La crise écologique n'est pas une crise passagère, mais le début d'un combat sans merci mettant en jeu la survie de la création

Publié le par Michel Durand

Cette pollution pourrait nécessiter la plus grande opération de nettoyage au monde et durer 25 à 30 ans

Cette pollution pourrait nécessiter la plus grande opération de nettoyage au monde et durer 25 à 30 ans

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Comme plus ou moins promis, je dépose une page écrite par Jürgen Moltmann, dans La venue de Dieu, eschatologie chrétienne, cogitation fidei, Cerf, 2000.

 

Cette fois, ça y est. Après des années de tests et d'essais infructueux, la Corée du Nord a annoncé avoir réussi ce mardi 4 juillet un test de missile balistique intercontinental (ICBM), un projectile permettant en théorie de larguer une bombe nucléaire à des milliers de kilomètres de distance. Source.

 

Le temps de la fin écologique : la destruction de la terre. p 258-260

La menace nucléaire montre le temps de la fin de l'histoire humaine comme en accéléré : la fin peut être provoquée en quelques heures par un échange de fusées intercontinentales. Mais il existe une autre menace encore, et elle montre le temps de la fin comme dans un ralenti. Il s'agit de la catastrophe écologique. Elle est quotidienne : à Seveso, dans les marées noires du golfe Persique, dans la pollution du sol par la dioxine, dans le dépérissement des forêts, dans l'entropie des lacs, dans la disparition des espèces animales et végétales. Nous continuons à parler de « crise écologique », en donnant ainsi à penser que cette crise se terminerait à un moment ou à un autre et qu'elle pourrait être maîtrisée par quelqu'un. Or il ne s'agit pas d'une crise passagère, mais d'une catastrophe lente, mais sûre et irréversible dans laquelle sont anéantis tout d'abord les êtres vivants les plus faibles, mais ensuite également les plus forts ainsi que les humains. Ce qu'on appelle la « crise écologique » n'est pas une crise passagère, mais, selon toute probabilité, le début d'un combat sans merci mettant en jeu la survie de la création sur cette terre. Elle ne peut pas arriver «un jour», comme la catastrophe nucléaire : nous y sommes plongés entièrement, elle se répand à bas bruit, et nous en sommes nous-mêmes une partie.

La destruction de l'environnement que nous causons, nous les hommes, à travers le système actuel de l'économie mondiale sera avec certitude une menace sérieuse pour la survie de l'humanité au XXIe siècle. La société industrielle moderne a déséquilibré l'organisme de la terre et s'achemine vers une mort écologique universelle si nous ne sommes pas capables de modifier le développement. Des scientifiques prévoient que les émissions de Co2 et le méthane détruisent la couche d'ozone de l'atmosphère ; que l'utilisation d'engrais chimiques et de divers pesticides rend le sol infertile ; que maintenant déjà le climat mondial se modifie et que nous connaîtrons toujours davantage de « catastrophes naturelles », comme la sécheresse et les inondations, les feux de forêts et les tornades ; que les couches de glace de l'Arctique et de l'Antarctique fondront, que des villes côtières comme Hambourg et des régions côtières comme le Bangladesh et de nombreuses îles des mers du Sud seront submergées au siècle prochain et que, en fin de compte, c'est la vie même sur terre qui est menacée. L'humanité peut disparaître, comme ce fut le cas pour les dinosaures, il y a des millions d'années.

Ce qui rend ces réflexions si inquiétantes, c'est le fait que les poisons qui montent vers la couche d'ozone de la terre et les poisons qui s'infiltrent dans le sol, nous ne pouvons plus les récupérer, et que nous ne savons donc pas si la décision qui scelle le destin de l'humanité n'est pas déjà tombée. La « crise écologique » de notre société industrielle est déjà devenue une catastrophe écologique, en tout cas pour les êtres vivants les plus faibles : chaque année des centaines d'espèces animales et végétales meurent, et nous ne pouvons pas les ramener à la vie.

Cette crise écologique est d'abord une crise qui a été causée par la « civilisation scientifique et technique » occidentale et qui, ensuite, est devenue la civilisation mondiale. Cela est vrai. Si tous les humains utilisaient autant l'automobile que les Américains et les Allemands, et émettaient autant de gaz nocifs, l'humanité serait déjà morte d'étouffement. Le style de vie du premier monde n'est pas universalisable : il ne peut être maintenu qu'aux dépens d'un tiers-monde.

Il serait faux cependant de penser que les problèmes d'environnement ne sont que des problèmes du premier monde. Au contraire : les problèmes économiques et sociaux des pays du tiers-monde qui existent déjà sont aggravés par les catastrophes écologiques. Les pays industriels occidentaux peuvent faire des efforts techniques et juridiques pour maintenir chez eux un environnement propre ; les pays pauvres ne le peuvent pas. Les pays industriels occidentaux peuvent s'employer à délocaliser des industries polluantes vers des pays du tiers-monde et à vendre les déchets toxiques dangereux à ces pays, mais les pays pauvres du tiers-monde ne peuvent pas se défendre contre cela. Mais même indépendamment de cela, Indira Gandhi a raison : « La pauvreté est la pire pollution (Poverty is the worstpollution).» C'est un cercle infernal toujours plus étendu qui conduit à la mort universelle : l'appauvrissement conduit partout à la surpopulation, parce qu'il n'y a pas d'autre moyen d'assurer la survie que les enfants. La surpopulation conduit à épuiser non seulement tous les produits alimentaires, mais également les ressources naturelles. C'est pourquoi c'est dans les pays pauvres que les déserts progressent le plus vite. Par ailleurs, le marché mondial contraint les pays pauvres à renoncer à l'économie de subsistance qui est la leur et à développer des monocultures destinées au marché mondial, à déforester les forêts tropicales et à surexploiter les pâtures. Ils sont contraints de vendre non pas seulement leurs produits, mais leurs moyens de production, c'est-à-dire ce qui est la base de leur vie. Il en résulte qu'ils ne peuvent vivre qu'aux dépens de leurs enfants. Par là même, ces pays sont entraînés de façon irrésistible dans un processus d'autodestruction. Dans les pays où il existe une grande injustice sociale, le manque d'égards est une part de la « culture de la violence ». La violence à l'égard de personnes plus faibles justifie la violence à l'égard des créatures plus faibles. L'absence de lois sociales a son prolongement dans l'anarchie qui préside à la manière d'user de la nature.

Les deux mondes - le premier monde et le tiers-monde - sont prisonniers d'un cercle infernal de destruction de la nature. Il est facile de voir les interdépendances des destructions. Le monde occidental détruit les hommes dans le tiers-monde et contraint les peuples du tiers-monde à détruire les ressources naturelles qui leur permettent de vivre ; mais alors les destructions de la nature dans le tiers-monde, comme le déboisement des forêts tropicales et l'empoisonnement des mers, ont des conséquences pour le premier monde en modifiant le climat. Les destructions causées par le premier monde ont des effets en retour dont il subit les conséquences. À longue échéance, n'est-il pas plus humain, et aussi plus économique, de combattre maintenant la pauvreté dans le tiers-monde et de renoncer à sa propre croissance, plutôt que de combattre dans quelques décennies des catastrophes naturelles à l'échelle du monde? N'est-il pas plus raisonnable de limiter maintenant l'usage de la voiture que de circuler demain avec un masque à gaz ? Sans justice sociale entre le premier et le troisième monde il n'y a pas de paix, et sans paix il n'y a pas de libération de la nature. Cette terre qui est une et unique ne peut pas supporter à la longue une humanité divisée. L'organisme de la terre qui est cohérent en lui-même ne peut porter qu'une humanité réunifiée et intégrée en lui.

La catastrophe écologique qui prend de plus en plus d'ampleur est universelle et elle ne fait pas de différences. Elle menace de la même façon la nature, les êtres vivants et les systèmes vivants, et les humains. Elle entraîne l'humanité divisée dans un danger qui la concerne toute. Elle entraîne l'humanité et la nature dans une même détresse. De ce point de vue également, il est nécessaire que l'humanité qui est l'objet collectif de cette menace devienne le sujet solidaire de la responsabilité de la vie. Seule la solidarité consciente du danger partagé peut faire naître la disponibilité commune à assumer les responsabilités. Or la concurrence et les luttes pour le pouvoir maintiennent l'humanité captive et ne lui permettent pas encore d'agir de façon libre et responsable. C'est pourquoi la menace mutuelle doit cesser, pour que l'on puisse affronter ensemble le danger collectif qui est bien plus grand.

Je crois que la « crise écologique » de la nature est une crise de la civilisation moderne, scientifique et technique elle-même. Le grand projet du monde moderne menace d'échouer. C'est pourquoi il ne s'agit pas non plus d'une «crise morale» seulement, comme l'affirmait Jean-Paul II, mais plus profondément d'une crise religieuse qui affecte ce en quoi les hommes mettent leur confiance au sein du monde occidental. »

 

Mon petit grain de sel :

sachant cela il ne suffit pas de dénoncer les crimes qui se commettent actuellement ; il faut en plus chercher et trouver les moyens d’empêcher les tueurs de tuer. Quelle sera notre action pour l’avenir du monde, du minéral au spirituel ?

 

Publié dans Politique, Anthropologie

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