Le sacrement du mariage est une mission. Celle de montrer à autrui la plénitude de l’amour de Dieu : être témoins du salut réalisé en Christ

Publié le par Michel Durand

Le sacrement du mariage est une mission. Celle de montrer à autrui la plénitude de l’amour de Dieu : être témoins du salut réalisé en Christ

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L’amour offert transforme notre vie : Lettre de Saint Paul Apôtre aux Romains [Rm 12, 1-2. 9-18

Psaume 32 (33) : Dieu veille sur ceux qui le craignent

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu : « Ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas » [Mt 19, 3-6]

Demain, je préside une célébration sacramentelle de mariage. Voilà ce que je pense dire avec le plus de décontraction et simplicité possible, m’excusant de la longueur et de l’aspect éventuel d’un cours de théologie que présente la méditation.

Quel culte doit-on rend Dieu ?

Le passage de la lettre de Paul aux Romains, que vous avez choisi donne la réponse. Il n’est pas question de faire seulement l’offrande d’une petite ou grande prière, d’une dévotion pieuse ; il s’agit de s’offrir totalement. Se donner entièrement : corps, âme et esprit. Nous vous entendu :

 Je vous exhorte donc, frères (on peut ajouter les sœurs) par la tendresse de Dieu, à lui présenter votre corps – votre personne tout entière –, en sacrifice vivant, saint, capable de plaire à Dieu : c’est là, pour vous, la juste manière de lui rendre un culte.

Assurément parce que nous sommes à la veille d’élections, en percevant le sens de ces mots, je pense aux programmes que les mouvements ou partis politiques candidats à la gestion de la chose publique, la république, présentent à notre choix. N’est-ce pas à partir des modes de vie de la cellule familiale que se construit l’art de vivre de toute la société ?

Ne prenez pas pour modèle le monde présent, mais transformez-vous en renouvelant votre façon de penser pour discerner qu’elle est la volonté de Dieu

Ce que vous avez choisi avec la lettre de Paul aux Romains est une feuille de route qui, sans cesse sert (ou doit servir) à tous chrétiens, de grille pour réviser sa vie. Il ne s’agit pas d’être le plus fort pour entrainer l’autre dans ses chemins. Il s’agit de rivaliser de respect les uns pour les autres, de pratiquer l’hospitalité avec empressement. Des objectifs que le monde, c’est-à-dire nous-mêmes, semble avoir quelque peu oublié. Autrement dit, pour remédier à cet oubli, il importe de reprendre régulièrement les paroles divines contenues dans la Révélation afin d’y confronter ses façons de vivre. Je vous invite alors à faire de ce chapitre 12 de la lettre de Paul aux Romains une charte qui guidera vos choix de vie.

Je pense, disant cela, à la chance que j’ai eue de me rendre à Helsinki une dizaine de jours avant de vous rencontrer. Là, sur le sommet de deux collines, j’ai visité l’église orthodoxe russe et l’église luthérienne finnoise. Deux bâtiments majestueux qui semblent construits pour s’affronter du haut de leurs escaliers monumentaux. Ce n’est pas à cela que le Christ nous appelle et, Elena et Hubert, vous nous le rappelez dans et par votre choix liturgique du sacrement de mariage. Entente, concorde, rencontre, fraternité, amour sont les appels de l’Évangile, la bonne nouvelle de la joie de s’aimer.

Regardons maintenant l’Évangile selon Matthieu.

Je l’aborde en me référant à l’exhortation apostolique post synodale du pape François. Sa méditation nous invite à entrer dans la maison d’un couple de disciples du Christ. Nous franchissons le seuil et nous les voyons à table. Une table de fête où se concrétise « toute leur histoire d’amour ». Il y a eu des hauts et des bas. Il y en aura d’autres ; mais avec la volonté de ne jamais faire table rase, oublieuse du passé. Car « en eux se réalise ce dessein fondamental que le Christ même évoque avec force : « N'avez-vous pas lu que le Créateur, dès l'origine, les fit homme et femme ? » (Mt 19, 4). Et Matthieu reprend le mandat de la Genèse : « C’est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère et s'attache à sa femme, et ils deviennent une seule chair » (Gn 2, 24).

Les membres du synode réfléchissant sur l’amour dans la famille ont rappelé que Jésus, se référant au dessein initial sur le couple humain, réaffirme l’union indissoluble entre l’homme et la femme. Ils rappellent également, s’adressant alors aux hommes, que c’est en raison de leur dureté de cœur que « Moïse a permis de répudier vos (leur) femmes ; mais dès l’origine il n’en fut pas ainsi » (Mt 19, 8).

Que devons-nous retirer de cette précision ?

Voilà. L’indissolubilité du mariage (« Ce que Dieu a uni, l’homme ne doit point le séparer »  Mt 19, 6) n’est pas à comprendre comme un “jougimposé aux hommes. C’est plutôt un “don” fait aux personnes unies dans le mariage. Je souligne qu’avec le mot mariage, je n’entends pas la célébration liturgique que nous vivons actuellement, mais le fait de se donner l’un à l’autre sous l’inévitable regard de Dieu. Je cite encore l’exhortation tout en reconnaissant que la phrase n’est pas facile à saisir immédiatement.

La condescendance divine accompagne toujours le chemin de l’homme, par sa grâce elle guérit et transforme le cœur endurci en l’orientant vers son origine, à travers le chemin de la croix. Les Évangiles font clairement ressortir l’exemple de Jésus qui […] a annoncé le message concernant la signification du mariage comme plénitude de la révélation qui permet de retrouver le projet originel de Dieu (cf. Mt 19, 3) »

Et c’est maintenant que nous pouvons parler de sacrement.

Le mariage sacramentel est plus qu’une bénédiction. Certes, la bénédiction de Dieu est effective sur les époux liturgiquement unis ; mais le sacrement comporte un plus. Il est une mission. La mission de montrer à autrui, la plénitude de l’amour. Tendresse, miséricorde, pardon, écoute… tout ce que Dieu vit en faveur de l’humanité, le couple le rend visible. L’exhortation dit que « Le sacrement de mariage n’est pas une convention sociale, un rite vide, ni le simple signe extérieur d’un engagement. Le sacrement est un don pour la sanctification et le salut des époux, car s'appartenant l'un à l'autre, ils représentent réellement, par le signe sacramentel, le rapport du Christ à son Église ». Les époux montrent dans et par leur amour mutuel, l’amour de Dieu pour l’ensemble de l’humanité, de l’Église. Cet amour passe par l’acceptation du chemin de la croix dans les pas de Jésus Christ.

Les époux sont l'un pour l’autre, pour leurs enfants et pour toutes personnes rencontrées des témoins d’un salut universel réalisé en Christ, l’unique grand prêtre. Le mariage est une vocation, en tant qu’il constitue une réponse à l’appel spécifique à vivre l’amour conjugal comme signe -imparfait certes devant l’amour absolu du Père, mais réel-, signe de l’amour entre le Christ et l’Église. L’ensemble des hommes et des femmes de ce monde tous appelés à faire Église.

 

Publié dans Eglise, Anthropologie, évangile

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