Ne pas dire ce que l’on pense sous réserve de laisser libre les consciences apparaît comme une trahison.

Publié le par Michel Durand

Ne pas dire ce que l’on pense sous réserve de laisser libre les consciences apparaît comme une trahison.

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Mise à jour concernant les échanges à propos de l’élection présidentielle 2017

Afin de constituer une « mémoire » des avis et témoignages de personnes avec qui je suis en contact, je place en ce lieu les commentaires reçus qui ont circulé sur la « toile ». Si une jour une rencontre est organisée, ils serviront de base de données facilitant les échanges. 

Textes au 5 mai 17 :

un « billet d’humeur » envoyé au magazine La Vie, samedi dernier. Il n’a sans doute pas été jugé très clair ou pertinent pour trouver une place dans leur édition, en tout ou partie. En fait, cela vaut peut-être mieux... Malgré tout, je me risque à vous le faire passer fraternellement.

> Marine Le Pen, théologienne ?

A l’occasion de cette campagne présidentielle, plusieurs journaux catholiques se sont largement fait l’écho de deux grandes thèses théologiques soutenues par Mme Le Pen, en l’interviewant. Pourquoi pas ? N’aurait-elle pas le droit, elle aussi, de faire de la théologie ? D’une part, elle soutient que dans la Bible, l’accueil de l’étranger ne concernerait qu’une hospitalité familiale et interpersonnelle, mais ne constituerait en aucun cas un paramètre pertinent pour l’organisation collective de la cité. Elle affirme que « la charité ne peut être qu’individuelle ». D’autre part, toujours dans la Bible (Ancien Testament et Nouveau Testament confondus), la fraternité n’aurait selon elle qu’une signification interne, voire « nationale », en tout cas jamais universelle. 

Mais je me pose une question : finalement, Mme Le Pen aurait-elle raison sur ces deux thèses? Et aurait-elle raison de faire par là-même une verte leçon de théologie et d’exégèse biblique aux évêques de France et jusqu’au Pape lui-même ? Car je constate que ces affirmations ne donnent finalement lieu à aucune controverse théologique ou exégétique, aucune prise de distance, aucune réponse, aucune condamnation par personne : ni de la part de théologiens ou d’exégètes, ni de la part du Magistère veillant fidèlement sur le dépôt de la foi reçue des Apôtres. Nous pourrions donc facilement en conclure que Mme Le Pen serait une excellente théologienne et le Front National la meilleure de nos écoles d’exégèse biblique, valant bien celle du Pape et de nos évêques, voire du Catéchisme de l’Eglise catholique ! Chapeau bas !

A moins que, du point de vue des théologiens et du Magistère, de tels arguments soient jugés en réalité trop grossiers pour pouvoir être véritablement pris au sérieux par les fidèles lecteurs de ces journaux. Pourtant, qui ne voit que ces thèses font ainsi leur chemin dans l’esprit de nombre de chrétiens ? Et qui ne voit clairement, que commence une « lepénisation des esprits chrétiens » et même de la théologie, comme nous avons assisté à une lepénisation progressive des esprits citoyens ?

Quand allons-nous réagir ? Théologiens, exégètes, évêques, curés et baptisés. Quand allons-nous débusquer cette hérésie nationaliste (re)naissante, avant qu’elle ne défigure notre foi en Christ ! Non, la Bible (Ancien Testament et Nouveau Testament réunis) ne nous présente pas une approche seulement individualiste de la charité. Non, la Bible ne nous présente pas un visage seulement ‘’nationaliste’’ de la fraternité : si cette trace-là existe, c’est pour souligner la qualité des relations fraternelles qui doivent aussi exister entre tous les serviteurs de Dieu ; mais vouloir gommer à ce point de toute la Bible les appels universalistes à la fraternité, de plus en plus clairs et récurrents, est extrêmement grave ! C’est pourquoi il s’agit à mon sens, sur le fond, d’une dérive nationaliste tendanciellement hérétique, qui tôt ou tard sera condamnée par l’Eglise catholique et apostolique. Non, les rois et les gouvernants qui, dans la Bible prétendent authentiquement servir le Peuple, ne peuvent pas impunément avoir l’arrogance de parler à la place de Dieu, en éliminant ses prophètes... Y compris, quand ceux-ci les interpellent parfois vivement, tout en restant à leur place originale et sacrée.

Père Philippe BRUNEL,
responsable du Prado de France

 

> Je n’ai pas pris part à tous ces échanges de mails mais je vous suis reconnaissant de ce débat très éclairant.

Merci à tous.
Paul Vuillermoz

 

> Au lendemain du premier tour des élections présidentielles, mes responsabilités au sein du Service national pour  les relations avec les musulmans m’ont amené à partir pour l’Egypte, puis la Tunisie, avant de revenir en France mercredi soir.

A 3000 kilomètres de l’Hexagone, observer la campagne électorale en vue du deuxième tour amenait à constater, d’une part, une extrême violence verbale dans le déroulement même de la campagne et, d’autre part, une instrumentalisation du religieux par le ralliement de certaines personnes ou mouvements à l’ancienne présidente du FN.

Devant le choix de l’épiscopat français, d’une part, de ne pas donner de consignes précises de vote et, d’autre part, de proposer de manière plus ou moins réussie des critères de discernement en vue de permettre à chacun de faire un vote responsable et éclairée, un malaise a rapidement été perceptible tant dans la lecture de la presse que dans les échanges interpersonnels.

Il en a résulté, peu à peu, une montée en puissance d’une  mobilisation de fidèles, d’instances et mouvements chrétiens…. et du presbyterium lyonnais à travers les échanges de mails.

Cette mobilisation a permis et permet, sans conteste, un heureux et vrai débat.

Or, c’est au moment où je revenais parmi vous en terre lyonnaise que j’ai vu se manifester une heureuse et saine clarification à travers deux textes et un événement qui illustrait à la perfection ce que les textes partageaient.

L’événement est tout simplement le débat télévisé de mercredi entre Marine le Pen et Emmanuel Macron. Il restera dans les annales, tant il fut violent et… éclairant sur la personnalité de ses acteurs.

Les textes sont, d’une part, la déclaration de Mgr Georges Ponthier et, d’autre part celle des responsables des Eglises de Lyon.

Le premier déclare en effet :

Pour nous, chrétiens, ces élections sont un jalon très important de notre vie démocratique. Elles s’inscrivent dans un processus qui doit garantir la paix sociale, l’unité de notre nation, la prospérité au service de tous. Mais l’élection présidentielle ne saurait être considérée comme une fin en soi. Notre pays est aussi conduit par nos députés, nos sénateurs, nos élus locaux. Après ce scrutin, il faudra aussi s’intéresser aux suivants et continuer à participer à la vie démocratique. J’ajoute que la participation des chrétiens dans la vie de notre société se mesure aussi, chaque jour, dans de multiples engagements. Notre pays est aussi construit par ces millions de personnes qui s’engagent, souvent gratuitement, au service des autres. Ils montrent que notre devoir de citoyen ne s’arrête pas à la sortie du bureau de vote.

La position de la Conférence des évêques de France n’est pas simple. Il serait plus facile de donner une consigne de vote. Les évêques s’y refusent depuis 45 ans et il faut avouer que, bien souvent, ceux qui nous en demandent souhaitent qu’on leur dise ce qu’ils ont envie d’entendre. L’Église croit en la valeur du politique qui ne saurait se rabaisser à des invectives et des postures. L’injure, la déformation, l’instrumentalisation de propos ne sont pas dignes du débat. Nous l’avons dit avec force en octobre dernier dans le document du Conseil permanent : « Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique ». A-t-on, alors, été écouté ? Après, il faudra sans doute que les politiques s’interrogent pour savoir comment nous en sommes arrivés à cette situation inédite où plus de 40% des français au premier tour ont voté pour des extrêmes. J’ajouterai en guise de conclusion une invitation à la confiance, à la fraternité, à la responsabilité. La devise de notre pays est belle : liberté, égalité, fraternité. Elle est entre nos mains de citoyens.

Les seconds soulignent :

Cette situation d’une ampleur inédite n’est pas sans risque car nous ne pouvons pas considérer comme anodine la présence au second tour d’un parti qui, historiquement a toujours été porteur d’un discours nationaliste dangereux dont la mise en œuvre serait désastreuse. Nous croyons que l’Évangile que nous avons reçu et que nous essayons de vivre, nous engage sans cesse à être des « artisans de paix », des « affamés et assoiffés de justice ». C’est pourquoi aujourd’hui nous tenons à rappeler ensemble que nous sommes et nous serons toujours clairement engagés pour que reculent les discriminations, les inégalités, la violence, la xénophobie et toutes les paroles de haine qui fracturent notre société.

C’est ainsi que nous entendons prendre part à la responsabilité commune de construire et servir la société dans laquelle Dieu nous donne de vivre.

Il ne nous reste plus maintenant qu’à voter en conscience ce dimanche et surtout à favoriser le débat, les échanges et les clarifications en vue du bien commun pendant la campagne des élections législatives qui débutera lundi prochain.

Au 18 mai pour le prochain Conseil presbytéral !

D'ici là, méditons la phrase du pape François aux chrétiens égyptiens : « L’unique extrémisme admis pour le croyant est celui de la charité ».

Vincent Feroldi

 

> Bonjour à tous,

Je remercie Christian de m’avoir mise dans cette boucle… je lui avais répondu directement pour ne pas surcharger les boites mais je remercie ceux qui ont partagé ici leur pensée : c’est toujours éclairant pour le discernement et cet échange a fortifié en moi l’appartenance à un corps ecclésial. Sans doute en avais-je besoin…

Restent tout de même certaines ambiguïtés  et certains silences… qui vont sans doute marquer les législatives.

En ce temps entre Pâques et Pentecôte nous pouvons invoquer l’Esprit pour notre Eglise, au bord de la division si j’écoute ici ou là… l’Esprit qui est principe d’unité dans la diversité a besoin de souffler fort et nous à ne pas craindre les courants d’air…

Bien fraternellement
Régine Maire

 

Du 4 mai

> Bonsoir à tous
Notre EAP a décidé de publier la déclaration du CREL sur le site de la paroisse, FB et de l'imprimer pour les paroissiens à la sortie des messes. Cette déclaration est très claire et sans ambiguïté et nous n'aurions rien à rajouter. Je suis étonné de la déclaration de notre évêque sur le site du diocèse laissant penser que la prière et des critères de discernement peuvent amener à voter FN.

Fraternellement
Damien Guillot

 

> Je reprends un mail envoyé dans un premier temps seulement à Pierre, mais après quelques rencontres où je sens l’amertume et la colère  de chrétiens qui se battent quotidiennement pour accompagner les migrants, je décide d’en faire profiter tous les destinataires.

 Pierre,
Ton analyse ne me poserait aucun problème s’il ne s’agissait pas du Front National ! Mais j’ai fait la liste des personnes que je connais personnellement  et qui seraient expulsées et/ ou privées de tout droit sous la domination du Front National :

Noëlla et ses enfants ( dont quatre que j’ai baptisés : Nathan, Jonathan, Fanélie et Chrinovie), Rose et Jeanne Claire  qui ont aidé à la catéchèse à Albertville, tous originaires de RDC

Thaime et son fils Pierre qui a été servant d’autel à Albretville,   du Congo Brazzaville

Suraïa et son fils Adilson, angolais,

David et Maia, et leurs deux filles, Géorgiens,

Jean de Dieu et sa famille, Hozanna, Eric, Emmanuel,   Rwandais et menacés par le régime dictatorial du président Paul Kagamé… (Voir dans « La Croix » de ce jour la recension d’un ouvrage sur le  génocide Tutsi au Rwanda où la France n’est pas précisément à l’honneur)

Et tant d’autres  que des Albertvillois, chrétiens ou non, accueillent, hébergent, soutiennent…

Alors si, moi,  dans la modeste paroisse d’Albertville, je peux en citer autant, qui ne sont ni des terroristes, ni des profiteurs qu’en est-il sur l’ensemble du territoire ?

Alors, merde, le Front National, c’est NON, NON, et NON !

Je n’attendais que cela de nos  évêques.

Bernard Badaud

 

 

> Bonjour,
j'avais déjà répondu à Christian, au P. Barbarin, à Pierre etc..

Je redis Merci à Christian d'avoir permis ces échanges entre beaucoup d'entre nous, comme cela a eu lieu dans ma paroisse par mails, dimanche et lundi; il y a un grand besoin de parler; hier, ce sont des personnes du MCR, 75-90 ans qui ont abordé elles-m^mes la question, avec leurs inquiétudes et la surprise et la joie de pouvoir parler ensemble "politique" en réfléchissant.

On en parle aussi en prison...des personnes détenues ont peur pour leur famille; des surveillants sont plus "pro Le Pen" car leur situation est difficile; ils ne demandent pas plus de prisons ni de sécurité, mais de meilleures conditions de travail ,plus de personnel de surveillance et au service social pour suivre les personnes détenues et préparer la libération, meilleur gage pour la sécurité des gens.

Merci à Bernard.
Yves

 

> C’est une parole forte, et elle émane d’une figure majeure de l’épiscopat français. Alors que les évêques sont de plus en plus nombreux à s’exprimer sur le second tour de l’élection présidentielle – près d’une trentaine, jeudi 4 mai à la mi-journée – le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, a exprimé clairement son opposition au Front national et à sa candidate Marine Le Pen. Le cardinal s’est exprimé, aux côtés des représentants de toutes les Églises chrétiennes de Lyon – catholique, arménienne apostolique, orthodoxe grecque, anglicane, protestantes et baptiste – dans une déclaration œcuménique publiée mercredi 3 mai.Les signataires mettent en avant leur « grande diversité », qui ne les « empêche pas d’être très profondément unis en Christ, et constitue (…) une occasion féconde d’enrichir notre réflexion en nous ouvrant à l’échange, au débat, au partage ».Surtout, tout en rappelant qu’« il n’existe pas en tant que tel un vote “chrétien” », ils estiment que la présence de Marine Le Pen au second tour de la présidentielle constitue « une situation d’une ampleur inédite » qui « n’est pas sans risque ». « Nous ne pouvons pas considérer comme anodine la présence au second tour d’un parti qui, historiquement a toujours été porteur d’un discours nationaliste dangereux dont la mise en œuvre serait désastreuse », écrivent-ils.

Olivier Petit

 

> Cher Pierre,
En vérité, je ne m'attendais pas à cette réaction de ta part ( je ne suis pas le seul! ), et je suis quelque peu désorienté! Cela a néanmoins l'avantage de nous pousser tous à plus de réflexion et à faire circuler la parole entre nous. D'autant plus que l'Eglise catholique -- celle de Lyon comme notre Eglise au plan national -- va avoir du mal à se remettre de ce qui est en train de se passer ces jours-ci et qui a une dimension historique ( en ce sens que l'attitude de la Conférence épiscopale et de la plupart des évêques laissera une trace peu glorieuse dans l'histoire ). 

Tout ce que tu dis est évidemment très pensé -- sans doute aussi "prié" --, très intelligent. Je comprends ton souci de laisser aux chrétiens toute leur liberté de choix, et, du même coup, ton approbation de l'attitude générale de l'épiscopat français dans les circonstances présentes. Ayant aussi pesté contre l'investissement de nombre de nos évêques ( dont le nôtre! ), de celui de confrères prêtres, de militants chrétiens dans la "Manif pour tous" et son homophobie majoritaire, je serais parfois tenté de te suivre dans ton raisonnement ! 

Seulement voilà: peut-on toujours en rester aux principes, à l'énoncé de critères de discernement, et ne pas "mouiller la chemise", prendre le risque d'une parole et de gestes prophétiques quand la situation est  "hors norme", réellement dangereuse ?

Si on suit ta réflexion ( celle-ci n'est pas vraiment en cohérence avec ce que l'on sait de toi ), il n'y aurait pas eu de prêtres et de pasteurs dans la Résistance au nazisme ( je ne parle pas des évêques, car on sait -- et toi l'historien encore plus que les autres -- ce qu'a été, malheureusement, majoritairement, leur position à l'époque ). Il n'y aurait pas eu Helder Camara, Oscar Romero et les évêques et les prêtres engagés dans la résistance aux dictatures latino-américaines. Il n'y aurait pas eu les colères de l'Abbé Pierre et de Soeur Emmanuelle. Il n'y aurait pas eu toutes les luttes de solidarité avec les immigrés dans lesquelles tant de prêtres ont été impliqués jusqu'à aujourd'hui. Etc.

Tu me répondras peut-être que la possibilité de l'accession de Marine Le Pen à la présidence de la République ne présente pas les mêmes dangers que l'arrivée, hier, de Hitler au pouvoir ( par la voie des urnes! ), ou les mêmes dangers que ceux des régimes non-démocratiques latino-américains ( pour ne citer que ceux-là ). Cela reste à prouver! Le Front National n'est pas un parti "comme les autres". Nous avons encore pu le voir et l'entendre ce mercredi soir à l'occasion du débat télévisé de l'entre deux tours avec la haine ricanante dont n'a pas su se départir Marine Le Pen. Ce parti relève d'une famille idéologique qui, historiquement, a semé la haine, la violence, les persécutions. Il est fondé sur la haine "des autres" considérés comme les ennemis "du peuple français", la xénophobie étendue aux Allemands comme aux Algériens, la volonté de détruire une Europe ( à l'organisation certes bien déplorable en bien des points ) qui nous a apporté -- parenthèse inouïe dans l'histoire -- quelque sept décennies de paix... 

La position que j'ai prise ouvertement ces derniers jours n'est pas celle d'un jour: voici presque cinquante ans, tu le sais, que je suis engagé dans les combats contre le racisme, les discriminations, les discours de haine. Je me serais tu, je ne serais plus l'homme que j'ai essayé d'être toute ma vie, ni le prêtre clairement impliqué sur ces questions que je suis depuis mon ordination. Ce que je dis, au demeurant, est dans une continuité parfaite avec les positions sans ambiguité qu'ont eues par le passé les cardinaux Albert Decourtray et Louis-Marie Billé. Par bonheur, notre archevêque, le Père Philippe Barbarin, a co-signé hier, avec les autres responsables d'Eglises chrétiennes à Lyon, un texte qui affirme clairement: " nous ne pouvons pas considérer comme anodine la présence au second tour d’un parti qui, historiquement a toujours été porteur d’un discours nationaliste dangereux dont la mise en œuvre serait désastreuse". Il ne l'aurait pas fait, j'aurais remis toutes mes charges. 

Les millions de nos compatriotes qui ont voté pour Madame Le Pen l'ont fait pour des raisons très diverses. Beaucoup croient pouvoir tenter de faire confiance à la chef du Front National simplement parce qu'ils se sentent oubliés, marginalisés par les phénomènes de mondialisation et de financiarisation de l'économie. Il ne s'agit donc pas de jeter l'opprobre sur eux, mais il reste important de leur dire qu'ils se trompent lourdement et tragiquement.  

Merci, en tout cas, Cher Pierre, d'avoir eu le souci et la franchise de répondre à mon interpellation et de nous avoir partagé ton point de vue.

Fraternellement,
Christian

 

> Qu’est-ce qu’on fait ?

 Ben on vote… Nous sommes des citoyens français. Et si l’occasion s’en présente nous débattons mais peut-être en arrêtant de la jouer « curé » ou « ecclésiastique » car ça consonne avec « Tartuffe ».

 Puis chacun en fonction de son tempérament et de ses compétences insistera sur tel ou tel aspect au fil des débats et s’attachera à élucider les non-dits des programmes et des discours ou rappellera des choses oubliées.

 Quant aux évêques, leur prudence de chat se comprend…

 Le buzz médiatique et juridique de l’an dernier en direction de notre Cardinal et de l’Eglise a été la réponse à son investissement dans la Manif pour Tous. Ils ont donc enregistré le message que toute implication politique trop forte se paie au prix fort. Du coup, ils se tiennent à carreau sauf notre Kamikaze varois, à savoir Dominique Rey.

 Bien fraternellement,
Olivier Petit

 

 

 

Publié dans Eglise, Politique, évangile

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Christiane Grimonprez 06/05/2017 20:10

"Laisser libre les consciences apparait comme une trahison". J'ai entendu beaucoup d'ami(e)s que j'aime bien s'élever avec véhémence contre le silence des évêques mais je garde une interrogation et même plutôt l'envie de comprendre la position des évêques.
- Bien sûr pour moi le FN n'est pas un parti comme les autres, sauf que... Rappelez- vous, les plus anciens, le débat quand certains voulaient l'interdire... et il n'a pas été interdit donc pour le commun des mortels, il est dans la liste des choix possibles...
- Beaucoup de choses ont été écrites contre le FN (fort bien d'ailleurs : dernière prise de positions de l'ACO ces derniers jours par exemple) mais elles sont efficaces à la condition de s'inscrire dans un compagnonnage habituel entre des personnes, dans des choix quotidiens de fraternité. Je crois peu à l'efficacité des grandes prises de position qui tombent sur les gens... D'ailleurs le FN progresse inexorablement.
J'ai au moins une conviction claire c'est que ce sont des changements de choix politiques (lutte contre le chômage efficace, contre les déserts en tous genres qui font que des gens se sentent exclus) qui peuvent faire reculer le FN bien plus que nos paroles même très fermes.
Je suis personnellement très interrogée par la sociologie des votes Macron et Le Pen qui mettent bien en évidence toutes les carences de notre société pour qu'il y ait effectivement plus de justice et de fraternité. Pour aller au fond de ma pensée je ne pense pas qu'en votant Macron on ait beaucoup de chance de faire changer la situation. Je voterai Macron sans hésiter le moins du monde puisque c'est le choix qu'on a, mais sans penser que la politique qui sera menée sera en mesure d'imposer un recul au FN.
Il me semble aussi que nous avons tous une lourde responsabilité dans le fait que le catholique lambda ne connaisse pas la pensée sociale de l'Eglise, ne connaisse pas les textes des évêques car quand même, je prends le pari qu'il est difficile de trouver une phrase dans les textes de la CEF depuis 10 ans qui puisse justifier un vote FN. Dans ma propre paroisse je n'ai pas vu circuler quelques phrases fortes de ces textes (par exemple le passage sur la fraternité dans le discours d'ouverture de Mgr Pontier à l'AP de mars). Alors après je trouve un peu facile d'attendre simplement qu'ils disent "au 2ème tour, votez Macron pour faire barrage à Le Pen"... sans compter que je ne crois pas du tout à l'efficacité de ces paroles car leur voix ne porte pas depuis déjà pas mal de temps... Pas seulement à cause des affaires mais parce que de façon générale les voix soi-disant autorisées ne font plus autorité. On le voit déjà dans les reports de voix de ces élections.
Sur Ph Barbarin signant l'appel commun, ce qui me réjouit c'est l'appel oecuménique mais je n'oublie pas combien la participation de notre Cardinal lors de LMPT, son insistance pour qu'on y aille, etc a profondément divisé certaines communautés paroissiales. Finalement cela me fait apprécier leur choix de silence au moments des élections et le fait de donner des repères avant... qui n'est pas nouveau.
Enfin je pense aussi que cette position des évêques est assez juste au regard du Concile Vatican II qui a fortement modifié le rapport Hiérarchie/Peuple. Rappelez-vous la bataille qu'ont mené des évêques allemands, français et belges pour que le chapitre 2 de Lumen Gentium sur le Peuple de Dieu précède le chapitre 3 sur la constitution hiérarchique de l'Eglise ça dit qu'évêques et prêtres sont dans ce Peuple de Dieu et pas au-dessus à donner des ordres. Le Pape François quand il dit aux évêques qu'ils sont parfois à la tête de leur peuple, parfois à coté et parfois derrière me semble aller dans le même sens. Cela ne me gêne pas que des positions plus tranchantes soient portées par des laïcs, cela me paraît même assez normal. Je n'interdis ni aux prêtres ni aux évêques d'avoir des postures qui se veulent "prophétiques" mais s'ils choisissent autrement, je ne vois pas de quel droit je les harcèlerai pour qu'ils changent de position.
Les évêques ça parle, c'est un peu fait pour cela ; mais dans le contexte actuel (en tout cas dans les diocèses qui ne sont pas monstrueux par la taille) il me semble que c'est beaucoup plus leur manière habituelle de se situer avec les gens (les plus exclus, les prisonniers, les migrants) qui est témoignage
et éloigne un vote FN.
Excusez moi d'avoir mis mon grain de sel mais c'est un débat qui me tient à coeur car le défi est quand même : que faire pour que le FN soit privé du terreau qui le fait vivre ? et ça je n'ai pas la solution...

Michel Durand 07/05/2017 09:15

Que faire ? Il me semble que l'ensemble des débats à l'occasion des élections donne à penser sur les orientations pastorales de nos communautés. Une personne en mission dans la JOC faisait me remarquer hier que la promotion d'une pastorale des jeunes par le biais des pèlerinage avait aujourd'hui plus de poids que le cheminement dans les petites équipes de l'Action catholique. On ne va pas restaurer les pratiques de la révision de vie du milieu du XXe siècle. Mais, il y a innover dans cette direction.