Ne pas dire ce que l’on pense sous réserve de laisser libre les consciences... Suite...

Publié le par Michel Durand

Ne pas dire ce que l’on pense sous réserve de laisser libre les consciences... Suite...

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Je souhaite par cette compilation donner les éléments pour favoriser une réflexion ouvrant sur les choix d'engagements en action missionnaire d'évangélisation et de suivi pastoral. 

AU 6 MAI

Assurément, il y a beaucoup plus de message à indiquer dans ce « dossier » que je l’imaginais juste en commençant. Cela de vient impossible de trouver le temps de tout lire. Je continue quand même à déposer les « pages » reçues ; cela pourra servir de fonds dans lequel plonger pour alimenter le débat que je pense souhaitable dans une révision de nos pratiques pastorales. Mis à part quelques rencontres, les jeunes chrétiens, dont des jeunes prêtres, sont plutôt absents des échanges. Le constater ne peut empêcher d’espérer que le dialogue s’étendra à toutes générations.

Il importe de suivre ce lien qui donne de nombreuses informations.

et celui-ci, dans Le Monde : Le silence historique des évêques de France

> De Bruno-Marie Duffé. A tous,
De retour d’une mission à l’étranger pour le CCFD – Terre Solidaire, j’ai pris connaissance de l’échange des mails engagés après la belle et forte initiative de Christian. Merci à lui, à Pierre et à tous ceux qui ont apporté leur contribution à ce débat qui, à mes yeux, devait avoir lieu.
Il nous rappelle en effet que
1.         La question politique nous touche, dans nos convictions, nos sensibilités et l’exercice même de la mission dans laquelle nous sommes engagés, au nom de l’Evangile.
2.         La question politique requiert une analyse qui en appelle à la fois à notre mémoire collective et à la conception que nous nous faisons de l’implication des chrétiens dans l’histoire, partagée, jour après jour,  avec nos contemporains. Je pense à ce que nous vivons dans la solidarité avec les migrants, entre autres.
3.         Ce que cette analyse met en lumière, c’est que la présence de l’Eglise (communauté et pasteurs)  au cœur de la société, se donne avant tout comme un témoignage modeste, libre et fort qui ouvre à l’espérance et nourrit  les consciences.
4.         La fonction de « mémoire » qui est constitutive de cette action de l’Eglise en dialogue et en débat, contribue au discernement (et à la décision, en l’occurrence par le vote), qui reconnaît le pluralisme mais qui rappelle en permanence les butées et les limites de ce pluralisme (Cf. je repense à la recherche de Gabriel Matagrin, dans les années 1970 sur les limites nécessaires dans la « pratique chrétienne de la politique ». En un mot : impossible de tenir la violence du pouvoir et l’Evangile).
5.         Le rappel de l’incompatibilité entre une idéologie de l’exclusion de l’autre et l’affirmation de l’Evangile nous vaut parfois des « retours » violents (expérience faite). Des retours qui me donnent personnellement à réfléchir sur la déchirure entre catholiques qui est en train de s’opérer, dans le champ du politique et sur ses incidences en matière de pastorale.
6.         Il nous faut également prendre en compte la dévalorisation très inquiétante de la responsabilité politique, au sein de notre culture. Dévalorisation liées aux « affaires » et lourdement entretenues par un système de communication et d’échanges qui exerce un réel pouvoir sur les consciences.
7.         En clair, nous ne pouvons pas ne pas participer à ce travail de la réflexion critique – au sens premier du terme – par laquelle nous comprenons où nous conduisent les discours qui stigmatisent et excluent, au lieu de d’imaginer et de construire (ce fameux « contrat social » appelé par beaucoup), sur le mode exigeant de la Parole. Ce travail nous inscrit, au cœur de la société, dans la triple fonction du ministère : l’écoute, le conseil et la pédagogie morale et spirituelle, grâce auxquels nous pouvons percevoir  les discours qui conduisent à la mort et ceux qui ouvrent à une plus grande humanité.

Bien fraternellement
Bruno-Marie Duffé

 

> Bonjour à toutes et à tous
Vous trouverez ci-joint (= ci-dessous) quelques réflexions pour contribuer au débat entre l'appel de Christian Delorme et le texte de Pierre Lathuilière. Demain la question de l'élection présidentielle sera réglée mais il faudrait trouver les moyens de travailler "à froid", au cours des mois qui viennent, sur les questions de fond soulevées à cette occasion dans notre Eglise de Lyon comme dans toute l'Eglise catholique en France. Nous ne sommes plus au temps de la condamnation sans équivoque de l'Action Française en 1926 ni au temps des interdits concernant l'adhésion au parti communiste et le vote pour cette formation, mais ... Il y a un ou des chantiers à ouvrir.

Amicalement
Jean Peycelon

Cher Pierre
J'ai été étonné de ta réaction à l’appel de Christian Delorme et surpris de ton argumentation que je peine à comprendre. 

            A commencer par ce titre : « De l’ambiguïté d’un appel ». Sauf à en rester à de pieuses généralités, aucune prise de position par un responsable ecclésiastique sur un problème de société concret, politique ou non, n'échappe à l'ambiguïté. C'est inhérent à la condition humaine. Et il en est de même en ce qui concerne les refus de prendre position.

De façon plus précise je dois dire que j'ai apprécié comme beaucoup, y compris dans les grands médias, la qualité des documents de réflexion publiés par l’épiscopat français avant le début des opérations électorales et qui ont connu, je crois, une assez large diffusion. Toutefois je reste prudent vis-à-vis des exégèses trop rapides du « Rendez à César ce qui est à César. » L'argument a été et est encore utilisé pour renvoyer les chrétiens dans leurs églises, les prêtres et les évêques dans les sacristies et la religion dans l'espace privé intime. Quant à promouvoir et respecter les choix conscients et libres des êtres humains, la hiérarchie ecclésiastique n'en a pas toujours tenu compte. Je me souviens, enfant, de sermons virulents dénonçant les mauvais partis qui étaient contre l'école libre. Et j'ai aussi le souvenir douloureux des prudences épiscopales pendant la guerre d'Algérie. Heureusement qu'il y avait Mgr Duval !

Il faut donc bien peser ce qui est en jeu et donc ce que signifie dans le contexte précis français actuel les silences ou les contorsions épiscopales. Dans le cas présent il ne s'agit pas seulement d'un choix entre deux partis politiques classiques dont aucun d'ailleurs ne pourrait prétendre présenter un programme fidèle à l'Évangile. Il s'agit de bien plus grave. Il s'agit de savoir s’il faut ou non dénoncer nettement le caractère antichrétien de l'idéologie du Front National. Cette idéologie dont les racines, tu le sais aussi bien que moi en tant qu'historien, sont très anciennes, avance de façon souterraine ou plus ou moins camouflée mais elle imprègne profondément les choix programmatiques de ce parti. Dénoncer les risques que représente cette formation politique ne représente pas une entorse au principe de laïcité. Cela participe du débat démocratique… tant qu’il reste possible ! Prendre position dans le cas présent relève à mon sens de la responsabilité des pasteurs des communautés chrétiennes dont la charge est aussi d'éclairer les consciences. Car  comme le disent les moralistes, il ne suffit pas de renvoyer chacun à sa conscience, encore faut-il éclairer les consciences.

Par contre je suis tout à fait d'accord avec toi pour regretter que nous n'ayons pas protesté quand un micro-parti s'est arrogé le droit de s'appeler chrétien. De même nous n’avons pas assez réagi quand des évêques ont fait pression avec la foule pour bloquer un débat démocratique. Tout cela fait apparaître cruellement l'absence dans nos communautés (et dans la société) de véritables lieux de dialogue et de débat où l'échange puisse être respectueux de chacun tout en étant exigeant dans la recherche de la vérité. Mais il arrive des moments où il faut oser prendre position clairement malgré les risques de toutes sortes tout en acceptant qu'un autre prenne une autre position en toute liberté de conscience.

Quant aux rapports plus ou moins pervers  entre chrétiens et médias cela supposerait toute une réflexion certes urgente que je ne peux envisager ici et maintenant dans le cadre de ce courrier.

Très  amicalement
Jean Peycelon 

 

> De Vincent Feroldi - Pour ceux qui n’ont pas eu accès à cet article de LA CROIX....
Père Alain Thomasset : « Renvoyer à la conscience pour voter est juste, encore faut-il éclairer les consciences »
Recueilli par Claire Lesegretain, le 05/05/2017 à 11h56

ENTRETIEN : Le jésuite Alain Thomasset, moraliste et professeur au Centre Sèvres à Paris, invite à hiérarchiser les questions.

La Croix : Dans un communiqué publié mercredi 3 mai sur le site de la Conférence des évêques de France (CEF), Mgr Georges Pontier, son président, a expliqué pourquoi l’Église ne se positionne pas dans l’entre-deux tours. Comment comprenez-vous ce refus de se positionner ?

Père Alain Thomasset : Certains l’ont fait individuellement mais j’ai été étonné que la Conférence des évêques n’ait pas eu le courage de dire les choses plus clairement. Que les évêques n’appellent pas explicitement à voter pour Emmanuel Macron, cela peut se comprendre, mais qu’ils ne mettent pas en garde contre les dangers d’un vote Front national, cela me semble difficilement compréhensible. Le rôle des évêques n’est pas de suivre l’opinion des fidèles qui restent divisés. Ils auraient pu donner des éléments plus clairs.

N’y a-t-il pas contradiction, pour les fidèles, entre consignes de vote et primat donné à la conscience, tel que cela est redit dans l’exhortation post-synodale « Amoris laetitia » ?

A. T. : Le discernement dont parle Amoris laetitia, pour accompagner des situations irrégulières, est à la fois personnel et pastoral puisque c’est toute la communauté chrétienne qui est impliquée. Pour le vote, c’est la conscience individuelle qui l’emporte, mais cela n’empêche pas de l’éclairer avec l’aide de la communauté chrétienne. Et c’est bien le rôle des évêques d’éclairer la communauté chrétienne.

Ce texte de la CEF appelle les catholiques de France à un « discernement en conscience ». Qu’est-ce que cela signifie ?

A. T. : Renvoyer à la conscience de chacun c’est juste, encore faut-il éclairer les consciences. Il faut rappeler qu’un an avant le scrutin présidentiel, en juin 2016, dans une déclaration, le Conseil permanent avait souligné sept points, autant de critères, dans le cadre de cette élection, pour exercer son discernement. Et en octobre dernier, ils ont publié un livre, « Retrouver le sens du politique », dans lequel ils appelaient à « refonder le pacte social ». Dans ces deux documents, les évêques ont donné des repères précis.

Lire ces documents suffit-il pour discerner ?

A. T. : Chacun doit s’informer sur la situation de la France et hiérarchiser les questions qui se posent : sécurité, chômage, immigration, famille… Les chrétiens ne doivent pas s’aveugler en faisant de la famille la priorité absolue. La question de la PMA (Emmanuel Macron s’est engagé à élargir la PMA aux couples de femmes et aux femmes célibataires, NDLR) est très circonstanciée et ne va concerner qu’un très petit nombre de personnes. Il n’est donc pas juste d’en faire un critère exclusif.

« Ne retenir qu’un seul critère ne peut suffire à fonder entièrement un vote », disait Mgr Pontier. Toutes ces questions doivent être également envisagées sous l’angle plus global du vivre ensemble. Qu’est-ce qui favorise le dialogue ? Qu’est-ce qui aide au fonctionnement d’une démocratie juste ? Qu’est-ce qui encourage l’attention aux plus petits ? Autant de questions qui visent ce que, dans la tradition de l’Église, on appelle le « bien commun ».

De quoi s’agit-il ?

A. T. : La pertinence du concept de bien commun comme principe créateur et élément conservateur de la société humaine est au cœur de l’enseignement social de l’Église, notamment dans la Constitution pastorale du Concile Vatican II Gaudium et spes (n° 26), en 1965. Le bien commun, ce ne sont pas seulement des ressources, mais une dynamique à l’œuvre dans les modalités d’une vie sociale conforme à la vocation de la personne humaine, une exigence de justice animée par la charité, une recherche de la juste place pour chacun. C’est ce que le pape François appelle l’écologie intégrale, c’est-à-dire tout ce qui favorise l’environnement humain en prenant en compte les dimensions économiques, sociales, politiques, environnementales…

Mais il n’est pas forcément facile d’examiner ce que propose chaque programme à l’aune de tous ces sujets ?

A. T. : Non, mais il faut s’interroger de manière plus générale : tel candidat recherche-il la concorde ou la division ? Favorise-t-il l’accueil ou le rejet ? Le dialogue ou le mépris ? En démocratie, notre responsabilité c’est de choisir : aucun candidat n’est idéal d’un point de vue chrétien. Mgr Pontier appelait à la confiance, à la fraternité et à la responsabilité. Il me semble que la posture même de Marine Le Pen, pendant le débat télévisé du 3 mai, a prouvé qu’elle ne construit rien de réaliste. Et son attitude cynique, méprisante, voire haineuse ne va clairement pas dans le sens des valeurs chrétiennes.

Recueilli par Claire Lesegretain

Je ne suis pas certains d'avoir déposé cette page, alors la voici :

40 prêtres en Mission ouvrière du Sud-est déclarent

Voter est une responsabilité importante pour aujourd’hui et demain.

Deux projets nous sont présentés.

Est-il possible d’envisager que faire vivre le bien commun soit l’exclusion, la peur, la fermeture, le mépris de l’étranger ?

Nous entendons aussi les inquiétudes de nombreux musulmans.

Nous, 40 prêtres du sud-est de la France, en session de Mission ouvrière à Viviers, à la suite de beaucoup d’évêques, de la pensée sociale de l’église catholique, et de responsables des différentes traditions religieuses, NOUS OSONS DIRE, que :

  • La Paix, dans la justice, est à bâtir dans une Europe plus ouverte, plus solide dans ses projets ;
  • Vivre ensemble, dans la solidarité fraternelle, est à développer, en privilégiant au moment des choix « la dignité des oubliés et des étrangers » ;
  • Faire vivre la démocratie avec tous et toutes est une tâche urgente, sans être soumise aux puissances financières et aux idéologies discriminatoires ;
  • Le respect raisonné de la création soit porté avec estime, d’une façon décisive.

C’est pourquoi nous ne souhaitons pas que Marine Le Pen et le « Front National » sortent vainqueurs des élections.

Voter est vraiment une belle responsabilité d’avenir, à vivre avec une conscience libre et en fraternité solidaire.

A Viviers 07 le 27 avril 2017

Pour contact :       P. Régis CHARRE 06 11 95 83 82

 

 

 

Publié dans Eglise, Politique, évangile

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