Que pouvons-nous faire ? Assister silencieusement aux massacres des populations ? Observer un conflit de chefs sur des têtes civiles ?

Publié le par Michel Durand

Pablo Picasso, Guernica, 1937

Pablo Picasso, Guernica, 1937

avril 1937 : Espagne, Allemagne, Italie

avril 2017 : Turquie, Russie, Iran, Syrie

Guernica. Un lundi 26 avril 1937 des enfants, des hommes, des femmes sont tués sous les bombardements de 44 avions de la Légion Condor allemande nazie et 13 avions de l’Aviation Légionnaire italienne fasciste, en appuie du coup d’Etat nationaliste contre le gouvernement de la Seconde république espagnole. 

9 Avril 2017 : « Plus d’un millier de civils tués par les bombardements depuis le début du mois : arrêtons le carnage à Mossoul et en Syrie. Chaque jour depuis le 19 février, des dizaines de civils en Irak et en Syrie sont tués par les bombardements de la coalition occidentale à laquelle participe la France ». Voir ici !

Que font les gouvernements de la Communauté Européenne ? Que pouvons-nous faire ? Assister silencieusement aux massacres des populations ? Observer un conflit Poutine - Trump via Erdogan sur les têtes des population syrienne afin d’éradiquer Daesh ? Voir ici !

L’évêque de Rome, le pape François, appelle à la paix. Comment est-il entendu ?

"Que le Seigneur soutienne les efforts de tous ceux qui s’emploient activement à apporter soulagement et réconfort à la population civile en Syrie. La Syrie, ce pays aimé et martyr, victime d’une guerre qui ne cesse de disséminer la mort et l’horreur ».

 

Lisant depuis quelques jours le texte de Georges Bernanos, les grands cimetière sous la lune, je suis étonné de la ressemblance des évènements. Certes l’histoire ne se reproduit pas à l’identique. Mais, quand même, ce qui se vit autour de la Syrie semble déjà avoir été vécu. 

J’ai du mal avec le récit de Bernanos. Ses phrases sont parfois longues ; je ne vois pas toujours où il veut en venir. Surtout, je ne connais pas assez cette guerre civile en Espagne pour comprendre tout ce qui fut subit. Comment un tel scandal a-t-il pu être observé sans que Justice l’emporte ? La peur d’un déclenchement de guerre mondiale paralyserait-il toute initiative ? 

Par ailleurs, à lire Bernanos j’ai du mal à comprendre (ou admettre) que les cadres de l’Église catholique furent ainsi compromis avec les tenants d’un coup d’État contre le peuple. Comment est-ce possible que le peuple, les habitants, les légitimes républicains ne fussent pas efficacement soutenus ? Nostalgie d’une nation gouvernée par un roi catholique ?

« La tragédie espagnole est un charnier . Toutes les erreurs dont l’Europe achève de mourir et qu’elle essaie de dégorger dans d’effroyables convulsions viennent y pourrir ensemble. Impossible d’y mettre la main sans risquer une septicémie ». 

Comment ne pas être que spectateur ? 

G. Bernanos : « Sans doute, les évêques espagnols, s’ils perdent leur temps à me lire, (l’ouvrage a été rédigé en 1938) vont me prendre pour un mécontent. Ils croient, bien à tort, jouer le rôle du spectateur qui de sa fenêtre contemple une rixe et donne, en toute sincérité, avec bienveillance et courtoisie, son opinion sur les adversaires, au sergent de la ville qui est arrivé naturellement en retard et n’a rien vu ». 

Et aussi : « La personne que les convenances m’invitent à nommer Mgr l’évêque de Majorque a signé la lettre collective de l’épiscopat espagnol. J’espère que la plume a dû trembler dans ses vieilles mains. Il n’a rien pu ignorer de ces meurtres. Je le lui dirai en face, où et quand l’on voudra… Un de ses chanoines… licencié en théologie avait toujours paru approuver sans restriction l’autorité militaire. Ce parti pris inquiétait l’une de ses pénitentes qui n’avait jamais osé cependant l’interroger ». 

Je me demande, notamment à l’occasion des actuelles élections, si nous ne succombons dans ce silence craintif. Ne sommes-nous pas volontairement silencieux, (on ne parle pas des choses qui fâchent), aveugles, ignorant ainsi volontairement, par crainte des nécessaires changements, ce que tous savent ? Les catholiques soutiennent ceux qui mettent en avant la puissance d’un marché libéral ; or, c’est ce libéralisme économique qui alimentent les guerres. Les destructeurs de villes, tuant les populations, savent qu’il y aura ensuite reconstruction. Ouverture vers une nouvelle croissance économique. Le Russie se prépare dès maintenant.

En fait, fatigué de tant de réflexions dramatiques, j’ai délaissé Les grands cimetières sous la lune.

Sur une étagère de la bibliothèque attendait L’enfant de Noé. Récit d’Emmanuel Schmitt. Je l’ai lu avec grande joie et émotion d’une seule traite (120 petites pages). Voilà qui m’a consolé des délations de la guerre d’Espagne ! D’hier à aujourd’hui, des personnes s’organisent pour recevoir dans leur maison des exclus de la société bien pensante. Hier, des Juifs ; aujourd’hui, des Migrants, qu’ils soient réfugiés politiques ou migrants économiques. « L’enfant de Noé, écrit Patrick Besson (Marianne), est un livre mystique , dans le meilleur sens du terme. Il est plein de questions que pose chaque instant d’une vie terrestre. Tout est drôle, tout est triste . L’innocence est un don du ciel, l’expérience aussi. »

Pour une meilleur connaissance de l’auteur je vous invite à écouter cet entretien donné à l’occasion de la sortie du livre La nuit de feu.

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