Appelés à devenir davantage disciples du Christ, comment arrivons-nous à mettre en pratique l’appel à l’universelle fraternité ?

Publié le par Michel Durand

Une très bonne soirée passée autour d’activités et de jeux inter-culturelles,le tout suivi d’un repas

Une très bonne soirée passée autour d’activités et de jeux inter-culturelles,le tout suivi d’un repas

 

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Eh oui ! Me voici revenu du mois de retirement dans le centre spirituel du Prado. J’aurai plein de choses à déposer sur ce blogue en manque d’Église. - Oui, on est sans cesse en manque de perfection !

Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent… Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait. » Mat 5, 38ss

Plein de choses à écrire ! Je vais quand même tenir l’effort de courtes pages. Seulement, en suis-je capable ? En attendant, voici l’homélie de ce dimanche prononcée en l’église de Saint-Maurice à Lyon 8ème.

Pour le dimanche 28 août :
1ère lecture : « Il faut t’abaisser : tu trouveras grâce devant le Seigneur » (Si 3, 17-18.20.28-29)
Psaume : Ps 67 (68), 4-5ac, 6-7ab, 10-11 : Béni soit le Seigneur : il élève les humbles.
2ème lecture : « Vous êtes venus vers la montagne de Sion et vers la ville du Dieu vivant » (He 12, 18-19.22-24a)
Évangile : « Quiconque s’élève sera abaissé, qui s’abaisse sera élevé » (Lc 14, 1.7-14)

Ce qu’il me semble urgent de redire aujourd’hui, c’est ceci. Jésus fait le bien partout où il passe. Et, interpellé par les évènements de cette semaine, je pense aux sinistrés de Pescara Del Tronto. Des migrants sont venus proposer leur aide ; l’un d’eux, Abdullah réfugié du Bénin dit : « Nous avons éprouvé le besoin d’aider ces gens, parce que nous avons déjà vu des gens perdre la vie. Nous nous sentions mal, nous voulions les aider et leur montrer du respect et de la dignité ». Mercredi déjà, 75 réfugiés de Calabre ont fait don d’une journée d’allocation, soit 2, € 50 versé par chacun, la somme allouée chaque jour pour leur dépense personnelle.

Que dit l’Évangile de ce jour ?

Juste avant le passage que nous venons d’entendre, Jésus avait rencontré dans la maison du chef des pharisiens qui l’avait invité, un homme atteint d’hydropisie (v. 2) ; aujourd’hui, on parle plutôt d’œdème : concentration anormale d’un liquide organique dans l’organisme. C’était un sabbat, jour interdit de travail. Jésus le savait et aurait pu attendre le lendemain pour guérir cet homme. Son bon cœur le fait agir au moment même où l’homme intervient. « Il le guérit et le laissa aller ». Je pense que le malade s’était introduit chez le pharisien uniquement pour être en présence de Jésus ; il le fit plutôt en se cachant des serviteurs qu’en se signalant au propriétaire de la maison.

Les pharisiens l’observent. Jésus est vraisemblablement invité parce qu’il commence à être connu dans la ville de Jérusalem pour ses paroles et ses actions qui ne s’accordent pas vraiment avec l’enseignement des responsables du Temple. Il répond aimablement à l’invitation et il parle. Il parle avec prudence, par le moyen d’images. Il observe le comportement des invités, s’en inspire et dit une parabole : « quand quelqu’un t’invite à une noce, ne va pas t’installer à la première place… »

Jésus observe assurément l’énervement des convives ; c’est comme s’il leur entendait dire : « mais de quoi se permet ce jeune homme ! Tout juste trente ans et il veut nous faire la leçon ! Quelle insolence ! ». En fait, les invités sont plutôt lâches. Ils n’entrent pas dans le jeu d’un vrai dialogue ; ils gardent le silence. Est-ce parce que Jésus les déstabilise ? Il se pourrait bien que cela soit l’unique raison du silence alors que, rustre Galiléen, il leur a posé la question : « “Si l’un de vous a un fils ou un bœuf qui tombe dans un puits, ne va-t-il pas aussitôt l’en retirer, même le jour du sabbat ?” Et ils furent incapables de trouver une réponse ».

Enfin, Jésus se tourne vers son hôte pour lui parler des invités de ce jour ou, en général, des gens qu’il invite quand il donne un déjeuner ou un dîner. Là, verset 12, ce n’est plus une parabole.

« Quand tu donnes un déjeuner ou un dîner, n’invite pas tes amis, ni tes frères, ni tes parents, ni de riches voisins ; sinon, eux aussi te rendraient l’invitation et ce serait pour toi un don en retour. Au contraire, quand tu donnes une réception, invite des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles…

Il ne me semble pas nécessaire d’en dire plus pour saisir l’intention du Christ. Il suffit, ayant en mémoire cette tranche de vie, de se demander qui j’invite, quand j’invite ? Une révision de vie un questionnement qui pourrait se montrer douloureux tant est mise en évidence la distance entre ce que le Ressuscité propose et ce que nous vivons. Certes, il y a une image dans cette expression. Il nous revient, l’ayant écouté, de voir comment la traduire dans notre quotidien. Tâche nécessaire, bien que non simple. Attachés à notre engagement dans l’Eglise par le baptême, appelé à devenir chaque jour davantage disciple du Sauveur, comment arrivons-nous à mettre en pratique l’appel à l’universalité de notre fraternité ? Par Jésus nous sommes tous les fils adoptifs du même Père. L’Évangile nous invite à sortir de l’entre soi. Comment y arrivons-nous ? La difficulté de cette demande augmentera au fur et à mesure que s’intensifieront ainsi, en 2017, les débats électoraux.

Il y a des groupes de réflexions, groupes d’Évangile ou groupes de révision de vie, qui se penchent sur cette question. Ce serait bien que l’ensemble de la communauté puisse être informé de leurs découvertes et avec les mises en pratique. Nous pourrions enregistrer des échanges de témoignages indiquant la façon dont nous rejoignons le Royaume qui nous appelle. Personnellement, pour me muscler dans cette avancée vers le Père, j’ai puisé dans l’exhortation de François, La joie de l’Évangile. J’y ai découvert ce passage (§180) que je vous communique : « En lisant les Écritures, il apparaît… clairement que la proposition de l’Évangile ne consiste pas seulement en une relation personnelle avec Dieu. Et notre réponse d’amour ne devrait pas s’entendre non plus comme une simple somme de petits gestes personnels en faveur de quelque individu dans le besoin, ce qui pourrait constituer une sorte de “charité à la carte”, une suite d’actions tendant seulement à tranquilliser notre conscience. La proposition est le Royaume de Dieu (Lc 4, 43) ; il s’agit d’aimer Dieu qui règne dans le monde. Dans la mesure où il réussira à régner parmi nous, la vie sociale sera un espace de fraternité, de justice, de paix, de dignité pour tous. »

L’évocation des migrants en en tête d’homélie se dévoile désormais comme une parabole d’actions à mener pour construire le Royaume. Nous nous savons bien petits et la quête d’humilité exprimée par les lectures de ce jour ne peut que nous inviter à avoir le courage de durer, quel que soit le constat de nos faiblesses.

Mon fils, accomplis toute chose dans l’humilité, et tu seras aimé plus qu’un bienfaiteur. Plus tu es grand, plus il faut t’abaisser : tu trouveras grâce devant le Seigneur.

La condition de l’orgueilleux est sans remède, car la racine du mal est en lui.

Publié dans Eglise, évangile, Prado

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