Chacun fait sa part ; parfait. Cela ne peut empêcher que l’union d’un grand nombre soit nécessaire pour renverser l’économisme

Publié le par Michel Durand

Chacun fait sa part ; parfait. Cela ne peut empêcher que l’union d’un grand nombre soit nécessaire pour renverser l’économisme
Chacun fait sa part ; parfait. Cela ne peut empêcher que l’union d’un grand nombre soit nécessaire pour renverser l’économisme

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Avant-hier je me trouvais avec des amis réunis pour une soirée estivale fort sympathique. Tous sont membres d’associations sinon identiques, du moins largement semblables. Selon le langage actuel, nous pensons et agissons dans les mêmes réseaux et développons des idées communes. On est du même bord. On nage dans les mêmes eaux. Donc, pas de difficulté à parler de l’accueil des migrants, de la non-différence fondamentale entre réfugiés et migrants économiques, du drame des dérives nationalistes, de l’aveuglément devant les problèmes liés à la mainmise de l’homme sur la terre (même sensibilité écologique). Pas de contestation majeure quand un convive se met à attaquer le libéralisme économique et sociétal qui conduit à un individualisme contraire au développement de l’être humain.

L’homme est une personne et non un individu ; on ne peut occulter la dimension sociale de son existence. Tous s’accordent pour affirmer qu’il y a une urgence humanitaire et écologique et que nous devrions trouver les moyens d’une bonne action afin que le monde change grâce aux bonnes décisions des gouvernants.

Bref, nous avons, une fois de plus, parlé d’engagement politique. Et, c’est en ce domaine que les avis divergent.

 

D’une part

Tous convergeaient pour sourire et marquer un doute devant les belles phrases d’E. Macron et de son équipe. Sa politique n’est pas pour le développement de l’humanité de chaque homme et femme. Elle est pour la croissance des richesses financières, car la croyance demeure que c’est par le développement matériel, le progrès quantitatif (l’économisme) que le bonheur est obtenu.

Ceci rappelé, certains se veulent plutôt optimistes et montrent les avancées qui se font justement grâce aux travaux et engagements des personnes dans les associations. Ils disent et prouvent, exemples concrets à l’appui, que les gouvernements ne peuvent pas ignorer les actions des citoyens et que, toujours arrive le jour où les politiques sont contraints d’agir dans le juste sens. Alors, dans l’échange fort consensuel arrive (on n’y manque jamais) la parabole du petit oiseau. Le colibri.

Un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés et atterrés observaient, impuissants, le désastre. Un tout petit Colibri prit son envol, survola les hautes flammes et revint dans la forêt alerter les animaux qui regardaient l'impressionnant panache de fumée s'élever dans le ciel.

Aucun d'eux ne bougeait, tous regardaient, pas un qui n'écoutait le Colibri qui les avertissait que le feu avançait, qui leur demandait de l'aide, les animaux se regardaient, incrédules, contemplaient les flammes et attendaient, apeurés. Seul, alors, le petit Colibri s'activa, allant chercher quelques gouttes d'eau dans son minuscule bec pour les jeter sur le feu. Il continuait encore et encore, de la petite flaque d'eau à l'immense brasier.

Au bout d'un moment, le tatou, agacé par ses aller et retour, finit par se mettre en colère :

- " Que fais-tu donc, sot Colibri, tu ferais bien mieux, comme nous tous, de regarder l'immense brasier détruire la forêt et de te chercher un abri ".

Mais le Colibri continue ses voyages de la petite flaque d'eau aux flammes immenses, sans même prendre le temps de répondre.

Cette fois, ce sont les oiseaux qui lui demandent :

- " Mais, enfin, que fais-tu donc ? Regarde, déjà nos nids brûlent et toi, avec tes voyages sans cesse recommencés, dis, que fais-tu ? "

Alors, le minuscule petit Colibri s'arrête un instant, juste un petit instant, pour répondre :

- " Je fais ma part " 

Faites-vous la vôtre ?

Assurément, dans cette conviviale soirée, personne n’aurait affirmé sans mentir ne rien faire, car tous prennent une part pour la bonne marche de la société. Chacun peut décrire son engagement politique et social pour que plus de justice, de vérité, de joie, de fraternité, de solidarité se développe au service de tous les hommes, de toutes les femmes, de tous les habitants de la terre.

 

D’autre part

Pourtant, certains se montraient moins optimistes. Nous agissons ; d’accord, nous faisons notre part, mais cela n’est pas suffisant, il faudrait que nous soyons plus nombreux, que nous fassions masse afin d’être vraiment entendus par les gouvernements.

Je souscris à cette réflexion. Prenons en exemple les manifestations destinées à soutenir les Palestiniens. Combien de manifestants ? Une petite centaine ; deux cents maxis ! Et la manifestation début juillet, place des Terreaux à propos de la loi travail ? Y avait -il deux cents militants ? C’est peu pour une grande ville !

On reconnait alors que le monde ouvrier n’existe plus. Il n’y a plus de conscience ouvrière parce qu’il n’y a plus de monde ouvrier. La philosophie libérale de la société de consommation a finalement réussi à individualiser chaque personne si bien que la solidarité d’un corps social ne se manifeste plus.Pour être un bon consommateur, à l’écoute de la pub, il ne faut pas rencontrer ses voisins…

Parlons également des cercles de silence. Atteindre le chiffre de cent manifestants non violents, criant, en cercle et en silence, son appel à la conscience, son devoir d’accueillir tous migrants, est désormais un exploit. L’accueil de l’étranger n’est pas porté par l’air du temps, même si quelques familles émues par les guerres du Proche-Orient ouvrent leur porte pour recevoir des rescapés de la guerre.

Autrement dit, dans le combat politique nous n’arrivons plus à faire corps, nous ne parvenons pas à créer des mouvements d’envergure ; nous ne réussissons pas à faire masse. Or, c’est cela qui conviendrait pour que l’Europe, ayant colonisé de nombreuses terres dans les siècles passés, s’organise afin de recevoir celles et ceux qui sont menacés tant par les dérèglements économistes, impériaux que par les dérèglements climatiques.

Que le chacun fait sa part à l’instar du colibri soit le bienvenu, ne peut empêcher que l’union d’un grand nombre demeure nécessaire pour renverser le cours du temps. Or c’est l’union, suite à l’individualisme du libéralisme, qui n’est plus dans l’air du temps.

 

Que faire ? S’unir !

Que pouvons-nous faire pour nous faire entendre ?

Sous prétexte que mon association n’agit pas totalement dans le même sens que les associations voisines, vais-je ne pas m’unir aux autres pour porter la voix de celles et ceux qui sont dans le besoin ? Défendre leurs droits.

C’est pourtant, dans le domaine de l’accueil des migrants par exemple, ce que l’on constate quand un groupe pour soutenir quelques déboutés du droit d’asile invite à manifester devant la préfecture. La petite centaine à se retrouver sur le pavé n’est effectivement pas crédible. L’État n’a rien à craindre. Or, il ne s’agit pas de soutenir une ou deux familles; mais tous migrants.

Rendre effectives les reconduites à la frontière, voilà ce qui est assurément dans l’air du temps. Pour combattre cette orientation politique, un seul moyen : l’union. L’engagement solitaire d’un colibri ne peut qu’être inadéquat, bien que nécessaire.

Publié dans Politique, Anthropologie

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sandrin 10/08/2017 11:52

Pas inadéquat, mais peut-être dérisoire, quoique je pense que nous avons besoin de modèle. Le colibri peut être ce modèle offert aux tièdes et aux désengagés. le "à quoi bon" face à la tache qui nous incombe est mortifère. Le petit colibri rompt dans cette passivité.

Michel Durand 10/08/2017 19:08

Tout à faire en accord avec vous. Cela peut être la marche qui élève et invite à faire plus. Première marche vers l'acte militant.