Pour répondre à la Réforme protestante, on a renforcé la sacralisation et les pouvoirs du prêtre

Publié le par Michel Durand

Pour répondre à la Réforme protestante, on a renforcé la sacralisation et les pouvoirs du prêtre

 

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Il me semble que depuis les premiers jours de mon ordination presbytérale en 1970, je ne me suis jamais ressenti comme ayant une « position » supérieure à la « masse » des fidèles. Le souvenir très précis que je garde de cette conscience que le fait d’être ordonné prêtre ne me conférait pas un plus, est la demande que des religieuses à l’issue d’une des « premières messes » m’adressaient pour recevoir une bénédiction particulière du « jeune prêtre ». La bénédiction d’un père de famille, ou de toute personne baptisée, n’est-elle pas aussi forte que celle du prêtre ?

Cette demande d’être béni –traditionnelle à l’issue des ordinations- créait chez moi un malaise. J’en ai toujours le souvenir. Certes, les théologiens du sacerdoce vont parler de la réalité particulière, sacramentelle du « caractère » sacerdotal ; mais je reconnais que je n’ai jamais été vraiment convaincu par ces théologies sacerdotalisantes. Il n’y a, désormais, qu’un seul prêtre (sacerdos) Christ. Le presbyte est autre. Serviteur, image du Christ…

Assurément, il me faudrait relire le texte du concile, le décret sur le ministère et la vie des prêtres, pour me mettre à jour sur la théologie du prêtre à la suite du Grand Prêtre dans le désir, l’attente d’être enfin le véritable disciple de Jésus Christ. Sacerdos alter Christus.

C’est en lisant l’enquête d’Isabelle de Gaulmyn, Histoire d’un silence, que m’est venue cette réflexion. Je vous livre cette page où est redit ce que je trouve essentiel à savoir : de Père il n’y en a qu’un, Dieu qui est au ciel. De prêtre (sacerdos), il n’y en a qu’un, Christ ; les presbytes (anciens) peuvent être multiples,  n’ayant de pouvoir que ce qui vient d’en haut.

« Dans ce quartier comme ailleurs, beaucoup trop de catholiques en sont restés à une conception ancienne du prêtre, considéré comme le « représentant du Christ », celui par lequel se manifeste la présence du Christ dans l'église lors des célébrations et notamment lors de l'eucharistie. C'est un schéma profondément ancré dans l'histoire de l'Église catholique. On peut le faire remonter à la partition de la société chrétienne, issue de la réforme grégorienne, qui met en place un ordre où les clercs sont installés au-dessus de tous les autres pouvoirs. Et aussi à une vision issue du concile de Trente, qui, au XVIe siècle, pour répondre à la Réforme protestante, a renforcé la sacralisation et les pouvoirs du prêtre. Depuis, le concile Vatican II a rééquilibré les choses, en insistant sur une Église « peuple de Dieu », et dont chacun est coresponsable. Mais les traditions ont la peau dure ! Le prêtre, pour un catholique, reste une personne que l'on met volontiers sur un piédestal, un être qui est « d'une autre nature que les laïcs ». Car il est celui qui donne l'accès au salut. Et, à cette époque du moins, il était aussi celui qui contrôlait le rapport de ses fidèles à la sexualité.

Dans ces conditions, difficile pour des fidèles de contester un prêtre, de remettre en cause sa manière d'habiter son sacerdoce. Pour le petit cercle de parents très proches, Bernard Preynat était devenu “le Père” d'une façon très infantilisante, au fond, en une forme de révérence malsaine, qui a pu faciliter ce genre de dérive. Mais, comme me le faisait remarquer un autre prêtre de Lyon, il faudrait réfléchir autour de cette notion de “père” : il existe tout de même un interdit évangélique très clair de la part de Jésus : “Ne vous faites appeler ni père ni maître, car vous n'en avez qu'un seul qui est aux cieux.” C'est vrai. Catholique “de naissance”, j'ai cependant toujours appelé le prêtre “mon père”, sans jamais y réfléchir. Faut-il s'en offusquer ? “Non, mais à condition de ne pas s'y tromper, répond mon interlocuteur. Comme toujours, cet interdit de Jésus est destiné à nous rendre libres : nous avons un père biologique, et dans la relation spirituelle, nous n'avons pas à nous substituer à ce père-là et surtout pas à celui du ciel.” »

Entendre sur RCF l'entretien avec Isabelle de Gaulmyn

Publié dans Eglise, évangile, Témoignage

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Blaise 28/09/2016 23:40

La confusion précoce, dès le IIIe siècle, entre prêtrise et sacerdoce lévitique, c'était déjà une étape plus que préoccupante vers la sacralisation des ministères. Puis les réformes grégoriennes et le concile de Trente sont venus en rajouter une couche. Un drame en trois actes, en quelque sorte.

Michel Durand 29/09/2016 09:45

Très juste. Les monastères, sous le regard de Charlemagne, ont eu une grande influence pour formater les prêtres (presbytes) selon le moule lévitique (sacerdos).