de rompre "avec le train-train quotidien". » Pour un homme de soixante et onze ans, le voyage touristique apporte, avec son dépaysement, « une certaine joie, un certain rajeunissement grâce à une rupture des habitudes journalières ».

Être touriste, c'est donc se sentir hors de ses marques et éprouver du plaisir dans ce déplacement qui oriente hors de chez soi. Le voyage, tout au long de son déroulement, a un goût de départ : « Quitte ton pays », disait Dieu à Abraham (Gn 12, 1). Un couple d'une quarantaine d'années nous a déclaré : « Ce que l'on recherche, c'est le dépaysement. Voir toujours les mêmes têtes, cela fatigue. Il faut rompre avec les habitudes. Nous avons besoin de décompresser, de voir autre chose, de tremper dans une autre ambiance. »

2). Le déplacement qu'implique l'expérience touristique conduit en principe à des découvertes. On part pour aller au-devant de l'inconnu, de l'inédit, du non familier. On s'oriente vers ce qui est autre. Découvrir est un mot-clef du voyage.

Voici ce que nous dit un père de famille faisant un circuit en France avec sa caravane : « Au premier chef, un voyage touristique m'apporte la découverte des autres cultures, des autres mentalités, des autres moyens de vie en général, que cela soit dans l'architecture, la peinture ou dans la vie quotidienne que l'on voit sur les marchés. »

Ainsi un jeune couple s'est intéressé au Vieux-Lyon par désir de connaître ce centre-ville historique qu'il ignorait. « Cette découverte invite à se poser des questions sur le lieu, le style des constructions, l'urbanisme, y compris les nombreux passages d'une rue à une autre construits sous les immeubles, en rez-de-chaussée » (ce que les Lyonnais appellent « traboules »).

La connaissance passe ici par une découverte physique. Celle des monuments mais aussi celle des personnes, de leur manière de vivre. Grâce au voyage, dit une femme (quarante-sept ans), « je connais mieux le pays et je vois comment les gens vivent ». Elle ajoute : « C'est mieux que ce qui est montré à la télévision, car, en voyageant, on voit réellement. Quand, l'année dernière, je suis partie au Maroc, c'était pour mieux connaître ce pays, mieux voir. » Un couple insiste : « Nous partons pour le plaisir de la découverte, de la visite. »

Tous les témoignages que nous avons rassemblés sont pratiquement unanimes. Le voyage touristique est effectué dans l'attente de « quelque chose d'autre ». Ce qui le polarise, c'est une sorte d'ouverture sur ce que l'on ne connaît pas, précisément parce que l'on ne veut pas s'enfermer dans la banalité sans surprise.

3). Partir en voyage, c'est aussi opter pour la liberté. Tout se passe en effet comme si un espace nouveau s'offrait où les contraintes multiples de la vie perdaient de leur emprise. Le terrain est dégagé. Un temps nouveau commence pour lequel rien n'est encore joué et où l'on peut exister autrement, avec le charme de l'imprévu et le plaisir de l'inédit.

Tous les témoignages que nous avons recueillis parlent de détente, de décompression, de rupture avec le rythme stressé et stressant de la vie courante. « On visite pour se relaxer » (une femme, la trentaine). « Ce que j'aime, quand je voyage, c'est de prendre mon temps, de ne pas être soumis à un horaire. J'aime avoir le temps de vivre » (un homme, trente-cinq ans).

Le voyage, c'est donc une chance pour la liberté. Il permet en principe et pour quelques jours une existence autre. L'exode hors de chez soi débouche sur une nouvelle manière d'être. Il y a là comme un appel d'air. « Dès que nous sommes partis, nous avons l'impression de tourner une page. Nous respirons, nous sommes disponibles pour ce qui se présente. C'est un peu comme une renaissance » (un couple, trente-cinq ans).

Liberté, donc. C'est-à-dire possibilité d'orienter sa vie et de lui donner un style qu'elle perd souvent, étant donné les tracas et les obligations. Un jeune qui voyageait tout seul nous a fait remarquer une sorte d'évidence qui manifestement l'enchantait : « Si je suis là, c'est parce que j'ai choisi de venir ici. Personne ne m'y contraignait. Quel plaisir il y a à décider de son sort ! »

Tout cela nous semble être une composante essentielle du voyage touristique. Mais, bien sûr, dans la pratique, il y a souvent un écart entre l'aspiration du touriste et les réalisations de son souhait. D'abord, parce que certains voyages, en groupe ou même en voiture individuelle, rognent la liberté et font apparaître des contraintes auxquelles on ne pensait pas avant de partir (horaires du groupe, problèmes de logement ou d'itinéraire, etc.). Ensuite, parce que le touriste se trouve au contact de gens au travail, et souvent au travail pour lui (chauffeurs, personnel saisonnier, commerçants). À certains moments, il éprouve quelque malaise si la rencontre entre son plaisir et le travail d'autrui suscite des malentendus ou des incompréhensions.

4). On peut dire enfin que l'expérience touristique permet (en principe) de se trouver soi-même.

Voilà qui peut paraître curieux ! Les personnes que nous avons écoutées ne nous ont pas dit cela en clair. Mais nous l'avons perçu entre les mots. Par exemple, à propos de la détente : « Pendant l'année, on ne vit pas. » Sous-entendu : donc, pendant le voyage, on voudrait exister autrement, plus paisiblement. Ou bien, à propos de la découverte des lieux que l'on visite : « J'aime voir comment vivent les gens. Cela, je ne le fais pas assez là où j'habite, faute de temps ou parce que je suis un peu trop habitué. En voyage, je rouvre les yeux » (un jeune homme). Ou encore, quand on voyage en famille : « C'est pour partager ce que l'on découvre avec nos enfants que l'on fait du tourisme » (couple, quarante cinq ans).

Au fond, être touriste c'est bien partir de chez soi, mais c'est aussi partir avec soi-même : on s'emporte soi-même dans ses bagages ! Ou encore : le tourisme permet de découvrir un peu autrui, mais il permet aussi (souvent) de se découvrir soi-même.

Cela, on ne se le dit pas avant de partir, ni même pendant le voyage. Mais on peut s'en rendre compte en revenant chez soi. On ne revient pas tout à fait le même ou la même. « Je m'enrichis toujours en voyageant », nous dit un homme. C'est probable. Mais on pourrait dire aussi que, parfois, on s'appauvrit, de manière d'ailleurs heureuse: on perd quelques préjugés ou quelques naïvetés.

Auriez-vous perçu vous-même ce quatrième côté du « carré touristique » ?

Et sur quoi se font les découvertes de soi, que permet, au moins parfois, le voyage ? Cela dépend des personnes, des circonstances. En tout cas, à notre avis, il n'y a pas seulement la redécouverte du repos, de la détente, de la liberté et de la jouissance. Il y a aussi, nous semble-t-il, ce que le voyage fait apparaître en nous et que nous ne connaissions guère : telle manière de réagir en face de l'inconnu ou vis-à-vis de compagnons du groupe, telle sensibilité en face d'un paysage, la résistance à la fatigue, etc.

Pendant un voyage, il n'est pas rare que s'allument en soi des lumières que l'on rapporte ou que se réveillent des émotions dont on n'avait pas idée.

Xavier de Maistre a imaginé un « voyage autour de ma chambre ». L'expérience touristique est évidemment très différente ! Mais peut-être tout voyage est-il voyage au centre de soi, si du moins on ne s'est pas absenté de soi-même.

 

Une opération accueil

Faisons le point. Le tourisme nous semble avoir, en tant qu'expérience, quatre grandes dimensions : s'éloigner du quotidien connu, découvrir de l'inconnu, vivre une détente dans le plaisir et la liberté, se découvrir soi-même.

Quel point commun ont ces divers aspects ?

Autrement dit, pourquoi voyager ?

Bien entendu, les points de vue peuvent varier selon les personnes: « moi, je cherche par priorité la détente » ; « moi, j'ai envie de rencontrer des personnes différentes de moi et de mon entourage habituel » ; « moi, j'aime découvrir des monuments, des villes ». Les priorités peuvent aussi changer pour une même personne au cours du voyage : « J'étais parti pour me reposer, j'avais choisi l'Italie, et puis je me suis laissé prendre au jeu, tant c'est beau. Je me suis mis à vouloir connaître l'histoire de tout ce que l'on voit. »

Est-il cependant possible d'identifier une valeur centrale et commune dans le voyage touristique ?

Nous proposons de mettre l'accent sur l'accueil. Apparemment, cela ne correspond pas au premier trait que nous avons dit, le désir ou le besoin de partir de chez soi. Comment peut-il y avoir accueil du quotidien puisque précisément on veut le fuir ? Voilà qui en effet semble étrange. Mais réfléchissez à ce qui se passe. D'abord, on ne part pas définitivement, on reviendra. Ensuite, si l'on part, ce n'est pas parce que l'on refuse en bloc le quotidien, mais c'est pour prendre du recul, aller voir ailleurs, vivre autrement quelque temps. Est-ce que ce « détour » rendra plus accueillant à ce que l'on vit couramment chez soi ? Peut-être. Rien n'est automatique. Le voyage n'est pas un moyen garanti assurant par la suite une meilleure qualité de vie. Mais, dans bien des cas, il fait faire des expériences d'accueil (découverte d'un autre monde, redécouverte du repos et de la liberté, redécouverte de soi) et c'est cela qui peut, sans automatisme, nous réconcilier avec la vie quotidienne, nous aider à mieux l'accueillir et parfois à s'y montrer plus accueillant.

Parions donc sur l'accueil.

Avec cette conviction que le voyage a l'art de nouer ensemble deux formes d'accueil : l'accueil de ce qui est autre (la nature, les monuments, les gens) et l'accueil de soi-même (détente, plaisir, liberté, manières de réagir en contexte nouveau, etc.). Tout est là dans le charme du tourisme : à la découverte de l'inconnu environnant et à la découverte de soi sous un autre visage, les deux en même temps.

Commençons en allant au plus simple : quelles sont les formes de ce qui est autre autour de soi ?

1. Il est des personnes pour qui l'essentiel, c'est la nature : une plage, un torrent, une montagne, un parc naturel, etc. Contact renouvelé avec les éléments cosmiques dont l'attention est souvent peu occupée pendant le temps du travail, des transports et des relations familiales. « Voir des arbres, écouter le vent chanter en les secouant, quoi de meilleur pour se réconcilier avec la vie ? » (un couple). « Je ne suis pas écolo, mais j'aime la nature. Et je voyage pour la rencontrer sous des formes qu'elle n'a pas à Paris ou même dans la vallée de Chevreuse » (un homme).

2. Ce qui est autre autour de soi, c'est aussi ce que l'on appelle les monuments : un palais à Venise ou à Florence, une cathédrale française, la place Stanislas à Nancy, etc. Ici, la nature a été travaillée et mise en forme pour exprimer quelque chose du goût d'une époque ou de l'idéal esthétique d'une période. Ici, l'offre faite aux touristes est débordante : « J'aime admirer longuement certaines façades en me laissant toucher peu à peu par l'harmonie des lignes ou les jeux de la lumière » (un homme, cinquante ans). « Nous avons visité, il y a quelques jours la corderie de Rochefort. Vous connaissez?  C'est un long bâtiment où l'on tressait jadis des cordes. Il vient d'être restauré. C'est admirable » (une famille). « Le baroque autrichien : inépuisable! » (une femme).

Bien sûr, beaucoup de ces monuments font partie de ce qu'il faut avoir vu : « J'ai fait le Mont Saint-Michel, cette année. L'an passé, c'étaient les châteaux de la Loire » (un homme). La liberté des touristes est en quelque sorte pré-orientée. Et parfois les guides ne laissent pas le temps de goûter l'émotion ressentie devant une grande œuvre d'art : il faut « tenir » l'horaire. Mais, malgré tout, les monuments ont beau être connus plus ou moins d'avance, ils ont le charme de la présence quand on les découvre physiquement : « C'est tout à fait autre chose que sur les photos. »

Ajoutons que les monuments partagent leur valeur de symbole révélateur d'une époque ou d'une civilisation avec deux autres réalités qui sont plus ou moins analogues. D'une part, nous voulons parler des ensembles « touristiques » : la Cité des sciences à la Villette, le Futuroscope de Poitiers ou encore, dans un tout autre genre, les parcs d'attractions comme Disneyland. D'autre part, il y a les musées et les expositions. Souvent lies à des monuments (palais, anciens hôtels), ces rendez-vous culturels n'intéressent pas tout le monde mais ils ont une clientèle significative. Bien des touristes, surtout ceux qui voyagent seuls, aiment voir et apprécier les signes du patrimoine d'un pays ou d'une région.

3. Ce monde autre que les touristes découvrent, c'est aussi bien entendu des personnes. « Rencontrer des gens, voir comment vivent les gens d'une autre religion, c'est cela le but d'un voyage » (un jeune couple). Avec cette précision : « C'est plus difficile de faire du tourisme pour connaître la vie des gens que pour voir les monuments historiques. » Pourquoi ? Parce que les êtres vivants livrent moins facilement leur secret que les pierres. Et aussi parce qu'ils ont beaucoup plus à communiquer que les édifices matériels. Les comprendre, cela prend du temps et cela demande du cœur.

« Considérez le monde des créatures : quelle diversité dans leurs espèces... Regardez un beau jardin rempli de fleurs... chaque fleur a son charme différent, sa beauté particulière, une agréable couleur et un délicieux parfum qui lui sont propres... Ainsi en est-il pour l'humanité... les différences au sein de la famille humaine devraient être la cause de l'amour et de l'harmonie, de même qu'en musique l'accord parfait résulte de la résonance simultanée d'un grand nombre de notes différentes... Si vous vous trouvez avec des personnes d'autres couleurs, ne vous méfiez pas d'elles. Ne vous retranchez pas derrière le mur des conventions... considérez-les, comme des roses de nuances diverses qui croissent dans le beau jardin de l'humanité et réjouissez-vous d'être en leur compagnie » ('Abdu '1-Bahà, fils du fondateur de la religion Bahài).

Une rue animée à Jérusalem ou à Tunis, un marché à ciel ouvert en Côte-d'Ivoire, au Zaïre ou à Antananarivo, un grand magasin où se pressent des foules, un restaurant où déjeunent sur fond musical discret des « notables » de Bombay : autant de possibilités de percevoir des ambiances et des gens. C'est sur ce fond global que, parfois, se détache une rencontre privilégiée : avec un commerçant, des voisins, des passants à qui on demande un renseignement. Pourquoi le courant est-il passé avec lui, avec elle, à ce moment ? Inattendu de l'accueil !

L'ailleurs que les touristes veulent découvrir a donc non seulement une forme de nature ou d'espace, non seulement une figure de constructions et de monuments, d'œuvres et de signes de la civilisation, mais aussi une présence humaine. L'ailleurs, ce sont des gens, des foules et des visages particuliers. A notre avis, les trois aspects sont inséparables. Nous ne connaissons (un peu) autrui que lorsque nous connaissons (plus ou moins) ce qu'il voit, l'espace animé de la nature et les édifices construits par ses ancêtres ou ses contemporains. Inversement, nous ne percevons pas bien ce qu'est un désert comme le Hoggar ou ce que signifie une cathédrale comme celle de Reims si nous ne voyons pas quelqu'un qui habite le désert en question ou qui prie dans le sanctuaire visité.

 

1. La Communication tourislique, PUF. « Que sais-je? », 1994.

2. Cf. Dora C. Valayer, Respect des hôtes, Labor el Fides, 1993.

 

Publié dans Anthropologie

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