Des villes contraintes d’accueillir des migrants dans des abris réquisitionnés découvrent que l’accueil n’est pas un problème insurmontable

Publié le par Michel Durand

Des villes contraintes d’accueillir des migrants dans des abris réquisitionnés découvrent que l’accueil n’est pas un problème insurmontable

 

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Alors que depuis l’été, j’observe que nombreuses fontaines urbaines sont dépourvues d’eau, alors que, voyant des « sans toit » venir se laver à la source des robinets des jardins publics, des municipalités coupent l’eau, alors que des jeunes sous prétexte qu’ils sont plus vieux que leur âge déclaré sont jugés indésirables sur le territoire… j’ai lu avec intérêt le texte de François Picart. Alors, je vous le communique.

Tant que la France acceptera l’argent de l’Angleterre pour bloquer les migrants sur ses rives dans le but de leur empêcher de traverser La Manche, il y aura des bidonvilles autour de Calais.

Des villes acceptent d’ouvrir des centres d’accueil et d’orientation à la demande du gouvernement pour dégager « la jungle » de Calais. Cela va dans le bon sens. Mais il n’y a pas que Calais… Est-ce une foule immense de migrants ? Quand on accepte de regarder les chiffres, on s’aperçoit que cela fait peu de monde. Mais voilà que l’Européen, devenu aveugle et sourd, gonfle dans sa tête les chiffres et refuse d’admirer le courage des Libanais et Jordaniens qui eux, savent recevoir malgré les problèmes évidents.

Et, si nous avions de la foi grosse comme un grain de sénevé, soulèverions-nous les montagnes ? Encore aujourd’hui, je vous invite à voir le film Fuocoammare. Voir la vidéo ci-dessous.

Augmente en nous la foi

Méditation de François Picart, prêtre de l’Oratoire, le 01/10/2106

La Croix 2 octobre 2016

« Si vous aviez de la foi, gros comme une graine de moutarde, vous auriez dit à l’arbre que voici : déracine-toi et va te planter dans la mer et il vous aurait obéi. » Cette phrase de l’évangile de Luc résonne au milieu du chaos dans lequel sont plongées nos sociétés : en qui ou quoi croyons-nous ? Au cœur de la crise des réfugiés, « nous y arriverons ! » s’était promis la chancelière allemande. Naïveté ou prophétisme ? En France, dans quelques villes contraintes d’accueillir des migrants dans des gymnases réquisitionnés, la conversion d’un premier sentiment de méfiance en prise de conscience que l’accueil de ces personnes n’est pas un problème insurmontable montre que la méfiance et la peur ne sont pas la seule réponse possible. Au contraire, l’esprit de miséricorde qui rend le cœur sensible au malheur est à l’œuvre : « L’association “Habitat et humanisme” a fait preuve d’un grand professionnalisme et il n’y a eu aucun incident. Nous avons répondu à leurs besoins, par exemple d’installer des points d’eau extérieurs, confie le maire de Maurepas. Je n’avais jamais été confronté à une telle situation et la vivre au quotidien, avec des gens face à soi, c’est très différent de ce que l’on voit dans les médias. Maintenant, je me demande ce qu’ils vont devenir et cela me fait réfléchir sur notre politique nationale d’accueil des migrants (1). »

Pour réfléchir sur la responsabilité humaine devant le drame des migrants à la lumière de la foi chrétienne, la phrase de Jésus « si vous aviez la foi, gros comme une graine de moutarde » peut être reprise à partir de la distinction classique entre la foi au sens de l’acte de croire, le fait de se dire croyant, et la foi au sens de ce qui est cru, la foi chrétienne, juive ou musulmane. « Nous y arriverons » est un acte de foi en la capacité de l’Allemagne à accueillir et accompagner les réfugiés. Ce qui, à première vue, semble impossible à de nombreux Allemands apparaît possible pour leur chef de gouvernement. Sans une vision des atouts et des faiblesses de l’Allemagne, l’attitude de la chancelière apparaît seulement volontariste. Avec cette vision, « Nous y arriverons » devient un acte de foi avec lequel elle relève le défi d’être sensible au malheur des réfugiés et de créer les conditions de leur offrir un avenir et, à travers eux, au pays tout entier.

Mutatis mutandis, chacun peut s’approprier le « nous y arriverons » de la chancelière en le rapportant à Jésus qui durcit son regard au moment de monter à Jérusalem et servir le projet de Dieu de rassembler l’humanité dans une vie en plénitude, où « amour et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent » (Ps 84). Un projet mobilisateur pour lequel Jésus a donné sa vie et détruit « le mur de la haine » (Ép2, 14) qui séparait le peuple d’Israël des nations païennes. La compréhension de l’Alliance entre Dieu et son peuple en a été renouvelée. C’est pourquoi sa résurrection le désigne comme celui qui peut rassembler au-delà des frontières ethniques, sociales ou géographiques à condition de le laisser nous précéder sur les chemins difficiles de la fraternité, sans se l’approprier, ni l’accaparer.

Pour laisser la source vive de la fraternité selon le cœur de Dieu faire son chemin au sein de l’humanité tentée de se contenter de vieilles citernes, laissons l’Évangile irriguer le potentiel de miséricorde dont l’humanité est capable, elle qui peut laisser libre cours à sa générosité comme se laisser aller à la violence, se rassembler comme se diviser. Imaginons une fraternité universelle pour nous accepter en frères et sœurs et agissons en frères et sœurs pour nourrir une représentation d’une fraternité universelle qui transcende celle du départ. Moins une capacité au sens d’un pouvoir dont nous disposerions qu’au sens d’une aptitude à contenir quelque chose : ici l’esprit fraternel révélé en tout homme dans la vie, la mort et la résurrection du Fils de Dieu, un esprit que nous portons en nous, telle la graine de moutarde, et qui peut germer si nous créons l’espace pour l’accueillir sans nous l’approprier. Que cet esprit nous meuve au service d’un projet qui transcende les représentations que nous nous en faisons, qu’il anime la capacité de tout homme à incarner la miséricorde de Dieu, véritable source de la fraternité donnée par Dieu. Viens Esprit de sainteté, « augmente en nous la foi ! »

François Picart, prêtre de l’Oratoire

(1) Le Monde des 21-22 août 2016.

 

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