L’expulsée du 14 juillet. Une justice qui sépare une mère de sa famille par une reconduite forcée en Chine OQTF

Publié le par Michel Durand

Vue générale du centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot au nord de Paris, le 19 janvier 2008. STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

Vue générale du centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot au nord de Paris, le 19 janvier 2008. STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

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Paris. Sur les Champs Elysées, la France, plus que se souvenant de ses Révolutions, exhibent sa puissance. Puissance militaire surtout.

Liberté, Égalité, Fraternité ? Ces trois valeurs sont les grandes oubliées.

Une personne, membre de la Coordination Urgence Migrants, a diffusé dans ses contacts une page du site Mediapart : Le Club, 15 juil. 2017.

 

Est-ce là ce que l’on célèbre le 14 juillet, est-ce là l’humanité dont se targue Emmanuel Macron ? C’est la question que pose le réalisateur Laurent Cantet en racontant l’expulsion, le jour de la Fête nationale, de sa voisine, une jeune chinoise vivant en France depuis plusieurs années.

Au fait, que célèbre-t-on le 14 juillet ? La Nation, sa force et sa grandeur ? Cette année, ces deux belles notions ont été bien malmenées.

À l’instant précis où, sur les Champs Elysées, sous les yeux satisfaits des membres du gouvernement, défilaient les troupes et voltigeaient les Mirages, se jouait en douce, dans les couloirs du centre de rétention du palais de justice de Paris, un événement bien moins réjouissant : une jeune femme chinoise vivant en France depuis plusieurs années, mère d’une fillette de 10 ans et enceinte de 4 mois, quittait le centre où elle était retenue depuis plus de deux semaines pour être conduite à l’aéroport afin d’être expulsée vers la Chine, cette autre grande nation dont on connaît l’attachement aux droits de l’Homme.

Pendant son enfermement, elle a perdu 8 kilos, ce qui, pour une femme enceinte est tout du moins étonnant. Mais ni sa grossesse ni sa présence nécessaire auprès de son enfant n’ont été prises en compte par la justice. Est-ce là ce que l’on appelle « l’intérêt supérieur de l’enfant » prônée par la Convention Européenne des Droits de l’Homme ?

Arrivée au pied de l’avion, la jeune femme a refusé d’embarquer, et, comme le veut la procédure, on l’a reconduite en rétention.

Dans quelques heures, quelques jours peut-être, elle refera le même trajet vers l’aéroport. Cette fois, comme le veut encore la procédure, elle sera contrainte de monter dans l’avion, par la force s’il le faut. Et elle laissera derrière elle une petite fille qui grandira sans sa mère et un mari qui ne verra pas naître son deuxième enfant.

Est-ce là ce que l’on célèbre le 14 juillet ? Est-ce là l’humanité dont se targue Emmanuel Macron ? Ou bien s’agit-il de la première phase de la « dissuasion migratoire » chère à Gérard Collomb ?

Peut-être serait-il temps de vraiment penser une politique migratoire à la hauteur de la situation indigne que nous connaissons aujourd’hui, tant à Calais qu’à Paris ou Vintimille. Une politique dont la première étape symbolique pourrait être la remise en liberté et la régularisation de « l’expulsée du 14 juillet ».

Ce texte de Laurent Cantet a reçu le soutien de : Emmanuelle Bercot, actrice et cinéaste ; Bertrand Bonello, cinéaste, Julie Bertuccelli, cinéaste, Robin Campillo, cinéaste, Catherine Corsini, cinéaste, Léa Fehner, cinéaste, Hélène Fillières, actrice et cinéaste, Agnès Jaoui, actrice et cinéaste, Bruno Podalydès, acteur et cinéaste, Christophe Ruggia, cinéaste, Céline Sciamma, cinéaste.

 

Voir aussi : MEDIAPAT : Enfermement d’enfants en centres de rétention : la mobilisation est toujours de mise

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