Adultère comme elle, je suis malheureux et honteux. Car je n'ai pas très bien vécu ma fuite

Publié le par Michel Durand

Pietro DELLA VECCHIA Le Christ et la femme adultère  Huile sur toile H : 151 cm ; L : 206 cm Date de création : (vers 1650-1655)

Pietro DELLA VECCHIA Le Christ et la femme adultère Huile sur toile H : 151 cm ; L : 206 cm Date de création : (vers 1650-1655)

L'homme adultère oublié dans l'évangile de Jean

Jean-Claude Klotz, au détour d’une retraite spirituelle, livre une lettre imaginée à la suite du récit de Jésus concernant la femme prise en flagrant délit d’adultère (Jean 8, 1-11).

Cher Luc,

Je t'écris cette lettre parce que tu me connais bien et que j'ai vraiment honte.

Tu sais Rebecca, la très belle femme de notre ami Josué... eh bien elle était si belle que je l'ai tellement désirée et que j'ai commis avec elle l'adultère.

Si je t'écris cela, c'est qu'il lui est arrivé quelque chose d'extraordinaire. C'est arrivé à elle et pas à moi. Voilà ma honte et mon malheur.

Je t'explique. Elle a été prise en flagrant délit d'adultère avec un homme. Moi ! Moi je me suis échappé en dernière minute par l'arrière de la maison. Ils ne m'ont couru après ces lourdauds. Et comme j'avais eu la précaution de garder mes habits, ils n'ont pas vu mon visage. Sans doute est-ce un voisin qui nous a dénoncés.

Eh bien tu sais très bien ce qu'elle et moi encourraient pour un tel délit. Moïse l'avait prévu : « Si un homme commet un adultère avec une femme mariée, s'il commet un adultère avec la femme de son prochain, l'homme et la femme adultères seront punis de mort ». (Dt 20, 10)

C'est clair. Je l'ai échappé belle et pas seulement moi, mais elle aussi. Car il faut que je te raconte ce qu'elle m'a dit.

Elle a été amenée de chez elle -enfin plutôt traînée de chez elle- jusqu'au Temple. Là elle a été mise à demi dévêtue au milieu des gens, aux pieds d'un certain rabbi, du nom de Jésus. Sa renommée commençait à se répandre partout. Il venait de Nazareth, un village perdu de Galilée. Enfin sa renommée à lui était plus grande que celle de son patelin !

Ils dirent à Jésus : Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d'adultère. Moïse, dans la loi, nous a ordonné de lapider de telles femmes : toi donc, que dis-tu ? Ils disaient cela pour l'éprouver, afin de pouvoir l'accuser. Mais Jésus, s'étant baissé, écrivait avec le doigt sur la terre. Comme ils continuaient à l'interroger, il se releva et leur dit : Que celui de vous qui est sans péché jette le premier la pierre contre elle. Et s'étant de nouveau baissé, il écrivait sur la terre. Quand ils entendirent cela, accusés par leur conscience, ils se retirèrent un à un, depuis les plus âgés jusqu'aux derniers ; et Jésus resta seul avec la femme qui était là au milieu. Alors s'étant relevé, et ne voyant plus que la femme, Jésus lui dit : Femme, où sont ceux qui t'accusaient ? Personne ne t'a-t-il condamnée ? Elle répondit : Non, Seigneur. Et Jésus lui dit : Je ne te condamne pas non plus : va, et ne pèche plus.

Tu te rends compte ce qu'il a fait et dit ce rabbi-là.

Carrément il a collé la langue au palais de ces vipères et les a fait reculer l'un après l'autre en commençant par les plus anciens. Elle a pu éviter la mort à cause de cet homme. De ce qu'il a dit. Alors qu'elle a croisé cet homme de Dieu, tu crois que je l'ai échappé belle, moi ? Mais, en fait, je suis malheureux et honteux. Car je n'ai pas très bien vécu ma fuite. J'ai honte d'avoir laissé Rebecca entre les mains de ces vautours de la loi. J'ai honte aussi de ne pas avoir cherché d'abord à la protéger contre eux. Et j'ai surtout honte de ne pas avoir subi le même sort qu'elle, puisque ce rabbi lui a sauvé la vie et lui a dit « les plus belles paroles de sa vie » comme m'a dit Rebecca : « Moi non plus je ne te condamne pas. Va et ne pèche plus ! » Elle en a été profondément bouleversée. Ça l'a complètement changée. Elle est même venue dire qu'elle allait retourner comme une brebis perdue vers son mari pour lui demander pardon et elle m'a dit qu'entre nous seule une amitié pouvait continuer.

Demander pardon. Changer de vie. Ah si seulement je pouvais comme elle croiser cet homme de Dieu pour m'entendre dire une parole qui me remette debout. Moi j'avance depuis, dans la honte. Surtout chaque fois que je croise Josué, il me dit : « je suis heureux de t'avoir comme ami et tu sais ma femme a beaucoup de respect pour toi. » Jamais je lui ai dit bien sûr, mais si je pouvais un instant croiser ce regard qui s'est baissé sur Rebecca, et entendre cette voix me dire à moi aussi : « toi non plus je ne te condamne pas, va et désormais ne pèche plus ! »

Je me souviens de cette parole du prophète Isaïe : « ne faites plus mémoire des événements passés, ne songez plus aux choses d'autrefois. Voici que je fais une chose nouvelle : elle germe déjà : ne la voyez vous pas ? » C'est une parole qui m'aide à tenir. Je pense à ce qui a germé chez Rebecca et qui est resté stérile chez moi. J'aimerais moi aussi découvrir la grâce que c'est d'être ainsi aimé. Depuis ces jours-là, bien du temps a passé. Et moi je vis avec cela. Ça ne m'a pas fait avancer dans la vie. Rebecca, elle a bien changé. Depuis, toi Luc, mon ami, tu as écrit beaucoup sur cet homme de Dieu. Tu m'as raconté les histoires que le rabbi enseignait aux foules venues l'écouter ; tu sais celle du berger qui a couru après la brebis perdue de son troupeau jusqu'à ce qu'il l'ait retrouvée. Ou encore cette femme qui a nettoyé à fond sa maison jusqu'à ce qu'elle retrouve sa pièce de monnaie perdue. Il y a aussi ce père tout heureux de retrouver son fils qui était parti se perdre à l'étranger et qu'il avait attendu jusqu'à son retour sain et sauf.

Dieu, il est comme cela n'est-ce pas ? Il nous cherche jusqu'au bout. Alors, cher Luc, je me suis dit en t'écrivant, donne-moi l'adresse de ce Jésus pour que j'aille le chercher jusqu'à ce que je l'ai trouvé... Mais j'y pense, au fait, son nom, Jésus, ça veut dire « Dieu sauve »... alors si dans ce regard, dans cette voix, Dieu pouvait venir me chercher et me dire que je suis encore son enfant bien-aimé...

L'homme adultère oublié dans l'évangile de Jean

Ps : cher Luc j'y pense, tu m'as, dans ta dernière lettre, écrit quelque chose que je trouve un peu comme une lumière aujourd'hui : « une seule chose compte : oubliant ce qui est en arrière, et lancé vers l'avant, je cours vers le but en vue du prix auquel Dieu nous appelle là-haut dans le Christ Jésus ». Tu m'as dit que c'est de Paul, le pharisien de Tarse, naguère persécuteur des chrétiens et qui a eu une rencontre avec Jésus sur le chemin de Damas. Tu m'as dit que certains avaient peur de lui au début jusqu'à ce qu'il trouve en lui un frère et même un super témoin. Alors rien n'est perdu pour moi aussi, pauvre homme adultère dont personne ne parle dans les évangiles.

Publié dans évangile, Témoignage

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