Une gauche non productiviste, sobre, limitée dans ses ambitions de conquêtes et vivant plus de partage que d’avancées techniques

Publié le par Michel Durand

Une gauche non productiviste, sobre, limitée dans ses ambitions de conquêtes et vivant plus de partage que d’avancées techniques

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La page rédigée sous le titre : « Les chrétiens de gauche, anti-capitalistes, communistes ou anarchistes, dans le sillage notamment de Jacques Ellul, existent aussi » a suscité quelques émotions comme en témoigne les retours que j’ai pu en avoir. En les lisant je me suis dit qu’il était temps que je m’éclaircisse sur ce clivage : droite / gauche. 

 

Dans ma tête : « droite »  s’accompagne de « propriété privée » et gauche d’ « usage collectif ».  Je sais qu’il faut se tourner vers l’histoire de la Révolution française par en découvrir l’origine. Dans la salle réunissant l’assemblée nationale d’août-septembre 1789, les membres des partis politiques se positionnèrent les uns à droite, les autres à gauche pour signifier le poids qu’ils accordaient à l’autorité royale face au pouvoir de l'assemblée populaire dans la future constitution. 

Les députés partisans du veto royal (le clergé, la noblesse) se regroupèrent à droite du président de l'assemblée constituante, traditionnelle place d’honneur. Les opposants à ce veto se rassemblèrent à gauche sous l’étiquette de « patriotes ». Il représente le peuple, succession du « Tiers Etat ».

 

Emmanuel Joseph Sieyès écrit : « Qu’est-ce que le Tiers État ? Tout.

Qu’a-t-il été jusqu’à présent dans l’ordre politique ? Rien. Que demande-t-il ? À être quelque chose. »

 

Et au XIXe siècle, Proudhon dira : « Qu’est-ce que le tiers état ? Rien. Que doit-il être ? Tout. »

 

Par la suite, cette notion de droite / gauche, fut utilisée dans le monde entier par les membres des assemblées gérant la gouvernance politique. Elle indique les oppositions entre les divers partis qui se regroupent sous deux types de valeurs. 

À la droite se retrouvent les partisans des valeurs de l’ordre, de l’autorité nationale, de la sécurité, de la tradition. On est conservateur des anciennes valeurs dites : valeurs de toujours.

À la gauche, on développe les valeurs de progrès, d’égalité, de solidarité, de changement, d’initiative, voire d’insoumission.

Les valeurs de travail, liberté, mérite, justice se retrouve, à de degrés divers, dans les deux camps.

Tout cela est bien trop vite dit, mais je pense ce détour historique indispensable car il me permet de m’y insérer et de préciser ce que j’entends par la gauche que je privilégie en lui ajoutant le qualificatif de chrétien. 

Sans aucun doute, la référence à Emmanuel Mounier est inévitable.

 

D’abord, quelques précisions.

 

L’altérité est incontournable. S’il pleut, je ne peux pas affirmer qu’il ne pleut pas. Le jour n’est pas la nuit. Même si la rivière vient de la montagne, elle n’est pas la montagne. Et le masculin, n’est pas le féminin. Autrement dit, mariage pour tous, GPA ou autre mode de favorisé par les hautes performances techniques ne constituent pas obligatoirement une avancée, un progrès, mais une négation de l’évidente altérité. Une gauche qui souhaiterait un progrès sans aucune limite sort du raisonnable. 

 

De même, je considère comme absurde, la position sociétale d’une droite qui refuse tout accueil de migrants sous prétexte qu’il y a danger pour la culture et le bien-être occidental. Elle souhaite un progrès économique constant à son seul bénéfice. Absurde l’affirmation que le libre marché se régule par lui-même. Il est plutôt au service de la propriété privée tenue par quelques uns. Le plus dramatique de cette situation politique réside dans le fait que des très pauvres se laissent prendre dans les filets de la séduction populiste.

 

La gauche dont je souhaite constater l’existence entretient les valeurs de solidarité (voir de fraternité), de sobriété, de progrès humain et spirituel. Elle combat le désir égoïste du toujours plus en produits à consommer. Elle ne souhaite pas conserver l’illusion du capitalisme qui transforme l’argent en obscure divinité et, en ce sens, ne fait pas de la propriété privée une réalité qui s’hérite de génération en génération. Les biens qu’offre la Création sont destinés à toutes et à tous. Parlons alors d’égalité et de justice. Vue en ce sens, l’écologie est politique. Elle n’est pas seulement environnementale au bénéfice des populations privilégiées. 

 

Il me semble que Jean-Claude Michel, tout baigné de tradition marxiste qu’il soit peut alimenter ma réflexion. Il plaide pour une remise en cause radicale de nos modes de vie fondées sur le consumérisme. N’est-ce pas ce que doit suivre une gauche que se réfère à l’Evangile ? « Notre ennemi, le capital » devrait être observé et reconnu comme tel, tant par la droite que par une gauche qui n’est plus à gauche.

« Le “mariage pour tous”, réforme sociétale la plus emblématique de ces dernières années, ouvre la voie au marché mondial de l’enfant et à la reproduction artificielle de l’humain. “Il s’agissait beaucoup moins, en réalité, de lutter contre les préjugés homophobes… que de préparer en sous-main ce règne futuriste de Google et de la Silicon Valley – le “modèle californien” – dont tous les politiciens libéraux s’accordent aujourd’hui à croire qu’il constitue l’une des dernières chance pour le système capitaliste de surmonter ses propres contradictions”, note Jean-Claude Michéa à propos de la loi Taubira.

 

Il y a encore les illusions que font naître dans nos esprits avides d’immortalité

les extraordinaires découvertes techniques. Quittant l’homo sapiens, l’homme se surpasserait-il en devenant homo cyborg ?

( nota : Le mot anglais « cyborg » fut popularisé en 1960 pour désigner un être humain amélioré par l'intégration d'organes mécaniques artificiels). 

 

Parcourant le journal La Croix du lundi 20 mars, j’ai lu l’entretien de Corinne Pelluchon, chez moi une philosophe inconnue, par Béatrice Bouniol, journaliste à La Croix. Bien que je ne me sois jamais vraiment occupé du sort des animaux, je m’accorde assez bien à son propos. Voici sa réponse à la question « Comment, en pratique, sortir de cette logique de domination et de captation des ressources ? - La sobriété ne se décrète pas. De même, si des dizaines de livres sur la souffrance animale n’ont pas permis d’améliorer leur condition, c’est parce qu’ils n’ont pas touché le cœur des individus. Quelles dispositions morales faut-il développer chez les êtres afin qu’ils aient du plaisir à prendre soin de la nature et des animaux, que cela devienne une composante du respect d’eux-mêmes ? La sobriété implique un sentiment d’épanouissement lié à la tempérance. Cette vertu suppose un ensemble de représentations et un élargissement du sujet qui devient capable de s’intéresser à autre chose qu’à lui-même. Les affects sont seconds, comme chez Spinoza : l’envie est une passion triste produite par un rapport à soi où l’on se perçoit comme un empire dans un empire. Les individus ne modifieront pas leur style de vie sans une réforme intérieure, et donc sans une éthique qui désigne un processus de transformation de soi.

La violence quotidienne faite aux animaux est le tableau de notre honte commune. Seuls des êtres clivés peuvent accepter cette violence. Ils prôneront la bienveillance envers autrui et toléreront la maltraitance envers des êtres vulnérables ou feront en sorte de ne pas y penser. La question est de lever ces défenses et de transformer cette honte partagée en force politique. Lincoln est la figure dont nous pourrions nous inspirer. Car il a compris la profondeur des préjugés de ses adversaires qui cautionnaient l’esclavage. De même, on ne pourra pas améliorer le sort des animaux en accusant les éleveurs. Il faut modifier le système de production en donnant aux acteurs les moyens de le faire, et surtout innover pour qu’une autre manière de considérer les animaux s’impose à tous ». Et encore : « Benoît Hamon semble avoir compris que la question écologique pointait les contradictions d’un modèle de développement qui génère des contre-productivités sociales et environnementales majeures et qu’elle est aussi la chance d’une reconversion de l’économie. La question de savoir si toutes les solutions proposées sont à la hauteur du diagnostic reste entière.

Les crises sont l’occasion de mettre à plat les choses et, aujourd’hui, beaucoup de gens savent qu’il faut promouvoir un autre modèle de développement. Il importe aussi de repenser le rôle de l’État et de l’Europe dans la lutte nécessaire contre la dérégulation. Les finalités du politique ne comprennent plus seulement la réduction des inégalités ou la sécurité, mais la protection de la biosphère, la prise en compte des intérêts des animaux et des générations futures deviennent de nouveaux devoirs de l’État ».

 

Ceci dit, je ne suis pas certain d’être clair dans mon choix de préférer le groupe qui historiquement se présente à gauche et qui m’apparait davantage conforme à un engagement à la suite du Christ. Comme le suggère un correspondant, multiplions, pour affiner nos compréhensions de l’actuelle situation, les cafés théologico-politiques. Nous verrons qu’entre la gauche et la droite, il y a ne multiples nuances. Les centres, centre gauche, centre droite, centre du centre existent. Et je n’oublie pas les extrêmes.

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