Nos villes font des affaires immobilières et ferment les logements d’urgence, rejetant à la périphérie une partie d’elles-mêmes

Publié le par Michel Durand

22 octobre 2016, le pape François entouré de réfugiés musulmans venus de la ville italienne d'Ancona, lors d'une audience extraordinaire du jubilé de la Miséricorde. M.MIGLIORATO/CPP/CIRIC/Catholic Press Photo

22 octobre 2016, le pape François entouré de réfugiés musulmans venus de la ville italienne d'Ancona, lors d'une audience extraordinaire du jubilé de la Miséricorde. M.MIGLIORATO/CPP/CIRIC/Catholic Press Photo

Les expulsions de jeunes scolarisés continuent malgré les soutiens des habitants comme on le voit à Auch. Dans cette ville, le dernier cercle de silence s’est tenu autour de Megi, lycéenne sans papier, de nouveau menacée d’expulsion.

Devant cette ténacité des États à refuser l’ouverture de l’Europe aux migrants, je ne peux qu’inviter à lire les articles qui relatent des appels de François, évêque de Rome que la tradition appelle pape.

« Le pape François appelle à accueillir, mais aussi à intégrer les migrants »

Recueilli par Nicolas Senèze, à Rome, le 03/02/2017 – La Croix

Chargé, en décembre par le pape, de suivre sous son autorité directe la question des migrants, le jésuite canadien Michael Czerny, co-sous-secrétaire de la section pour les migrants et les réfugiés du dicastère pour le développement humain intégral, explicite l’approche de François sur ce sujet qui lui tient particulièrement à cœur.

La Croix : Le pape a souhaité que la section en charge des migrants au sein du nouveau dicastère pour le développement humain intégral demeure sous son autorité directe. Pourquoi ?

P. Michael Czerny : Il l’a lui-même expliqué dans son discours aux mouvements populaires, le 5 novembre dernier. Il a été très ému par son voyage à Lampedusa, symbole de beaucoup d’autres situations similaires. « Honte » est le seul mot qui lui est venu après ce qu’il a vu et entendu et il s’est demandé : « Que peut faire Jorge Mario Bergoglio ? ». Cela impliquait d’en parler, mais aussi une réponse concrète.

La Croix : Depuis 4 ans, le pape multiplie les interventions sur le sujet. Certaines semblent contradictoires. Quel accueil prône-t-il ?

P. M. C. : Il n’appelle pas seulement à accueillir, mais à intégrer. C’est un point important de sa réflexion. À bien des endroits, on voit comment les migrants ne participent pas à la vie commune, mais sont comme perdus dans les villes. Il ne s’agit donc pas d’ouvrir des camps de réfugiés : dans une société civilisée, il faut davantage.

La Croix : En France, certains craignent que cette immigration menace l’identité européenne…

P. M. C. : L’intégration est forcément aussi culturelle. Les migrants qui arrivent en France doivent s’intégrer dans la société française. Le pape souligne bien qu’ils doivent respecter la culture et les lois des pays d’accueil même si, comme cela se fait au Canada d’où je viens, il faut aussi être capable d’adapter nos normes pour faciliter cette intégration.

La Croix : Ceci dit, comment peut-on, face à quelqu’un dans le besoin, se poser la question de la menace de sa propre identité ? Les chrétiens ne doivent pas être effrayés. En anglais, on parle des « gated communities », ces communautés refermées sur elles à l’abri de hauts murs. Une telle mentalité n’est plus possible aujourd’hui : nous vivons dans un seul monde, on ne peut pas bâtir un monde d’exclusion.

Le pape n’a-t-il pas plaidé pour une certaine « prudence », les États devant vérifier leur capacité d’accueil ? La France, par exemple, en a-t-elle les moyens ?

P. M. C. : La France a d’énormes capacités ! Combien de logements vides y a-t-il ? Au Liban, il y a 3 millions d’habitants et 1 million de réfugiés. Je ne crois pas que la France soit dans un tel cas. Quand on se pose la question de savoir si on est prêt à accueillir davantage de personnes, il faut dépasser la simple question statistique. C’est donc plus une question de qualité d’accueil, d’esprit d’accueil, en prenant en compte les besoins spécifiques de certains, comme les réfugiés qui n’ont nulle part où aller.

La Croix : Êtes-vous inquiet de la fermeture de certaines frontières ?

P. M. C. : Il ne faut pas tirer de conclusions trop hâtives quand un pays ferme ses frontières, mais regarder d’abord ce qu’il fait et comment il le fait. Les situations sont très diverses : on ne peut pas comparer un pays de destination et un pays de transit où les migrants ne font que passer, sans volonté de rester. Les situations sont très différentes selon qu’on parle des pays d’Europe du Nord, de la France, de la Hongrie, de la Grèce… À cet égard, on voit bien que le système européen doit être nettement amélioré.

La Croix : Concrètement, que peuvent faire les catholiques ?

P. M. C. : L’influence sur les politiques est importante, et la vigilance sur la manière dont elles sont appliquées, aussi. Mais les catholiques ne peuvent rester dans les idées : ils doivent agir et être des communautés accueillantes qui montrent qu’on peut s’engager, accueillir et intégrer. Les communautés chrétiennes peuvent être des lieux d’espoir.

La Croix : Le pape insiste aussi sur les conséquences des politiques occidentales sur les pays d’origine.

P. M. C. : De fait, les pays d’accueil doivent regarder ce qui peut être fait pour la stabilisation des pays d’origine, que ce soit en termes économiques, d’éducation, de lutte contre la corruption…

Il faut aussi s’interroger sur les politiques des pays occidentaux. Ceux qui fuient leur pays : d’où viennent-ils ? Pour la France, dans quelle mesure son action politique a-t-elle contribué à leur fuite ? Dans quelle mesure le commerce français des armes contribue-t-il à déstabiliser des régions entières ?

 

 

En février, la prière du pape pour les « pauvres, réfugiés et marginalisés »

L’intention de prière du pape François pour le mois de février est dédiée à « toutes les personnes qui connaissent l’épreuve, en particulier celles qui sont pauvres, réfugiées ou marginalisées, afin qu’elles trouvent dans nos communautés accueil et réconfort ». « Nous vivons dans des villes qui construisent des tours, des centres commerciaux, font des affaires immobilières… mais laissent une partie d’elles-mêmes en marge, dans les périphéries », constate François dans la vidéo mise en ligne par le réseau mondial de prière du pape, chargé de diffuser ces intentions mensuelles. « Ne les abandonnons pas ! », exhorte le pape.

Recueilli par Nicolas Senèze, à Rome

 

Sur la page de La Croix, les commentaires ne sont pas très favorables à l’appel de  François. Seul l’homme serait vraiment humain s’il était chrétien.

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